Des bruits d’enlèvements d’enfants agitent le canton

RumeursAprès le Chablais en juin, l’émoi a gagné Renens ces dernières semaines. Que faire face à l’inquiétude des parents? Le point avec la police et des spécialistes

La police cantonale a testé récemment l’alerte enlèvement. Mais elle n’a pas de réelle enquête en cours.

La police cantonale a testé récemment l’alerte enlèvement. Mais elle n’a pas de réelle enquête en cours. Image: DR

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Le canton bruisse de conversations et de rumeurs portant sur des tentatives d’enlèvements d’enfants. A Renens, une mère exprime son inquiétude à la suite de la récente mésaventure de son fils, âgé de 5 ans: un inconnu l’a saisi par le bras et personne ne sait quelles étaient ses intentions. Le bouche-à-oreille signale d’autres cas dans cette commune de l’Ouest lausannois. Il se dit encore qu’un petit de 5 ans et une jeune fille de 15 ans auraient été victimes d’une tentative d’enlèvement à Bière, il y a deux mois. Et il est aussi question d’une affaire à Yverdon.

Rien de confirmé
Ces bruits rappellent l’atmosphère qui régnait entre Villars et Ollon en juin dernier: «Rumeurs d’enlèvements d’enfants dans le Chablais», titrait 24 heures. La police affirme n’avoir rien découvert de répréhensible dans l’Est vaudois. Et elle ne confirme aucun des autres cas décrits dans le canton. «Nous n’avons aucune enquête en cours», souligne Philippe Jaton, porte-parole de la police cantonale.

Le souci des parents et de la population est pourtant compréhensible. Quoi de plus terrible à vivre pour les proches qu’une disparition, surtout lorsqu’un enfant est en cause? A cette évocation défilent devant nos yeux les portraits des jumelles Alessia et Livia, enlevées en janvier 2011 par leur père, qui s’est ensuite suicidé; ou le visage de la petite Ylenia, 5 ans, kidnappée en Appenzell puis retrouvée morte, en 2007. Ce dernier drame a abouti à la création dans notre pays, en janvier 2010, de l’alerte enlèvement.

Une mère inquiète
Il est donc difficile de ne pas prendre à cœur l’appel de l’habitante de Renens qui craint que son enfant de 5 ans n’ait été victime d’une tentative d’enlèvement, vendredi 9 novembre peu avant 13 h 30, sur le chemin de l’école: «Je suivais du regard, par la fenêtre, mon fils accompagné de sa sœur de 10 ans. Les deux devaient rejoindre un groupe d’enfants accompagné par des mères. Un homme qui se trouvait entre deux voitures l’a attrapé par le bras. Il lui a demandé son prénom et son âge. Ma fille a pris son frère par le col de sa veste, elle l’a tiré.»

La mère a alerté la police. Elle explique que la centrale cantonale a eu de la peine à la diriger vers les agents de l’Ouest lausannois. Pourquoi? «J’ai appris par la suite qu’une fille a été importunée à 13 h 10 à Renens-Nord», affirme-t-elle. Que reste-t-il de ce témoignage? La police de l’Ouest lausannois a bien enregistré qu’«un jeune homme avec des écouteurs sur la tête a accosté deux enfants de 5 et 10 ans pour leur demander des renseignements». Elle a avisé la brigade cantonale des mœurs et des mineurs. Et la jeune fille? «Je ne vois rien dans notre journal de poste», déclare Pascal Treboux, commandant ad interim de la Police de l’Ouest. Aujourd’hui, les forces de l’ordre déclarent qu’elles n’ont aucun élément concret.

Le témoignage de l’habitante de Renens est pourtant sincère. Mais, selon Philippe Jaton, il faut prendre toutes ces indications avec prudence: «Elles se répandent comme une traînée de poudre. C’est difficile de rester dans le non-émotionnel.» Cette pondération policière n’est pas du goût de ceux qui se vouent à la recherche d’enfants disparus. «Les policiers minimisent. On dit parfois que l’enfant a inventé mais on ne sait toujours pas ce qui s’est vraiment passé. Et ça peut être une tentative d’enlèvement. A la décharge des policiers, ils n’ont pas les moyens de créer des brigades de recherches en cas de disparition», affirme Diane Burgy, directrice de la Fondation pour la recherche d’enfants disparus (Fredi).

Réseaux sociaux
Un point s’avère toutefois fédérateur: le rôle ambigu des réseaux sociaux, Facebook en particulier, et des SMS en chaîne qui font «tourner» de fausses informations. En cas de véritable alerte enlèvement, validée par la police fédérale, la collaboration d’un maximum de médias est requise.

Mais, si l’information est erronée, ces échos électroniques sont contre-productifs: «Nous voyons de faux avis qui circulent pendant des mois et qui reviennent. C’est mauvais parce que ça banalise le problème. Et les vraies informations perdent de leur crédibilité», déclare Diane Burgy.


La pédophilie est devenue «le crime suprême»

Quand l’inquiétude prend une allure collective, elle se traduit rapidement en «psychose», que l’on se situe dans le nord de la France («Psychose dans la vallée de la Lys après des rumeurs d’enlèvements d’enfants», journal Nord Eclair en septembre 2010) ou dans la région genevoise («Psychose après une rumeur d’enlèvement», Tribune de Genève en janvier 2012). Sans nier la réalité dramatique des cas connus d’enlèvements d’enfants et d’adolescents, telle la Française Chloé, 15 ans, retrouvée récemment dans un coffre de voiture en Allemagne, comment en arrive-t-on à ces «psychoses» régionales répétées? Des sociologues se sont penchés sur la question, en particulier les Français Véronique Campion-Vincent et Jean-Bruno Renard, auteurs du livre De source sûre. Nouvelles rumeurs d’aujourd’hui (Payot, 2002).

Dans un chapitre sur les disparitions d’enfants, ils décrivent le fonctionnement de la rumeur, en prenant des exemples belges et français: «C’étaient de classiques rumeurs brèves, des informations express alarmantes. On apercevait ici un photographe, là une Mercedes en chasse… Les rumeurs se répandaient à grande vitesse, entraînant des paniques, et la police se voyait submergée d’appels téléphoniques lui demandant de vérifier la vérité de ces assertions.» Ils tentent une explication: les révélations sur les crimes sexuels contre les enfants ont fait de la pédophilie «le crime suprême, dont on souligne l’ubiquité» dans une société stressée par des changements rapides où les individus se sentent isolés et vulnérables.

Au final, on retrouve souvent le sentiment d’incertitude exprimé dans la Tribune de Genève, à propos d’un automobiliste qui aurait emmené un enfant de force en janvier dernier à Plan-les-Ouates (GE): «C’est vrai qu’on peut vite extrapoler, admet un papa inquiet. L’enfant est-il monté dans la voiture d’une connaissance et a-t-il soudain pris peur? Ou a-t-il simplement été abordé par quelqu’un d’inoffensif et s’est-il imaginé des choses? Mais tant qu’on ne saura pas, on sera inquiets.» (24 heures)

Créé: 03.12.2012, 07h03

Comment réagir correctement

Vous êtes confronté à une annonce de disparition ou d’enlèvement d’enfant sur Facebook, ou même par le bouche-à-oreille? Avant de «faire tourner» ou de répercuter l’information plus loin, il vaut la peine de la vérifier, histoire de ne pas transmettre un hoax (canular): «Consultez les sites spécialisés», conseille Diane Burgy. On peut notamment aller sur www.fredi.org, www.missingchildren.ch, ou sur les sites de la police. En amont, et sans céder à la paranoïa, des précautions peuvent être prises. Sur le trajet de l’école, les enfants à pied peuvent se regrouper sous la surveillance d’un adulte, sur le principe des Pedibus. «Quand les enfants grandissent, et qu’ils deviennent adolescents, la surveillance se desserre, mais il faut garder un cadre», relève Diane Burgy. La directrice de la fondation Fredi insiste surtout sur l’information à donner aux enfants. Il est difficile d’évaluer le nombre exact de disparitions annuelles, faute de statistiques officielles. Selon des données fournies par la Confédération, on recenserait plus de 1000 cas de mineurs par an, toutes causes confondues. Mais il s’agit d’une statistique «minimale». Selon la police cantonale, 800 disparitions de jeunes sont signalées, chaque année, en terre vaudoise. Certains de ces mineurs sont des fugueurs «récidivistes», et la plupart d’entre eux sont retrouvés. En comparaison, les enlèvements de mineurs dans la rue restent rares, mais ce sont des affaires dramatiques qui ont toujours un fort retentissement public. La fondation Fredi, créée il y a dix-sept ans, dispose d’une liste de quinze enfants dont la disparition n’a jamais été élucidée en Suisse. On y trouve par exemple Sarah Oberson, la fillette qui s’est volatilisée en 1985 à Saxon (VS), à l’âge de 5 ans.

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