Des citoyens se dévouent pour ressusciter vos objets

ConsommationSous le nom de Repair Café, les ateliers de réparation bénévoles et gratuits essaiment aux quatre coins du canton. Leur succès tient à un besoin tant écologique que pratique.

Bricoleurs engagés: L’association Y-Repair mobilise des bénévoles 4 fois par an à la déchetterie d’Yverdon.

Bricoleurs engagés: L’association Y-Repair mobilise des bénévoles 4 fois par an à la déchetterie d’Yverdon. Image: Florian Cella

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«Ce n’était pas tellement compliqué, au final!» Jérôme Duhamel a le sourire. Grâce à lui, un robot ménager vient d’échapper à la casse. Et il n’a même pas eu à le démonter. «Il suffisait de tourner cette petite vis. Juste là. Elle s’était desserrée à force d’utilisation. La prochaine fois, vous saurez ce qu’il faut faire.» Depuis quelques semaines, Sarah ne pouvait plus rabaisser le batteur de l’appareil. «C’est un achat que j’ai fait en ligne. Alors j’ai contacté le constructeur par e-mail pour le faire réparer.» Logique, d’autant que la garantie était toujours valable. «Ils m’ont répondu que, comme ce n’était pas une panne, ils ne pouvaient rien faire.» Elle fait une moue entendue. «Si l’appareil fonctionne seulement en maintenant la main dessus, on ne va pas très loin.»

Le salut de son robot ménager, Sarah le doit au Repair Café d’Yverdon, organisé dimanche dernier à la déchetterie de la Ville. Un Repair Café? Le concept est né aux Pays-Bas en 2009, et il fait des émules dans le canton de Vaud depuis quelques années. Il s’agit d’événements où une poignée de bénévoles donnent un peu de leur temps pour réparer les objets qu’on leur apporte: de l’électroménager le plus souvent, mais aussi, selon les compétences des réparateurs, des ordinateurs, des téléphones, des vêtements, voire des meubles. Non seulement c’est gratuit, mais en plus c’est convivial, puisque le concept veut que l’on puisse aussi s’asseoir, prendre un café et croquer une morce en attendant son tour. À Yverdon, quatre Repair Cafés sont organisés chaque année par l’association Y-Repair Café, que Jérôme Duhamel a créée il y a trois ans.

Lutte contre l’obsolescence

Comme la trentaine de personnes venues ce jour-là, Sarah ne savait pas vraiment où se tourner pour que la réparation ne lui coûte pas plus cher que le prix de l’objet. Mais, au-delà de l’intérêt pratique et pécuniaire, les Repair Cafés s’inscrivent dans une démarche écologique avec plusieurs cibles en ligne de mire: la surconsommation, la surproduction et l’obsolescence programmée. Depuis 2015, à côté d’associations comme Y-Repair, la Fédération romande des consommateurs (FRC) s’est fait le porte-drapeau de la tendance en Suisse romande et soutient l’organisation de plusieurs Repair Cafés dans le canton. «L’idée n’est pas de se substituer aux réparateurs qui existent, mais avant tout de sensibiliser, assure Martine Chuard, présidente de la section vaudoise de la FRC. Il faut encourager les gens à se poser la question de la durée de vie et de la réparabilité des objets qu’ils achètent.»

Avec sept bénévoles à pied d’œuvre de 9h30 du matin jusqu’à 15 heures, le Repair Café d’Yverdon affiche un bilan honorable: seize objets ont été déclarés sans espoir mais quinze ont pu être sauvés. «Cela correspond à notre taux de réparation habituel, qui va de 50 à 60%», estime Sylvie Thonney, présidente de l’association. Car à l’impossible les bricoleurs bénévoles ne sont pas tenus. «À travers ces réparations, les gens se rendent compte que certains appareils sont conçus pour être difficiles à réparer soi-même, observe Jérôme Duhamel. C’est le cas des machines Nespresso, par exemple: leurs vis ont une forme spéciale, qui n’apporte aucune valeur ajoutée mais qui demande d’avoir un outil spécifique pour les dévisser.»

Parmi ceux qui sont repartis bredouilles ce jour-là, Angelika est venue avec un fer à friser qu’elle croyait haut de gamme mais qui a cessé de fonctionner après une dizaine d’utilisations. «C’est arrivé pile à l’échéance de la garantie, ironise-t-elle. Donc je n’ai même pas essayé de l’apporter au magasin.» Patrick, qui a tenté la réparation, affiche une mine dépitée. «C’est le genre d’appareil qui contient des composants électroniques qu’il faudrait remplacer. Et sans la pièce de rechange, c’est compliqué.»

Rattrapés par le succès

«Réparer n’est dans l’intérêt ni des magasins ni des constructeurs, observe Pascal Macquart, l’un des membres de l’association. Ils veulent vendre du neuf. Et si vous voulez une réparation, vous devez commencer par payer un devis. Tout est fait pour décourager les gens.» Quant aux réparateurs indépendants, ils ne sont pas légion et leurs adresses ne sont pas toujours connues. En 2015, la Ville de Lausanne et la FRC ont lancé un site qui les répertorie. Il a enregistré 78'000 visites en trois ans, mais le manque de choix explique sans doute la multiplication des initiatives citoyennes sur le même modèle qu’Y-Repair.

À Nyon, Payerne et Vevey, d’autres associations à vocation écologiste organisent régulièrement des Repair Cafés. Et les Communes s’y mettent aussi. À Lausanne, le contrat de quartier de Prélaz, encadré par la Ville, organise un Repair Café tous les mois depuis décembre dernier, et Bussigny s’apprête à faire de même dès septembre. La Commune de Bourg-en-Lavaux, elle, vient de tenter l’expérience pour la première fois le week-end passé. «Nous avons eu 56 objets à réparer et il y avait tout le temps du monde. C’est une grande réussite! On a eu l’impression que cela répondait vraiment à un besoin», se réjouit Évelyne Marendaz, municipale chargée du développement durable.

C’est le cas de le dire. Quelque part dans le Nord vaudois, un petit groupe de bénévoles s’est formé il y a deux ans pour créer un atelier de réparations en tous genres, non pas gratuites, mais à prix très doux. «Nous ne prenons plus aucune demande, nous avons déjà une liste d’attente de six mois!» s’exclame l’un des membres de l’association, qui désormais évite toute forme de publicité. Face à cet engouement, il s’étonne que les offres du même genre ne soient pas plus répandues: «Il faut que les mentalités changent. En attendant, la planète est comptable de tout ce que nous jetons.» (24 heures)

Créé: 03.06.2019, 06h40

Des pièces de seconde main en ligne

Parmi les problèmes que rencontrent les bricoleurs du dimanche, il y a celui de la pièce de rechange qui manque. À Prilly, La Bonne Combine a lancé il y a à peine quelques mois une plateforme en ligne de vente de pièces détachées de seconde main. L’enseigne était plutôt bien placée pour créer cette offre qui, selon son directeur, Christoph Schindler, est une première en Suisse. Depuis quarante ans, La Bonne Combine se spécialise en effet dans la reprise, la réparation et la revente d’électroménager et d’électronique. Avec les appareils qui transitent dans son atelier, l’entreprise a accès à un vivier de pièces détachées, dont une partie est désormais inventoriée sur les pages de son site internet www.labonnecombine.ch.

«Les constructeurs n’ont pas d’incitation à mettre à disposition les pièces de rechange, pas plus qu’ils n’en ont à réparer, surtout lorsque les produits sont bas de gamme. Certaines marques ne vendent plus les pièces d’appareils mis sur le marché il y a à peine un an», observe Christoph Schindler. Il relève également, que ni les particuliers ni les entreprises ne peuvent à ce jour collecter des pièces détachées sur les appareils jetés dans les déchetteries. C’est interdit dans la plupart d’entre elles. Enfin, s’il est déjà possible de rechercher des pièces de rechange d’occasion sur internet, il faut généralement les faire venir de l’étranger.

Le stock disponible sur le site de La Bonne Combine est encore peu fourni, mais contient des pièces parfois toutes simples qui suffisent à sauver un appareil de la poubelle: réservoirs de machines à café, composants électroniques ou encore paniers à vaisselle.

Où et quand?

Repair-cafe.ch
L’agenda des Repair Cafés organisés en Suisse romande tenu à jour par la FRC. Très complet, il mentionne surtout les événements dont l’association est partenaire.

Lausanne-repare.ch
Le répertoire des réparateurs indépendants de Lausanne tenu par la Commune.

À Lausanne, le 3 juin de 18 à 20h (et tous les mois), au Centre socioculturel de Prélaz-Valency, ch. de Renens 12C. Infos:
contratdequartier@lausanne.ch

À Nyon, le 8 juin de 12 à 17h à la salle de la Bretèche, place du Château 1. Réservation obligatoire auprès de l’association Demain La Côte jusqu’au 7 juin: 079 272 52 20 et demainlacote.ch

À Payerne, le 16 juin de 9h30 à 14h, au Centre socioculturel, rue de la Boverie 36. Infos auprès de l’association Demain La Broye: demainlabroye.ch

À Bussigny, le 3 septembre au Centre de rencontre et d’animation de Bussigny, route de La Chaux 2 (horaire à définir). Infos: bussigny.ch


À Vevey, le 21 septembre à la bibliothèque de Vevey (horaires à définir). Infos auprès de l’association Permaculture Riviera: permacultureriviera.ch

À Bex, le 26 octobre Infos: facebook.com/repaircafebex

À Yverdon, le 10 novembre de 9h30 à 15h, à la Ressourcerie de la déchetterie STRID, route de Champs-Torrens. Infos: y-repaircafe.ch et 079 793 86 62

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