Des entreprises naissent grâce au microcrédit et à la ténacité

FinanceUn site Internet répertorie cent hommes et femmes qui sont devenus indépendants grâce à un prêt solidaire et à leur énorme travail.

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Il y a quatre ans, le Gryonnais d’origine alsacienne Fabien Esche­rich était chef de chantier salarié d’une entreprise active dans le bâtiment. Il a été licencié. Aujourd’hui, âgé de 36 ans, ce menuisier de formation dirige Bitpass et commercialise son invention brevetée: un bracelet magnétique qui permet aux ouvriers et aux grands bricoleurs d’éviter de perdre des pièces de leurs outils.

Un microcrédit l’a aidé à concrétiser son projet. Depuis mardi, il est répertorié, avec une centaine de «microentrepreneurs», sur le site Internet rénové de la fondation qui l’a soutenu, Microcrédit Solidaire Suisse (MSS), basée à Lausanne. Créée en 1998 par l’entrepreneur vaudois Georges Aegler, MSS a aussi participé le 20 octobre à la première journée européenne de la microfinance, une alternative aux prêts bancaires difficiles à obtenir sans une caution ou une attestation de revenus fixes.

Pour Fabien Escherich, ces quatre années ont été celles d’une reconversion nécessitant un engagement de tous les instants. Et de gros sacrifices. «J’ai dormi dans ma voiture pendant deux mois, j’ai demandé à mes parents de m’héberger. J’en ai parfois pleuré, mais j’aime le challenge», affirme-t-il. Aujourd’hui, il est fier de parler des prix internationaux glanés par son invention et des 3000 pièces vendues, au prix de 39 fr. chacune, en une année.

Viabilité indispensable
Afin d’obtenir un prêt de 20'000 fr. à un taux de 4%, Fabien Escherich a franchi les étapes d’un examen serré de son dossier. «Une expertise est menée par des bénévoles, souvent de jeunes retraités venus de la banque ou des assurances. Nous avons des critères sociaux, mais la viabilité est une condition sine qua non pour que nous accordions un microcrédit», déclare Yvette Jaggi, ancienne syndique de Lausanne, présidente de la fondation.

Dans les murs de Fricote, sa boutique de cadeaux déco sur le thème des arts de la table ouverte il y a deux ans et demi à la rue Marterey de Lausanne, Marie Oliveira a dû s’y reprendre à deux fois avant d’obtenir son microcrédit de 30'000 fr. Un moment difficile qui illustre l’exigence de viabilité posée par MSS. «C’était lourd, mais, avec le recul, je me rends compte que c’était indispensable. Beaucoup se lancent sans un projet très clair», déclare la patronne et mère de famille âgée de 45 ans, qui a pu compter sur le soutien de ses proches. Ancienne assistante de direction, Marie Oliveira avait perdu son emploi. Près de la moitié des candidats au microcrédit se trouvent dans cette situation.

D’autres font le saut alors qu’ils sont encore salariés. C’est le cas de Sonja Henauer, qui enseignait la pâtisserie au restaurant de l’Ecole hôtelière de Lausanne. En 2007, alors âgée de 33 ans, elle décide de fonder Sonja, Dessert & Santé. Elle a obtenu un microcrédit de 30'000 fr. Son créneau, peu connu à l’époque, c’est le sans-gluten. Aujourd’hui, elle doit s’agrandir afin de faire face à une demande qui a connu une explosion.

Créé: 23.10.2015, 08h31

Un modèle social

Connu pour son expansion dans les pays en voie de développement, le microcrédit en version suisse commence à 5000 fr. pour atteindre un maximum de 30'000 fr. Pour
les banques, c’est trop bas. «Nous commençons à partir de 20'000 fr.», relève Pierre Palley, responsable des PME à la BCV. Les dirigeants de Microcrédit Solidaire Suisse (MSS) sont fiers de leur modèle resté distant du système bancaire, contrairement à ce qui se passe en Europe.
Les ressources de base, que la présidente Yvette Jaggi cherche à augmenter depuis son arrivée, en 2006, sont assurées par des donateurs. Les nouveaux prêts sont financés par les remboursements. MSS est en progression: 806'000 fr. accordés à 39 bénéficiaires en 2014, contre 582'000 fr. à 31 demandeurs en 2013. Entre 2000 et 2014, la fondation a accordé 291 microcrédits représentant 5,3 millions de francs. D’autres alternatives au prêt bancaire sont apparues, notamment le crowdfunding, un appel au financement lancé aux internautes. Mais il y a peu de concurrence entre les deux, ainsi que l’explique Pierre Palley: «Le microcrédit est accompagné d’un suivi: c’est un prêt assorti d’une aide. Le crowdfunding sert la réalisation de projets particuliers, surtout culturels, ou d’idées qui sortent de l’ordinaire. C’est dispersé
et il n’y a pas de solidarité.»

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