Des personnes âgées délogées pour agrandir un… EMS

PullyLa Ville de Pully va résilier les baux à loyer d’une quinzaine de seniors pour augmenter le nombre de lits de la Résidence Pré de la Tour, l’EMS voisin. L’inquiétude est grande parmi les locataires.

L’EMS Pré de la Tour, au centre-ville de Pully, veut investir le bâtiment mitoyen, occupé lui aussi par des aînés.

L’EMS Pré de la Tour, au centre-ville de Pully, veut investir le bâtiment mitoyen, occupé lui aussi par des aînés. Image: PATRICK MARTIN

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Les lits d’EMS manquent à Pully; les appartements adaptés aux personnes âgées aussi. Ironie du sort: l’extension programmée de l’EMS Pré de la Tour, situé sur la place Neuve, engendre le départ forcé des seniors vivant dans l’immeuble adjacent, révélait mardi Le Matin. Les habitants de ces treize appartements conçus pour les aînés à mobilité réduite sont presque tous âgés de plus de 80 ans. La Ville, propriétaire, veut réagencer les lieux pour augmenter la capacité de l’EMS mitoyen. Les locataires recevront une notification formelle de résiliation de leurs baux en février prochain.

Dans une missive adressée à la Municipalité, treize habitants s’opposent à cette décision et font part de leur «angoisse». «On a été renversés par la nouvelle, commente une signataire de 86 ans. Et plutôt écœurés par la Commune. Je comprends ce besoin de place pour l’EMS mais rien n’est prévu pour nous.»

La Ville se défend. Une prolongation de bail de trois ans sera accordée systématiquement aux aînés s’opposant à la résiliation. «Nous sommes conscients qu’il est compliqué d’envisager un déménagement pour ces personnes âgées, indique le syndic PLR, Gil Reichen. Nous ne les mettons pas à la rue. Au contraire, nous anticipons les choses et les accompagnerons en vue de trouver des solutions individuelles de relogement. D’ici trois ans, beaucoup de ces personnes pourraient n’avoir d’autre choix qu’un placement en EMS. Pour les autres, nous avons le temps de trouver des solutions.»

«Nous ne les mettons pas à la rue. Au contraire, nous anticipons les choses et les accompagnerons en vue de trouver des solutions individuelles de relogement»

Problème: il n’existe actuellement aucun appartement considéré comme «adapté» ou «protégé» à Pully. Les premiers spécimens doivent sortir de terre sur le terrain des Boverattes, mais vraisemblablement pas avant plusieurs années. Des oppositions retardent la construction.

«C’est tout de même incroyable qu’il n’y ait rien sur le marché, regrette Jean-Claude Borgeaud, 84 ans, signataire de la lettre de contestation. En l’absence d’offre alternative, je refuserai de partir. Les locataires sont fragiles, âgés, en situation difficile sur le plan physique et économique. Représentez-vous ce que cela signifie, pour nous, de chercher des appartements, de se déplacer pour les visiter…»

«En l’absence d’offre alternative, je refuserai de partir. Les locataires sont fragiles, âgés, en situation difficile sur le plan physique et économique»

«La Municipalité met à la porte un groupe de vieillards pour le remplacer par un autre groupe de vieillards, déplore Annie Mumenthaler, conseillère communale UDC et plus jeune habitante de l’immeuble (70 ans). Elle devrait différer le projet jusqu’à ce que des appartements protégés soient construits. Les autorités n’ont pas anticipé les besoins.»

«Pas les moyens de payer plus»

La Commune s’est penchée en 2011 sur le problème de la pénurie de logements, faisant de la création d’appartements destinés aux familles et aux seniors une priorité politique. «Le premier projet dans ce sens est justement les Boverattes, explique Gil Reichen. Le train est en marche. Il faut aussi comprendre que nous n’avons pas de terrains communaux où l’on peut construire rapidement.»

En privant des aînés de leur lieu de vie sans pouvoir leur assurer une alternative, Pully ne met-elle pas la charrue avant les bœufs? Le syndic invoque une contrainte liée au calendrier. «Il a fallu aller vite avec ce projet d’extension pour avoir une chance de le faire figurer dans le programme cantonal d’investissement de cette législature.»

A la crainte de ne pas retrouver de logement s’ajoute, pour les habitants de la place Neuve, celle d’une hausse de loyer. Ceux de leur immeuble défient toute concurrence (1116 francs pour un 2,5 pièces, charges comprises). «La majorité d’entre nous n’auraient pas les moyens de payer plus», estime Jean-Claude Borgeaud. Là encore, le syndic Gil Reichen se veut rassurant: «La Ville est prête à apporter une aide financière.»

La vente du bâtiment à la Fondation Pré Pariset, dont le Conseil est par ailleurs présidé par Gil Reichen, fera l’objet d’un vote du Conseil communal. «Tout est encore flou, alors je laisse aller, on verra bien. Mais ça ne me rassure pas. Déménager, à mon âge, c’est pratiquement impossible», souligne Silver Ménasse, l’un des deux locataires ayant atteint l’âge de 96 ans. «Même si l’on est tranquille jusqu’à fin 2020, mes nuits sont troublées, conclut Jean-Claude Borgeaud. L’incertitude tue.» (24 heures)

Créé: 11.10.2017, 07h01

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