Des privés pour faire déguerpir les dealers

LausanneDes agents de sécurité ont la mission de «libérer» les abords des magasins, aux frais des commerçants.

Philippe Bovet, président de la Société coopérative des commerçants lausannois, au milieu des agents de sécurité engagés pour la semaine

Philippe Bovet, président de la Société coopérative des commerçants lausannois, au milieu des agents de sécurité engagés pour la semaine Image: Florian Cella

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«Nous ne sommes pas la police.» En pleine place Bel-Air lundi après-midi, la cheffe du département «patrouille» de la société de sécurité Goron SA plante le décor. Et Angélique Leroy a raison: casquette noire vissée sur la tête, tenue militaire de la même couleur, gants en cuir, menottes ou spray au poivre à la ceinture et rangers aux pieds, les cinq collègues qui l’accompagnent en imposent sans doute davantage que les forces de l’ordre. Leur mission toute cette semaine est de faire déguerpir les dealers de rue de devant les vitrines des magasins. Normal: leurs patrons sont les commerçants lausannois.

Ce n’est pas la première fois que des enseignes de la place font appel à ces agents, tous professionnels, pour lutter contre le deal de rue qui tue le commerce, aussi. La dernière fois, c’était lors d’une opération coup-de-poing en janvier mais leur action s’était cantonnée à Bel-Air. Cette fois, c’est carrément la société faîtière qui a organisé cette semaine de patrouilles. Par opportunisme alors que la fronde contre le deal de rue est tendance? «Pas du tout. Nous avions l’idée d’une action en mai déjà. Une marche, pourquoi pas… Nous en avions discuté avec les autorités qui nous ont dit que des mesures étaient sur le point d’être mises en place. On ne voulait pas encombrer la police, alors nous avons retardé notre action d’un mois, explique Philippe Bovet, président de la société coopérative des commerçants lausannois (SCCL). Nous apportons ainsi notre eau au moulin dans la reprise du domaine public.»

Les hommes d’Angélique Leroy ont pris leurs quartiers lausannois à midi ce lundi, deux par deux. Combien coûte cette présence aux commerçants? Quels sont les horaires des patrouilles? Les questions restent sans réponse. «Notre travail, c’est de passer voir les commerçants. On leur demande si tout va bien ou s’ils ont besoin de notre intervention pour libérer l’accès de leur magasin pour des clients qui se sentiraient en insécurité à cause de la présence continue de dealers. Attention: notre mission s’inscrit en appui à celle des forces de l’ordre. Nous délogeons les trafiquants uniquement par le dialogue», explique la cheffe. Et si le dealer se montre récalcitrant? «Nous faisons comme tout le monde: nous appelons la police. En aucun cas nous ne faisons usage de la force. Je ne sortirais ma bombe au poivre – pour le maniement de laquelle j’ai été formée – qu’en cas de légitime défense.»

La Ville précise les limites

Pour le patron des commerçants, il faut voir ces patrouilleurs privés comme un coup de main rendu aux policiers municipaux. «Disons que c’est notre manière à nous de renforcer les effectifs pendant une semaine. Il faut le voir comme du personnel en plus contre le deal de rue. Nous ne critiquons nullement le travail de la police. Ce qu’ils font déjà est magnifique», poursuit Philippe Bovet. Un numéro de téléphone a encore été donné aux commerçants qui peuvent appeler les patrouilleurs à l’aide, au besoin.

La SCCL est également à l’origine d’une action plus «classique»: 20 000 badges «J’aime ma ville, pas le deal!» ont été produits. Ils sont distribués par la plupart des 300 commerçants-membres à leurs clients cette semaine.

À la police, qui confirme avoir eu des discussions préalables à l’engagement des agents de sécurité par les commerçants, on assure avoir fixé les limites de l’exercice. «Ils peuvent passer d’un commerce à l’autre, mais ils n’ont pas de tâches parapubliques dans la rue. En clair, il ne s’agit pas de patrouilles privées comme celles qui avaient fait polémiques. À la Ville, nous sommes très attentifs aux difficultés du commerce en raison de l’effet repoussoir que peut avoir l’occupation du domaine public par les dealers», explique Pierre-Antoine Hildbrand, municipal lausannois de la Police.

Créé: 18.06.2018, 17h03

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