Deux ouvrages pour démystifier la vie de la «plèbe» d’Aventicum

ArchéologieLes habitudes, le niveau d’éducation, mais aussi la société des classes modestes de l’Avenches antique sont mieux connus.

L’étude porte notamment sur des nouveau-nés retrouvés en 2001.

L’étude porte notamment sur des nouveau-nés retrouvés en 2001.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Le Site et Musée romains d’Avenches a présenté la semaine dernières les résultats de deux études patiemment menées durant des années. L’une est consacrée à une nécropole découverte par hasard lors de remaniements parcellaires en 2001. L’autre est l’aboutissement des recherches sur les graffitis dits «mineurs», les inscriptions laissées discrètement par nos ancêtres sur leurs cruches, assiettes et gobelets.

Le point commun de ces deux volumes? Ils éclairent d’un jour inédit le quotidien des classes les plus défavorisées de l’antique capitale helvète. Autrement dit pas les hommes en toges fréquentant les premiers rangs du théâtre. Mais les humbles et les anonymes. Ceux dont l’héritage matériel est par définition le plus mince. Notamment dans leur dernière demeure, la nécropole d’À la Montagne, où reposent les premières générations ayant habité l’Aventicum gallo-romaine, avant que le cimetière soit abandonné lors de l’extension de la ville, en 70 ap. J.-C.

Là, les archéologues ont trouvé le plus faible taux d’offrandes funéraires de la région, moins de trois en moyenne par tombe. Des bijoux ordinaires et de la céramique usuelle. Quelques-uns des Avenchois de l’époque ont été inhumés avec leurs chaussures cloutées. Bref, le bas de l’échelle sociale. L’étude trahit aussi un quotidien difficile. Des vertèbres lombaires qui ont souffert, des membres marqués par l’effort, de nombreuses fractures et signes d’accident, probablement liés au travail. Presque tous avaient des caries ou perdu des dents, un quinquagénaire souffrait du ver solitaire, qui a laissé des kystes, calcifiés, dans ses restes. «Ils étaient au contact d’animaux, comme du bétail ou des chiens, souligne l’archéologue Emmanuelle Sauteur, directrice de la publication. On en a d’ailleurs retrouvé un dans le cimetière. On a aussi retrouvé beaucoup de nouveau-nés, ce qui permet de poser beaucoup de questions sur le deuil périnatal à l’époque. En fait, on met en avant un visage finalement très touchant de ces gens. On voit des regroupements familiaux. Les cendres d’un jeune enfant de 1 à 3 ans ont été enterrées avec un médaillon représentant un couple enlacé, peut-être ses parents. C’est très émouvant.»

La chercheuse relativise au passage le peu de moyens des premiers Avenchois. L’un d’entre eux a emporté son nécessaire de toilette portable, un objet dont peu d’exemplaires sont connus. Les tombes ont aussi été accompagnées de très jolis morceaux de porcs pour le dernier voyage. Là, les proches avaient les moyens.

Des lettrés

Surtout, les Avenchois savaient écrire. Pour son imposant travail, le spécialiste Richard Sylvestre a analysé 54 tonnes de céramique, pour arriver à répertorier 1829 noms, dessins et dédicaces laissés là il y a deux millénaires. Un corpus unique. Et que traditionnellement la recherche considère comme le témoignage de gens modestes. Un verdict à relativiser. «On voit des lettres soignées, des empattements ou des formes inspirées des inscriptions monumentales, précise Richard Sylvestre. On est loin du graffiti ou du tag furtif dans la rue. En fait, ceux qui ont laissé ces inscriptions étaient alphabétisés. On trouve très peu de croix ou de dessins. Il y a des ratures ou des fautes d’orthographe, mais ils maîtrisaient plus ou moins le latin avec des survivances de gaulois. Un dialecte avenchois en somme.» Ce n’est pas tout. Les récipients contiennent parfois des indications de mesures. «Les gens maîtrisaient des systèmes à plusieurs décimales», ajoute le chercheur. Et, pour la première fois, les noms de plus de 200 hommes et femmes ayant vécu à Aventicum ont été mis en lumière. Une majorité de noms latins évidemment, mais aussi 25% de gaulois – Nebnus, Ammus – et 16% de grecs – Phosphorus, Eutichus. «C’est un taux surprenant, reprend Richard Sylvestre. Ce peut être des esclaves ou des gens de certains métiers, notamment des médecins qui portaient souvent des noms grecs. En fait, ça témoigne des origines mixtes de la population, d’habitudes, de volonté de personnaliser leurs objets.» Comme nous, en fait. (24 heures)

Créé: 09.11.2017, 07h02

Références

Bibliographie

Les deux études peuvent être obtenues en passant par le Site et Musée romain d'Avenches ou par le Musée cantonal de Lausanne.

A la Montagne, une nécropole du Ier siècle après J.-C. à Avenches. Emmanuelle Sauteur (dir.). Cahiers d'archéologie romande 167.

Les graffiti sur céramique d'Aventicum (Avenches), éléments de réflexion sur la population du caput civitatis helvetiorum. Richard Sylvestre. Documents du Musée romain d'Avenches 28.

Le mobilier issu des fouilles de la nécropole «d'à la Montagne» témoigne des habitudes des premiers habitants d'Avenches. A de rares exception, à une période où les riches récipients italiens ne sont pas encore légion, les offrandes aux défunts sont plutôt modestes. (Image: Site et musée romain d'Avenches)

Sur ce fond d'assiette retrouvé dans une Insula d'Avenches, une certaine Materna a inscrit son nom il y a près de deux millénaires. (Image: Jean-Paul Guinnard)

Articles en relation

Des squelettes découverts au coeur de Lausanne

Archéologie Le chantier du LEB a permis de mettre à jour des ossements. Le site est un ancien cimetière Plus...

L'archéologue Hans Bögli est décédé

Carnet noir Pionnier de l'archéologie vaudoise et ancien conservateur du Musée romain d'Avenches, Hans Bögli était également enseignant à l'Université de Lausanne. Il a entre autres fouillé le site de Vidy. Plus...

Une agglomération gauloise découverte sous Aventicum

Archéologie Les fouilles dues au développement du bourg ont mis au jour une véritable ville du second âge du fer. Plus...

A la recherche de l’Atlantide cachée au fond de nos lacs

Archéologie Un guide permet de repérer les nombreux sites lacustres du pays, richesse qui dort sous nos eaux. Plus...

Balade à la découverte des mégalithes vaudois

Archéologie De Lutry à Onnens, le canton de Vaud est parsemé de très beaux mégalithes. Suivez le guide! Plus...

Paid Post

Le casual dating est-il fait pour vous?
L’idée d’une rencontre purement sexuelle sans aucun engagement peut paraître séduisante, mais une petite mise au point s’impose.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.