En binôme pour sauver des vies sous les décombres

SauvetageDepuis 40 ans, le groupe régional de Redog secourt des personnes ensevelies ou disparues avec des équipes homme-chien. Reportage.

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«Cherche, cherche, cherche», susurre Mireille Tissot-Daguette à Nash, son labrador mâle âgé de 9 ans. Malgré le froid et une petite pluie fine, le chien s’élance et parcourt allègrement le toit d’un bâtiment qui semble s’être totalement effondré sur lui-même. Au milieu de cet amas de béton aux fers apparents, l'animal s’infiltre sous une grande dalle. Une minute plus tard, des aboiements se font entendre. Nash semble avoir reniflé une odeur humaine. Il «désigne», comme disent les spécialistes. Ni une, ni deux, sa maîtresse rampe à son tour vers les entrailles de la bâtisse pour vérifier s’il y a bien une personne bloquée sous les décombres.

Heureusement, aujourd’hui, personne n’est réellement blessé. Ce n’est qu’un entraînement du groupe régional Vaud, Neuchâtel, Fribourg, Jura de l’organisation Redog au village d’exercice d’Épeisses dans le canton de Genève. Redog, société suisse des chiens de recherche et de sauvetage, est appelée par la Confédération, la gendarmerie, les pompiers, la protection civile ou encore des privés pour secourir des personnes ensevelies ou disparues. L’organisation compte, répartis dans douze groupes régionaux, environ 750 membres, tous bénévoles, et presque 600 chiens. Le groupe régional Vaud, Neuchâtel, Fribourg et Jura fête d’ailleurs cette année ses 40 ans d'existence.

Accompagnée par une bénévole qui a joué la fausse victime, Mireille Tissot-Daguette, responsable de la formation des chiens de catastrophe du groupe régional, sort du trou où elle s’était aventurée. Elle est couverte de poussière, mais affiche un grand sourire. Elle s’empresse de féliciter et de caresser son chien qui a déjà dans sa gueule son jouet fétiche. «Pour le chien ce n’est pas du travail, c’est un jeu, une sorte d’immense partie de cache-cache», raconte cette habitante de Peseux, dans le canton de Neuchâtel.

Chaque chien possède son objet fétiche et son objectif est de pouvoir le récupérer. «Dès leur plus jeune âge, nous leur apprenons que s’ils désignent l’odeur de l’être humain, cela va les amener à leur récompense, qui peut-être un jouet ou de la nourriture», explique Esther Waltisberg, présidente du groupe régional Vaud, Neuchâtel, Fribourg, Jura. Au début de son apprentissage, le jeune chien reçoit sa récompense dès qu’il sent une personne et qu’il aboie. Par la suite, les personnes sont de mieux en mieux cachées jusqu’à ce que cela se rapproche de la réalité d’une catastrophe. «Le chien cherche simplement les odeurs humaines pour être récompensé. Il ne recherche malheureusement pas volontairement des disparus parce qu’il est l’ami des êtres humains», s’amuse Esther Waltisberg.

En Suisse et à l’étranger

Les éboulements à Bondo dans les Grisons, à Chamoson cet été en Valais, les séismes en Indonésie, au Népal ou encore en novembre dernier en Albanie sont autant d’interventions auxquelles ont participé des membres de Redog. «Quand nous partons à l’étranger, nous le faisons avec la Chaîne suisse de sauvetage de la Confédération ou avec une association turque qui fait appel à nous, explique Benjamin Tissot-Daguette, vice-président du groupe régional et membre du comité central de Redog suisse. Dans les interventions à l’étranger, il faut faire parfois douze ou quatorze heures d’avion, puis encore de la route dans des camions militaires pour arriver sur le lieu de la catastrophe. Nous arrivons dans des pays où l’urgence est partout et où il y a, malgré tout, beaucoup d’attente. Ce sont des situations qui sont très fatigantes pour nos chiens.» Ce stress nécessite des animaux en pleine forme. C’est pourquoi Redog a fixé l’âge de leur retraite à 10 ans pour les interventions internationales et à 12 ans pour celles en Suisse.

Fantasio, lui, en est encore loin. Le labrador de Benjamin Tissot-Daguette n’est âgé que de 2 ans et demi et s’agite déjà comme un beau diable à travers une montagne de pierre et de béton. Il renifle, s’arrête, regarde à gauche, à droite, puis repart dans la direction opposée. Il lui faudra encore plusieurs minutes pour retrouver la personne cachée sous les décombres. Le jeune chien est en formation, il n’est pas encore «engagé». «Nous parlons d’un chien engagé au moment où le binôme, l’animal et l’homme ont passé l’ensemble des examens de formation», précise Benjamin Tissot-Daguette. Cette formation pour les recherches en décombres dure en moyenne entre deux et cinq ans. Il y a d’abord un premier test d’obstacles et d’obéissance. Par la suite, le binôme doit passer une batterie de tests avec plusieurs recherches de personnes de jour mais aussi de nuit. Les sauveteurs doivent aussi réussir des examens de premier secours sur l’homme et sur le chien.

«Il existe deux grands domaines de recherches: celle de personnes ensevelies et celle de personnes disparues, énumère Mireille Tissot-Daguette. Dans la première, il y a les chiens de catastrophe et la recherche de cadavres avec des canidés spécifiques. Pour les personnes disparues, il y a la recherche en surface avec des chiens qui quadrillent une zone et désignent les objets avec une odeur humaine. Et aussi le «mantrailing», un pistage avec une odeur de référence pour tenter de suivre la personne disparue.» Les binômes sont aussi parfois accompagnés d’équipes techniques avec des caméras, des appareils d’écoutes, des drones ou des jumelles à vision thermique. Une bonne partie des bêtes du groupe régional s'entraîne dans les deux domaines. «Un chien faisant de la recherche de cadavre ne peut pas rechercher des personnes vivantes et inversement, car nous voulons savoir ce qu’il désigne», précise celle qui enseigne les mathématiques au Gymnase d’Yverdon-les-Bains.

Chaque membre est bénévole, les animaux de Redog sont les chiens de famille des sauveteurs. Les frais de nourriture, de vétérinaire ou encore de déplacement sont entièrement à leur charge. «Nous sommes des bénévoles qui travaillons en professionnels, déclare Esther Waltisberg. Nous agissons comme les maîtres-chiens de la gendarmerie ou des douanes. Nous avons les mêmes exigences, mais nous ne sommes pas payés pour ça.»

D’avril à septembre, les binômes s’entraînent tous les samedis. Il y a aussi des semaines d’exercice et des entraînements au moins un soir par semaine durant toute l’année. Sans oublier les interventions qui peuvent tomber à n’importe quel moment. Un temps que consacre avec plaisir le couple Tissot-Daguette. «Notre objectif premier est de sauver des vies, c’est pour cela que nous nous sommes engagés, argumente Benjamin Tissot-Daguette. Il faut avoir cette passion du sauvetage et des chiens sinon, avec ce rythme-là, on ne tient pas.»

Une passion qui étonne encore autour deux, comme s’amuse à le raconter la femme de Benjamin. «Quand mes collègues de travail me demandent ce que j’ai fait le week-end et que je leur dit que j’ai rampé sous des décombres dans le froid et la pluie, ils me prennent un peu pour une folle!»

Créé: 28.12.2019, 11h50

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