Éric Hoesli a des liens d’affaires avec Frederik Paulsen

BusinessLes relations entre Frederik Paulsen et le journaliste Eric Hoesli ne sont pas que «privées». Ils siègent dans le conseil de la fondation mère de l'empire du Suédois.

Frederik Paulsen et Éric Hoesli sont reçus par des autorités de la République russe de Carélie, à l’occasion d’un voyage entre amis effectué en mars 2015. Il y avait aussi l’ex-conseiller fédéral Pascal Couchepin, l’ex-conseiller d’État François Longchamp, l’ex-cadre d’Edipresse Tibère Adler, l’ex-recteur de l’UNIGE Jean-Dominique Vassalli.

Frederik Paulsen et Éric Hoesli sont reçus par des autorités de la République russe de Carélie, à l’occasion d’un voyage entre amis effectué en mars 2015. Il y avait aussi l’ex-conseiller fédéral Pascal Couchepin, l’ex-conseiller d’État François Longchamp, l’ex-cadre d’Edipresse Tibère Adler, l’ex-recteur de l’UNIGE Jean-Dominique Vassalli. Image: DR

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Beaucoup a été dit sur le couple formé par Éric Hoesli et Frederik Paulsen. Le journaliste de Sainte-Croix, ex-directeur des publications romandes de Tamedia qui édite «24 heures» et la «Tribune de Genève», et le patron de Ferring à Saint-Prex affirment que leurs relations sont «privées». Que leurs voyages en Sibérie reposent sur une «base amicale». Mais en fait il n’y a pas que cela. Notre enquête montre que les deux personnages ont des liens d’affaires. Il y en a plusieurs et ils sont importants.

Frederik Paulsen est à la tête d’un empire économique. Éric Hoesli en fait partie. Les deux siègent au conseil d’une des fondations de famille qui chapeaute le groupe. Son nom? The Paulsen Familiae Foundation, qui est domiciliée à la rue de l’Esplanade, à Saint-Hélier, dans le paradis fiscal de Jersey. Cette entité ne doit pas être confondue avec la Dr. Frederik Paulsen Foundation, et surtout avec The Paulsen Familiae Foundation - Dr. Frederik Paulsen Foundation.


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Les «Paradise Papers», nom de code d’une base de données sur les milieux offshore, indiquent que The Paulsen Familiae Foundation a été créée le 22 juin 2011. Cette fondation embrasse une septantaine de sociétés dans le monde. Parmi elle, Paulsen Media BV, inscrite à Hoofddorp aux Pays-Bas. Le Registre du commerce indique qu’Éric Hoesli et Frederik Paulsen en sont deux des quatre directeurs.

La maison d’édition Paulsen Media BV a pignon sur rue. Elle a coédité le deuxième livre du journaliste vaudois en 2018, «L’épopée sibérienne». Il accède à la direction de cette société, le 28 janvier 2011, quelques mois avant qu’elle rachète la collection Guérin à Chamonix (F). Le 12 août 2014, «Le Temps» écrit que le journaliste représente l’actionnaire propriétaire auprès de la maison Guérin.

De par sa position dans le conseil de The Paulsen Familiae Foundation, Éric Hoesli est lié à d’autres sociétés. Les «Paradise Papers» indiquent en effet qu’en 2015 cette fondation est actionnaire de Fernland Holdings Limited, elle-même actionnaire d’Avenida Services et de Hypothalamus Limited. Les trois sont basées dans les îles Vierges britanniques et sont liées à Frederik Paulsen.

Sur internet, le nom d’Éric Hoesli apparaît aussi en tant que membre du conseil de The Paulsen Familiae Foundation dans une offre publique d’achat de Schlumberger en Autriche, en 2014 et en 2016. Ce géant du vin mousseux a été racheté par le groupe Paulsen, via la société zurichoise Sastre qui appartient au Suédois.


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Être présent, directement ou indirectement, à la tête de ces entités n’est pas anodin. Le titulaire peut participer à la stratégie de la société. Il peut y apporter ses compétences et son réseau. Ce travail se fait à temps partiel, plusieurs réunions par année. La règle veut que cet engagement soit rémunéré. Ce qui ne fait pas du bénéficiaire effectif un employé du propriétaire de l’entreprise.

Éric Hoesli et Frederik Paulsen disent s’être rencontrés pour la première fois en 2008. Le journaliste fait rapidement partie des proches du milliardaire suédois. Il siège dans ces sociétés aux côtés de la poignée de fidèles qui représentent et qui défendent les intérêts du groupe Paulsen dans le monde: le fils J.-F. en Géorgie, A. C. aux États-Unis, E. T. en Angleterre, J. L. à Zurich.

L’homme de presse Éric Hoesli a rarement évoqué en public ses liens d’affaires. Les Romands connaissent plutôt le journaliste qui est devenu directeur éditorial à Edipresse, puis à Tamedia. Jusqu’au 31 octobre 2013, il dirige la ligne de «24 heures», de la «Tribune de Genève», du «Matin» ou encore du «Matin Dimanche». Il représente aussi son groupe au quotidien «Le Temps», qu’il a d’ailleurs créé, et à l’Agence télégraphique suisse.

«Il était en règle vis-à-vis de son employeur et du règlement en vigueur»

Ces liens économiques posent la question du conflit d’intérêts. Les deux casquettes d’Éric Hoesli étaient-elles compatibles pour un journaliste? À l’époque, son éditeur demande que toute participation dans une autre entreprise soit déclarée. «Il était en règle vis-à-vis de son employeur et du règlement en vigueur», répond Simon Koch, porte-parole romand de Tamedia, au sujet de Paulsen Media BV.

Le voyage sur l’île Wrangel

De 2011 à 2013, le responsable éditorial continue à publier. Il n’évoque pas davantage ses liens privilégiés. En août 2011, il voyage sur l’île de Wrangel, dans le Grand-Nord, avec le patron de Ferring. Un mois plus tard, le journaliste raconte cette aventure dans «Le Matin Dimanche». Le reporter décrit alors cette expédition «soutenue par l’explorateur et homme d’affaires Frederik Paulsen, jamais en reste d’une aventure scientifique sous ces latitudes», commente-t-il.


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Cette double casquette pose enfin une série de questions sur le plan judiciaire. Dans son ordonnance de non-entrée en matière, le procureur Éric Cottier s’appuie sur le caractère privé de ces voyages pour classer l’affaire. Or il y a plus que cela. Le magistrat ne détaille pas ces liens économiques entre les deux hommes. Pourquoi? «Le détail des relations entre MM. Paulsen (ou des sociétés, entités de son groupe) et Éric Hoesli ne me paraît pas avoir d’incidence sur les faits traités dans mon ordonnance d’octobre dernier, examinés sous l’angle d’éventuelles infractions commises par Pascal Broulis et/ou Géraldine Savary», répond le procureur.

Frederik Paulsen, lui, renvoie à Éric Hoesli pour toutes questions le concernant. Contacté, le journaliste précise qu’il ne fait pas partie du conseil de Avenida Services et de Fernland Holdings. Il ajoute: «Je suis membre du conseil de la fondation de famille Paulsen, où je supervise principalement les activités liées aux éditions de livres comme vous aurez pu le lire dans plusieurs articles parus notamment chez Tamedia. À ce titre, je suis présent dans les filiales concernées de la fondation. Bien entendu j’ai signalé cette activité accessoire à mes employeurs principaux comme le veut la règle.»


Le duo

Frederik Paulsen est né en 1950. Il a grandi en Suède, puis en Allemagne, avant de reprendre l’entreprise familiale Ferring. L’homme d’affaires installe le siège à Saint-Prex en 2006. Deux ans plus tard, il rencontre Éric Hoesli, alors directeur des publications romandes d’Edipresse, puis Tamedia qui est l’éditeur de «24 heures». Le journaliste de Sainte-Croix né en 1957 quitte les médias à la fin de 2013. Une année plus tard, il est nommé professeur titulaire à l’EPFL.

Créé: 22.02.2019, 06h44

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EPFL

Les deux s’investissent dans des projets de recherche

Frederik Paulsen aime les explorations polaires et la Russie. Des intérêts qu’il manifeste dans la recherche scientifique suisse. Le milliardaire investit dans nos hautes écoles. Certains projets sont financés par le patron de Ferring. Pour d’autres, c’est le consul honoraire de Russie. Parfois les deux. Depuis 2010, le donateur s’est engagé à injecter 18,9 millions de francs dans des projets de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), indique sa porte-parole, Corinne Feuz: «11,7 millions ont déjà été versés.»

La participation à l’Université de Lausanne (UNIL) est plus modeste. Sa communicante, Géraldine Falbriard, déclare que le consul honoraire a financé «entre 2011 et 2014 les Études Bosporanes en archéologie et histoire à la suite d’une demande de sponsoring de la part de ces études. Le tout à hauteur de 69'000 francs sur quatre ans.»

L’EPFL nous a transmis les contrats qu’elle a signés avec Paulsen. Il y en a huit. Les plus gros financent deux chaires de limnologie, la science des eaux lacustres, en collaboration avec la Russie. Ferring leur verse à chacune 5 millions de francs, sur dix ans. Le premier date de 2012. Selon ce document, le sponsor peut donner son accord à la nomination du professeur de la chaire et doit être informé des résultats des recherches. Le privé peut aussi utiliser le logo EPFL dans sa communication.

Le contrat de la deuxième chaire en limnologie date de 2016. Il est signé par Patrick Aebischer, juste avant la fin de sa présidence de l’EPFL. Cet accord est beaucoup plus prudent que celui de 2012. Il précise davantage les limites à ne pas franchir entre la recherche et son sponsor.

Mais ce n’est pas tout. Paulsen est aussi le cofondateur du Swiss Polar Institute (SPI), qui a démarré à l’EPFL le 1er janvier 2016. Les Éditions Paulsen à Lausanne y injectent 200'000 francs par année, soit le quart du budget de ce centre d’études sur les pôles. En outre, Ferring a payé les deux tiers des frais, soit 2,5 millions de francs, de la première étape de ce programme: l’Antarctic Circumnavigation Expedition (ACE), qui a eu lieu de décembre 2016 à mars 2017. Le philanthrope soutient la deuxième étape du SPI: la GreenLAnd Circumnavigation Expedition fera un tour du Groenland, de juillet à septembre de cette année. Le budget s’élève cette fois-ci à 1,7 million de francs.

Un des membres fondateurs

Le milliardaire est bien placé à la tête du SPI. Il est l’un des cinq fondateurs et membres du conseil de direction. Il représente les Éditions Paulsen et siège aux côtés des patrons des hautes écoles suisses, notamment le président de l’EPFL, Martin Vetterli. La voix du mécène n’est pas décisive, mais il est au cœur du processus. Le directoire se charge des orientations stratégiques et budgétaires. Cet organe se penche aussi sur les recommandations de recherche formulées par un comité de spécialistes, dont Christian de Marliave, directeur scientifique aux Éditions Paulsen.

Le SPI a des ambitions. Il veut donner un atout de poids à la Suisse dans le cadre des accords internationaux sur l’avenir des régions polaires. Le secrétaire d’État du Département fédéral des affaires étrangères, Yves Rossier, était à Reykjavik pour défendre le point de vue de la Confédération lors d’une assemblée sur l’Arctique en octobre 2016. Paulsen faisait partie de la délégation. Étonnant.
Ces contrats de l’EPFL sont signés par le patron de Ferring, l’ex-conseiller fédéral Pascal Couchepin, l’ex-président de l’EPFL Patrick Aebischer et son ancien vice-président pour les affaires académiques, Philippe Gillet, et le professeur ordinaire de l’EPFL, Éric Hoesli. Ces personnalités ont fait partie des voyages «privés» organisés par le journaliste qui ont fait polémique.

Le tandem Paulsen-Hoesli se manifeste également dans le milieu académique. Depuis leur rencontre en 2008, les deux personnages partagent leur goût des expéditions polaires. Le journaliste accompagne le mécène dans ses projets scientifiques. En mai 2013, il est encore directeur éditorial chez Tamedia lorsqu’il coorganise à l’EPFL la «Journée de l’innovation Suisse-Russie» voulue par le consul honoraire Paulsen.

Professeur titulaire en 2014

Cinq mois plus tard, le patron de presse quitte les médias. En 2014, il devient professeur titulaire à l’EPFL sur proposition de Patrick Aebischer et professeur invité à l’Université de Genève (UNIGE). Hoesli entre aussi au conseil du «Programme Paulsen» de la London School of Economics. Une chaire d’histoire sur la Russie créée par Frederik Paulsen.

Le professeur Hoesli enseigne aujourd’hui au collège des humanités de l’EPFL. Il y donne un cours d’introduction à la Russie, en lien avec le changement climatique. Le programme offre un mois de stage pratique sur le terrain dans le Grand-Nord. Pour l’année 2016-2017, le consul honoraire a mis 40'000 francs pour soutenir le voyage des étudiants. Ce soutien n’a pas été renouvelé.

L’ancien patron de presse est aussi actif dans le Swiss Polar Institute. Il était membre du comité d’organisation de la conférence de ce programme international qui a eu lieu les 11 et 12 septembre 2017 à Crans-Montana. Peu avant, il est monté sur le bateau de l’expédition ACE. Frederik Paulsen, qui a financé l’expédition, était à bord.

Contactés, l’EPFL et l’UNIGE estiment que tout a été fait dans les règles. Hoesli, lui, précise que son contrat dans ces écoles correspond à un 80%: «Frederik Paulsen n’a jamais «financé» quelque cours que ce soit parmi ceux que je donne. Tous les cours sont financés par les écoles concernées. Chaque année, 3 ou 4 sponsors contribuent à la couverture des frais de voyage et de séjour des étudiants. Par souci de transparence, j’informe les étudiants de chaque volée de l’identité des différents sponsors, même si je n’y suis pas tenu.»

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