Extinction Rebellion dénonce les «écocides» des géants du trading

Urgence climatiqueLe mouvement écologiste a ciblé le secteur des matières premières, ce lundi matin, avant de mettre en garde Nestlé.

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Extinction Rebellion avait annoncé qu’il frapperait le secteur privé le 17 février. Le mouvement écologiste a tenu parole et mené quatre actions simultanées, lundi matin, entre Lausanne et Genève. Les cibles: les sociétés Mercuria Energy, Ifchor, Vitol et Cargill, toutes actives dans le négoce des matières premières. Les avantages qui leur sont offerts par la Suisse sont aussi fustigés, le mouvement demandant au gouvernement d’agir.

Moins spectaculaires que les blocages des ponts Bessières et Chauderon, les actions de lundi constitueraient néanmoins «la plus importante opération menée à ce jour par Extinction Rebellion en Suisse». «En comptant les quatre groupes et le back-end, on était plus de 400 impliqués», affirme un responsable.

Tracking et langage codé

Les actions ont été menées séparément, par des groupes qui ne se sont pas croisés avant d’agir. «24 heures» a pu embarquer avec l’un d'eux. Rendez-vous était donné à 7h30 à l’arrêt de métro Délices, à Lausanne. À partir de là, les participants devaient se comporter comme des employés d’ONG en sortie d’entreprise. Court trajet jusqu’à Bellerive pour rejoindre deux bus, puis départ vers une destination qui s’avérera être Genève et le siège de la société Mercuria Energy, à la rue du Rhône.

Sur le trajet, les activistes sont priés d’éteindre leurs téléphones et de les remettre aux responsables, «parce que le mode avion ne protège pas du tracking». Des instructions sont données au micro dans un langage semi-codé avant que plusieurs leaders ne passent dans les rangs pour transmettre les dernières consignes, voire distribuer du matériel, en fonction du rôle de chacun. Arrivé près de la rue du Rhône, le groupe suit une jeune femme qui tient un petit drapeau à la manière d’une guide touristique et, après quelques détours, s’engouffre dans le bâtiment hébergeant Mercuria. Elle sonne. Les employés chargés de la sécurité de l’immeuble s’étonnent puis s’agacent tandis que les dirigeants de la société donnent l’ordre de ne pas ouvrir: l’action se déroulera donc dans le couloir et dans la rue.

Pas de blocage lourd

Les militants détaillent leurs griefs à l’interphone et pointent «l’écocide volontaire» des géants du négoce. Certains s’allongent, comme morts, tandis que deux «contact police» commencent à négocier avec les forces de l’ordre, tout juste arrivées. «Le but n’est pas d’occuper les lieux jusqu’à une évacuation de force», indique un participant. D’ailleurs, aucune trace de dispositifs de blocage lourd, comme ceux utilisés en décembre au milieu de la rue Centrale de Lausanne. Les militants finiront par quitter l’immeuble dans le calme, aux alentours de 11h15, après un contrôle d’identité général. Mercuria a indiqué ne pas vouloir porter plainte.

À Lausanne, dès 10h également, ils étaient plusieurs dizaines à occuper les locaux de la société Ifchor, place Pépinet 1. Ils y sont restés durant moins d’une heure avant d’accepter la proposition de la police: celle-ci renonce à tout contrôle si le groupe part dans le calme. Porte-parole de la police de Lausanne, Jean-Philippe Pittet confirme cet accord. «Aucun dommage n’a été causé, l’entreprise n’a pas porté plainte, il n’y a pas eu de contrôle d’identité et les manifestants n’ont pas bloqué la circulation.» «L’occupation a été très pacifique et brève», commente Sonia, porte-parole d’Extinction Rebellion pour l’événement lausannois.

Au Château et à Vevey

Ifchor? Peu de Lausannois connaissent l’existence de cette société, active dans le transport maritime de matières premières, notamment de pétrole. «C’est une des quelque 500 sociétés en Suisse, explique Sonia. Le transport de pétrole a augmenté ces dernières années et continue d’augmenter. Même si elle n’a pas d’accès aux mers, la Suisse a 11% de la flotte. Quand au transport maritime, il est la 5e cause d’augmentation du gaz carbonique, il diffuse des particules fines et de l’oxyde de soufre qui acidifie les océans.»

Vers 11h, ils étaient encore une soixantaine à écouter une déclaration d’une militante, sur la partie piétonne de la place Pépinet. Au total, une douzaine de policiers surveillaient à distance la petite foule. Un fourgon était stationné dans une ruelle voisine et deux agents filtraient l’entrée de Pépinet 1.

En milieu d’après-midi, une trentaine d’activistes sont aussi passés à la place du Château. «Ils ne se sont pas vraiment arrêtés», précise la police. Dans le même temps, une autre délégation formait par contre une chaîne humaine devant le siège de Nestlé, à Vevey. Doigts pointés vers le bâtiment, ces derniers disaient «désigner un coupable et peut-être une prochaine cible».

Créé: 17.02.2020, 11h26

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