Fenil-sur-Corsier, lieu d’entraide entre ouvriers

Derrière ce décor industrialisé quelque peu morne, une véritable vie de quartier s’est tissée depuis quelques années déjà à Fenil-sur-Corsier

Derrière ce décor industrialisé quelque peu morne, une véritable vie de quartier s’est tissée depuis quelques années déjà à Fenil-sur-Corsier Image: Patrick Martin

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En arrivant à Fenil-sur-Corsier, l’imposante structure du groupe pharmaceutique Merck et son immense parking sautent aux yeux. Cette zone industrielle qui accueille une quarantaine d’entreprises sur les hauts de Vevey est à première vue plutôt morose. Sans compter la triste réputation de son pont, rehaussé il y a une dizaine d’années pour tenter de dissuader les morts volontaires. Fenil a tout du village qui s’est industrialisé. À l’époque, une ligne de chemin de fer qui allait jusqu’à Châtel-Saint-Denis permettait aux Veveysans de s’arrêter dans ce petit coin et d’aller faire la fête au restaurant, qui faisait office de guinguette. Mais le café a disparu. Tout comme le train, «soi-disant parce qu’il n’était plus rentable», regrette Philippe Bricod, dit «Pipon», ancien municipal.

Aujourd’hui, excepté une poignée de maisonnettes abritant une septantaine d’habitants et La Clairière, une fondation pour des jeunes en détresse, on y trouve surtout des ouvriers qui travaillent dans leurs ateliers. Pas de village donc à proprement parler. Du moins en apparence. Car derrière ce décor quelque peu morne, une véritable vie de quartier s’est tissée depuis déjà quelques années. Dans l’antre de ce microcosme, la pierre angulaire, c’est «Pierrot», l’archétype du patron d’antan. Ancien champion du monde d’aviron, aujourd’hui artisan du fer, Pierre Zentner est arrivé à Fenil il y a 19 ans.

Il se souvient avec gaieté du chantier naval Décision, lieu de construction des voiliers Alinghi. «J’ai bossé pour eux. Et quand les ouvriers n’avaient rien à faire ils venaient me voir pour boire un coup.» Aujourd’hui, le chantier naval n’est plus et les infrastructures ont changé. Mais la proximité entre les artisans a perduré. Dans ce coin de Fenil, ils sont 22 copropriétaires à occuper les lieux. Théo Mietta, apprenti de 18 ans, est employé chez Pierre Zentner depuis une année. «Avant j’étais à Villeneuve, c’était du chacun pour soi, je ne connaissais pas les voisins. Ici, ils viennent manger, boire un verre, c’est cool.

Il n’y a pas de prises de tête, on bosse tous ensemble. Avec Pierrot, c’est le rêve. «Le rêve Fenil»!» Et quand l’apéro ou les repas n’ont pas lieu dans la petite salle à côté de son atelier, le rendez-vous se fait chez Ventura, le restaurant en contrebas qui se remplit d’ouvriers à midi. Pour Ventura Salvador, le patron de ce bistrot depuis deux ans, si cet endroit est spécial, c’est parce qu’il connaît ses clients: «C’est comme une grande famille.» Garagiste, peintre ou maçon: tous habitent la région et sont effectivement bons copains.

Pascal Recordon, bûcheron à Fenil depuis douze ans, peut en témoigner: «On forme une bonne équipe. Il y a tous les corps de métier. C’est pratique pour un tas de choses.» Sur les hauts de la zone, juste à côté de l’entreprise Merck, les deux frères Philippe et François Bolomey, mécaniciens de précision, parlent eux d’un développement «impressionnant». Ils se rappellent la fabrique de cigarettes Rinsoz & Ormond, la première grande entreprise à s’installer à Fenil qui a été ensuite totalement rasée pour être remplacée par Merck Serono. La zone industrielle de Fenil-sur-Corsier peint il est vrai à elle seule l’évolution des différentes professions. «On a tout eu! Avant il y avait un torréfacteur de café, un facteur d’orgues et un autre qui faisait des patins à roulettes», se rappelle Jean-Luc Borloz, patron d’une entreprise de constructions métalliques. Mais malgré tous ces changements, lui aussi convient que «dans le coin, on s’entend tous bien. On ne se tire vraiment pas dans les pattes. Les gars se retrouvent entre eux, ils passent chez Pierrot, il y a une belle ambiance, franchement c’est sympa. Fenil, c’est un village dans un village.» (24 heures)

Créé: 14.01.2018, 08h00

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