Fermé après une rafle, le Café de l’Ouest revit

LausanneLe tenancier a retrouvé son autorisation d’exploiter deux mois après une descente de police visant des dealers

Le tenancier Aklilu Tewelde a pu rouvrir son bistrot, à l’avenue de Morges, à Lausanne, après deux mois de fermeture imposée.

Le tenancier Aklilu Tewelde a pu rouvrir son bistrot, à l’avenue de Morges, à Lausanne, après deux mois de fermeture imposée. Image: Marius Affolter

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

La rafle a été spectaculaire le soir du 2 mai dernier. Pas moins de 130 policiers ont débarqué au Café de l’Ouest, à l’avenue de Morges à Lausanne. L’opération ciblait les dealers qui fréquentaient l’établissement. La saisie de drogue était peu impressionnante – une quinzaine de sachets de marijuana, quelques dizaines de grammes de cocaïne – mais la police affirmait vouloir contrôler la soixantaine de clients présents, en général d’origine africaine. Quinze d’entre eux ont été mis à disposition de la justice.

Moins de clients

Immédiatement, la police cantonale du commerce a fait fermer l’établissement. Il a rouvert ses portes le 9 juillet. Le tenancier, Aklilu Tewelde, un Erythréen de 43 ans qui vit depuis vingt-six ans en Suisse, a retrouvé son autorisation d’exploiter les lieux. Le café semble animé, mais, assure le patron, pas autant qu’avant. Plus grave, la clientèle européenne, qui venait goûter la cuisine de sa région d’origine, ne vient plus. En termes de réputation, les dégâts sont importants. «Il est faux de prétendre que mon café servait de plate-forme pour le trafic de drogue. On ne peut pas dire cela pour les quelques grammes découverts. Finalement, ce que la police du commerce m’a reproché, ce sont des installations qui n’étaient pas aux normes. J’en ai eu pour 15 000 francs de travaux qui auraient pu se dérouler sans fermeture. Je ne comprends pas pourquoi on ne m’a pas tout de suite demandé de faire ces rénovations, quand j’ai repris le café, le 20 novembre 2013.»

La police cantonale du commerce confirme avoir donné son feu vert. Albert von Braun, chef du service, se défend d’avoir agi de manière disproportionnée: «L’ampleur des mesures correctrices qu’il a fallu effectuer est à la mesure des reproches qui étaient formés à l’endroit des exploitants et qui justifiaient la fermeture immédiate de l’établissement.» Il ajoute que les améliorations exigées touchaient non seulement la conformité des locaux mais aussi le droit du travail et les normes applicables en matière d’hygiène. Il reste que, pour Aklilu Tewelde et son épouse, parents d’une fillette de 7 ans, le coup est dur. «J’ai travaillé pendant quinze ans à la Coop. Pour moi, ouvrir un bistrot, c’était un rêve», explique le tenancier qui suit des cours pour développer une offre de PMU.

Le Café de l’Ouest est équipé de caméras. Selon le patron, il n’est pas possible que le trafic se soit déroulé entre les murs de son bistrot. «S’il y avait des dealers parmi les clients, ils agissaient à l’extérieur. Ils sont visibles dans les rues et la police les connaît. Je ne suis pas policier, je ne peux pas fouiller mes clients», lance-t-il.

Absent le soir de la rafle, Aklilu Tewelde n’a pas été inquiété par la justice pour cette affaire de drogue. Le procureur Bernard Dénéréaz justifie l’intervention policière: «La situation sortait de l’ordinaire. Le Café de l’Ouest apparaissait dans plusieurs enquêtes sur des trafics de stupéfiants. Quand on intervient, ce n’est pas forcément l’établissement et ses tenanciers qui sont visés. Ce n’est pas toujours évident de contrôler la clientèle. Le Café de l’Ouest était un lieu de rencontre, mais le trafic ne se passait pas forcément au vu et au su de tout le monde.»

Ordinateurs examinés

Une enquête pénale est toujours en cours en ce qui concerne le matériel informatique de clients saisi lors de la rafle. La police soupçonnait une utilisation en vue de jeux en ligne clandestins. Selon le tenancier, les ordinateurs servaient à consulter des résultats sportifs. Qu’en est-il? «Nous devons explorer la mémoire des ordinateurs. Des expertises sont en cours», déclare Bernard Dénéréaz. Il est encore trop tôt pour répondre. (24 heures)

Créé: 18.08.2016, 17h05

Les propriétaires ont dénoncé le bail

Après la descente de police du 2 mai, les deux propriétaires de l’immeuble ont dénoncé le bail commercial signé il y a trois ans pour une durée de dix ans. Ils avaient des repreneurs. Le tenancier Aklilu Tewelde a toutefois saisi la commission de conciliation et il attend une séance au mois de septembre. Il a toujours versé son loyer, qui couvre également un logement dans l’immeuble, malgré la fermeture imposée par la police cantonale du commerce. Il a pu compter sur ses économies ainsi que sur l’aide de proches. La réouverture de l’établissement officiellement autorisée semble faire évoluer la situation: «Si les tenanciers veulent continuer l’exploitation et dans la mesure où ils paient le loyer, nous n’allons pas nous acharner», déclare l’un des propriétaires, l’architecte lausannois Kurt Hofmann. D’un point de vue légal, si le loyer est payé, le propriétaire qui veut casser le bail doit prouver que l’exécution du contrat le met dans une situation intolérable. Selon l’Association suisse des locataires (ASLOCA), les tribunaux ont tendance à interpréter la législation de manière restrictive.

Articles en relation

Rafle: un bistrot servait au deal et aux jeux illégaux

Lausanne La police a emmené 27 suspects au poste lundi soir lors de la descente au Café de l’Ouest. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.