Forte tête, Cesla Amarelle n’est jamais une figurante

Portrait de candidat (3/8)La socialiste prend vite sa place, où qu’elle aille. Entrera-t-elle dans le moule d’un Conseil d’Etat ronronnant?

Cesla Amarelle s'exprime sur la thématique de l'école.
Vidéo: Fabien Grenon

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Confiante, Cesla Amarelle? «Disons que j’ai une chance d’être élue.» Ce n’est pas elle qui tombera dans l’excès d’aplomb. Ultrapréparée, le discours peigné bien comme il faut, la socialiste compte traverser la campagne sans faux pas. Et tant pis pour la spontanéité. Sa candidature a la faveur des pronostics, face à une alliance PLR-UDC fragile. La voilà bien placée pour devenir, à 43 ans, la 154e ministre de l’histoire vaudoise. Reprendre le Département de la formation serait «un honneur», dit-elle, pour y poursuivre le travail d’Anne-Catherine Lyon et, notamment, «renforcer la maîtrise de classe».

Le positionnement de Cesla Amarelle

Le Conseil d’Etat, c’est le grand test électoral pour la prof d’Uni spécialisée en droit des étrangers. Jusqu’à présent, l’épreuve des urnes lui a toujours souri. Au Conseil communal de Lausanne, à celui d’Yverdon, au Grand Conseil. Puis au Conseil national, par deux fois. Zéro échec. Une vraie winneuse, quoi. Mais une élection à la majoritaire au Gouvernement, c’est autre chose qu’une élection à la proportionnelle dans un Législatif. «Pour le Conseil d’Etat, en gros, il faut obtenir 45% des voix, donc aller en chercher au-delà de son propre camp», analyse sa camarade Ada Marra. Qui résume: «Un bon politicien doit être reconnu à la fois par les siens, par les médias et par la population. Les deux premiers, c’est acquis. Le troisième, on le saura bientôt, mais je n’ai pas trop de doutes.»

Personne ne dénie à Cesla Amarelle «une intelligence supérieure» et «une capacité de travail phénoménale». A Berne, elle fait partie des parlementaires romands qui comptent. Elle fut de ceux qui bâtirent la coalition gagnante gauche-droite sur l’accélération de la procédure d’asile. Puis elle fut l’artisane de la loi imaginée par le parlement pour donner une suite eurocompatible à l’initiative UDC du 9 février 2014 «Contre l’immigration de masse».

Image austère

Sur la forme, la conseillère nationale peine toutefois à se défaire de son image d’«intello austère», juge un collègue de droite. «Elle reste coincée dans son juridisme étroit de prof d’Uni et manque de bon sens. Comme quand elle a dit que le peuple n’était qu’un organe de l’Etat. Ou qu’un terroriste n’a pas le droit d’être renvoyé dans son pays s’il y est en danger de mort.» Citée dans un article du Matin il y a deux ans, la socialiste évoquait alors un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme. Sa phrase fait encore les choux gras de la fachosphère. «Bien sûr qu’il faut condamner fermement les terroristes, martèle-t-elle aujourd’hui. Il n’y a aucune ambiguïté sur ce point.»

Ses adversaires écornent ce qu’elle incarne: «Cesla Amarelle est une politicienne dogmatique qui vit dans sa tour d’ivoire et ne voit le monde qu’à travers ses œillères idéologiques. C’est une moralisatrice comme le PS sait si bien en produire», attaque le secrétaire général de l’UDC Vaud, Kevin Grangier.

Les dilemmes de Cesla Amarelle

Reste qu’à la tête du PSV, son flair a fait mouche. Entre 2008 et 2012, le parti a progressé à chaque élection. En 2010, Cesla Amarelle est confortée dans sa fonction par une standing ovation. «C’est une excellente stratège, infatigable bosseuse qui s’investit beaucoup pour le parti et reste fidèle à ses idées, loue Jean-Michel Favez, vice-président de l’époque. Avant, elle s’était engagée dans la crise des 523, où ses arguments juridiques et humains ont forgé sa crédibilité.»

La confiance de la base

Malgré tout, l’Yverdonnoise n’a pas été perçue comme la candidate naturelle devant qui tout le monde s’efface pour l’élection au Conseil d’Etat. Cet hiver, l’ex-présidente a dû passer par les affres d’une primaire interne qui lui a valu des coups de la part de ses camarades. Inutile: les planètes étaient alignées pour Cesla Amarelle. Ceux qui ont tenté de faire mentir son horoscope politique ont échoué: le Congrès lui a accordé sa pleine confiance. Mais les critiques résonnent encore. On lui prête un caractère «conflictuel», «cassant». Elle se complairait dans l’adversité au point de la susciter. Va-t-elle se glisser dans le moule de ce Conseil d’Etat si consensuel? Pour elle, pas de doute: «Sur le plan de la méthode, je m’inscrirai dans la continuité, expose la candidate. Il faut des personnes qui ont des convictions fortes dans un collège, mais il faut surtout écouter l’avis de chacun et le respecter. C’est sur cette base que l’on peut construire un compromis dynamique et c’est aussi comme cela que je travaille à Berne.»

Le compromis selon Cesla Amarelle

Cela dit, personne ne doute qu’elle imprimera sa marque si elle est élue. «Elle a toujours su prendre très rapidement sa place. A Berne, au PSV et déjà en 1994 au bureau de la FAE, la Fédération des associations d’étudiants de l’UNIL. Elle en est devenue en quelque semaine une figure», se souvient le municipal PS d’Yverdon, Pierre Dessemontet. Lui présidait alors l’organe estudiantin, pépinière de socialistes vaudois. Il est aujourd’hui un ami proche de Cesla Amarelle. «Au Conseil d’Etat, ce ne sera pas le genre à se contenter de faire la quatrième voix», prédit-il. Une députée PLR s’interroge: «Saura-t-elle vraiment être à l’écoute du terrain? Elle est douée pour la tactique politico-politicienne et le débat d’idées mais, dans un Exécutif, il faut du pragmatisme. Dans un Département comme l’Ecole, ce ne sont pas des théories juridiques que le personnel a besoin d’entendre.» Cesla Amarelle «est clairement positionnée à gauche, embraie le secrétaire général du PLR Vaud, Philippe Miauton. Son élection au Conseil d’Etat dans une majorité rose-verte ne serait pas sans conséquence. On passerait d’une législature prudente, de prise de marque, à une législature de confirmation», conclut-il. (24 heures)

Créé: 31.03.2017, 07h25

Un modèle d’intégration

Née le 14 septembre 1973 à Montevideo (Uruguay), Cesla Amarelle a un prénom original: l’acronyme de «Communauté des Etats socialistes latino-américains». Fuyant la dictature militaire, les Amarelle arrivent à Yverdon en 1977. Les parents travaillent alors au sein d’organisations internationales. Douée, la petite Cesla s’intègre très vite et sa scolarité se déroule sans encombre. La littérature, le violon et le théâtre la font vibrer. A l’UNIL, elle obtient deux licences en parallèle: HEC et droit. Pour payer ses études, elle travaille notamment comme aide-infirmière dans un EMS. Active au sein de la Fédération des associations d’étudiants (FAE) dans les années 90, elle y côtoie Pierre-Yves Maillard. Encartée au PS dès 1999, elle y gravit un à un les échelons. Députée puis conseillère nationale dès 2011, Cesla Amarelle est aussi prof de droit à l’Université de Neuchâtel. Mariée à un haut cadre du CHUV lui aussi socialiste, l’Yverdonnoise est mère de deux filles (9 et 7 ans). Elle reste discrète sur sa vie privée.

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