«Grandir en paix» tisse la toile du respect à l’école

PréventionBien vivre ensemble, ça s’apprend! À Bex les élèves développent leurs compétences psychosociales au travers d’activités ludiques.

A l’aide d’un brin de laine, Pascale Wild aide ses élèves à se représenter le respect

A l’aide d’un brin de laine, Pascale Wild aide ses élèves à se représenter le respect Image: Marius Affolter

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Le respect? Pour Aloïs, c’est «ne pas taper les gens», pour Xavier c’est «ne pas dire de méchancetés», pour Timéo, c’est «ne pas crier sur les autres» et pour Vincent, ce qu’il faut surtout respecter «c’est la loi, sinon on va en prison!» Ces petits élèves de l’établissement primaire de Bex terminent leur 1re et 2e année de scolarité mais déjà ils mettent des images et des gestes sur des notions vastes comme le respect, la paix, la bienveillance ou l’estime de soi.

Autant de compétences que le Plan d’études romand promeut et que l’école vaudoise encourage parce qu’elles agissent sur le climat d’établissement, prérequis indispensable dans la lutte contre toutes les formes de violences en milieu scolaire. Comme plusieurs autres établissements vaudois, celui de Bex recourt à un programme spécifique pour développer ces savoir-être. Série d’activités adaptées aux différentes tranches d’âge, Grandir en paix y a été introduite en 2016 (lire encadré).

Comme une dizaine de ses collègues des degrés 1 à 4, Pascale Wild a pioché au fil des mois des jeux et ateliers proposés par Grandir en paix. Ce matin, elle a formé un cercle avec ses élèves et amené une pelote de laine noire. Cet accessoire va permettre de travailler ce fameux respect. «Nous allons construire quelque chose où chacun va devoir respecter le travail des autres pour ne pas le détruire. Ce sera une toile d’araignée, ce sera notre toile du respect.» La consigne est simple: la pelote doit passer de camarade en camarade, accompagnée d’un mot exprimant le respect. Difficile pour ces petits d’explorer ce champ lexical, mais le fil se balade de l’un à l’autre accompagné des mots «amour», «gentil», «content» et «aider».

De Nahom à Altana, de Matilde à Melisa, de Kerian à Suzana bâtir cette toile est toute une entreprise. «Vincent, tu tiens correctement parce que tu es en train de mettre à mal ce respect qu’on est en train de construire tous ensemble», intervient l’enseignante alors que le garçonnet un brin dissipé relâche sa portion de fil. L’atmosphère est détendue, les regards tantôt concentrés tantôt distraits, mais l’enseignante mobilise l’attention à chaque instant, commente les gestes en choisissant soigneusement son vocabulaire pour souligner leur symbolique.

Apprendre à se décentrer

Les zigzags noirs sont maintenant bien tendus entre toutes les menottes: «On a construit cette toile avec du respect. On a appris à ne pas tirer chacun le fil à soi pour que tout le monde en ait. Pour que cela fonctionne on doit tous en avoir un morceau», image-t-elle avant d’annoncer: «Maintenant on va se lever! Pour que notre toile tienne il va falloir le faire tous ensemble. Des fois ça arrive que ça lâche. Ce n’est pas grave. Quand on rate quelque chose, on peut toujours essayer de réparer.»

«Pour jouer ensemble c’est comme avec la toile: on doit faire délicatement, faire attention aux autres, partager, s’aider»

Alors que chacun semble se préparer à une belle pagaille, le groupe se hisse lentement en position debout, sans défaire l’ouvrage éphémère. Sourires, rires et dernier échange: «Pour jouer ensemble c’est comme avec la toile: on doit faire délicatement, faire attention aux autres, partager, s’aider», synthétise en conclusion la maîtresse, reprenant les réflexions encore maladroites de ces 4 à 6 ans qu’elle intègre continuellement dans une discussion, les amenant à tirer des enseignements par eux-mêmes.

Pascale Wild explore le support Grandir en paix pour la seconde année consécutive et apprécie de pouvoir rattacher des activités à des situations vécues: «À cet âge, ils apprennent à se décentrer, à percevoir qu’il y a des autres. À Bex, nous travaillons l’interculturalité dans tous les cas et l’expression des émotions intervient de toute façon dans les classes enfantines. Les anniversaires permettent d’aborder différences et similitudes, la récréation et les jeux libres font intervenir ce qui se rapporte à l’expression des limites. Ce travail nous le faisons de toute façon, mais cette méthode propose des manières de faire utiles et intéressantes.» (24 heures)

Créé: 10.07.2018, 06h44

Changer de regard pour changer l’école

S’il est une activité de Grandir en paix que tout le monde vous citera, c’est «les lunettes spéciales». En chaussant cette monture, les élèves sont invités à ne voir que les côtés positifs de leurs camarades.

Cette initiation à la bienveillance compte parmi les 40 activités proposées dans chaque tome (il y en aura bientôt quatre), conçu par l’Association genevoise Graines de Paix, une méthode parmi celles à disposition des établissements vaudois.

Celui de Bex y recourt depuis la naissance du programme, en 2016. Neuf classes de 1re à 4e les ont expérimentées sous l’œil de la Haute École pédagogique du Valais (HEP VS), chargée d’en évaluer l’influence sur le climat scolaire: «En une année, enfants, enseignants, parents et direction ont estimé que ce climat s’était amélioré. Même si on ne peut pas le mesurer c’est un résultat en tant que tel, sourit Zoe Moody, professeure à la HEP VS.

Proposés régulièrement, ces modules développent des compétences chez les enfants comme l’estime d’eux-mêmes, le sens critique ou l’aptitude à renverser les conflits. Les enseignants deviennent aussi plus attentifs à ces thématiques et font évoluer leur pédagogie.»

Bex s’apprête à généraliser l’approche à l’ensemble des degrés 1 à 4, puis chez les plus grands. Avec quels objectifs?
«En tant que direction il est impossible d’être attentiste, il faut entreprendre des choses, soutient Philippe Hofstetter, doyen.
Le résultat, c’est quand des enseignants se questionnent sur le bien-être des élèves et qu’on peut leur dire qu’il existe un outil, qu’il suffit de venir le chercher.»

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