Helpline antiterroriste en fonction

VaudLe 0800 88 44 00 répond aux craintes sur la radicalisation. Le préfet de Lausanne présente le dispositif axé sur la prévention.

Le préfet du district de Lausanne, Serge Terribilini, se trouve au centre du dispositif de prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent.

Le préfet du district de Lausanne, Serge Terribilini, se trouve au centre du dispositif de prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent. Image: Patrick Martin

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Depuis lundi, le Canton de Vaud dispose de sa helpline de prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent. Un numéro gratuit, le 0800.88.44.00 (7 jours sur 7, de 6h à 22h), et un formulaire disponible sur le Web (www.vd.ch/radicalisation) donnent aux Vaudois le moyen de faire part de leurs inquiétudes au sujet de comportements qui peuvent «laisser penser à un rapprochement avec des individus ou des idéologies menant à la violence». Des flyers et des affiches apparaissent ces jours dans de nombreux locaux publics sur le territoire vaudois.


Lire l'édito: La helpline sert d’abord à rassurer


Le Canton de Vaud se place ainsi sur les traces de son voisin genevois, pionnier dans le domaine, qui a mis en place sa helpline «Gardez le lien» en 2016. Il existe une différence de taille. Au bout du lac, le Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC) gère la ligne d’information. Du côté vaudois, des agents de la Centrale d’engagement et de transmission (CET) de la police cantonale, autrement dit, le 117, répondent aux appels. Ils ont suivi une formation assurée par des spécialistes du CIC et de l’Université de Fribourg.

La police est au front, mais c’est le préfet du district de Lausanne, Serge Terribilini, qui se trouve au centre du dispositif. Il préside un «groupe opérationnel» formé notamment de représentants du Service de protection de la jeunesse (SPJ), du Département de la santé et de l’action sociale et d’experts policiers de l’analyse du risque: «La police réceptionne les appels et les trie. Elle n’agit elle-même qu’en cas d’urgence sécuritaire. La majorité des cas devraient exiger plutôt une action de prévention et seront transmis au groupe opérationnel. Il lui appartient ensuite, selon les besoins, de faire appel aux professionnels du réseau vaudois. Ils pourraient agir, par exemple, par le biais de mesures visant à la réintégration sociale, familiale, scolaire ou professionnelle.»

Réticences des enseignants

Et dans le cadre des écoles? Une enquête menée dans le secteur postobligatoire avait montré que les enseignants privilégiaient l’idée d’un expert de référence qui pourrait les conseiller. Mais ils craignaient aussi une surestimation du phénomène du terrorisme islamiste, le djihadisme, à double tranchant. Les jeunes musulmans seraient montrés du doigt alors que d’autres tendances extrémistes, notamment politiques, seraient négligées.

Selon Serge Terribilini, le dispositif devrait éviter ce travers: «Nous avons tenu compte de l’échec des programmes de déradicalisation mis en place dans certains pays comme la France. Nous misons sur une approche de proximité au cas par cas, multidisciplinaire et en réseau.» Quant aux enseignants, ils n’auront pas à s’adresser à la police: «Ils sont appelés à utiliser les voies internes de l’État. Le numéro de téléphone gratuit est destiné au grand public.» Le préfet assure aussi que personne ne sera fiché, ce qui était le souci du groupe Ensemble à gauche lorsque le Grand Conseil a approuvé le dispositif pour trois ans en mai dernier. La confidentialité est garantie, répète-t-il, et la préposée à la protection des données a donné son accord.

Quand faut-il appeler la helpline? A la suite d’un essai thurgovien contesté en raison du risque de discrimination, les concepteurs vaudois ne proposent pas de liste de critères. L’expérience genevoise, ainsi que celle de la police cantonale vaudoise, montrent que les sources d’inquiétude vont du groupe «au style djihadiste» qui se réunit dans un garage à la jeune fille déscolarisée entourée de références islamiques qui songe à quitter la Suisse. Le souci peut aussi provenir d’un collègue en difficulté qui tient des propos menaçants. Il est également question des prédicateurs incitant à la haine.

Il est difficile de faire des prévisions sur le nombre d’appels. Même si elle entend répondre à toutes les menaces d’extrémisme violent, la helpline a été conçue dans le contexte des attentats islamistes qui ont frappé l’Europe ces dernières années. Le dispositif genevois a enregistré 69 appels en 2017. La police vaudoise suit environ 165 dossiers. Sur cette base, il semble légitime d’attendre une centaine de signalements en une année. «Il s’agit d’un projet exploratoire et nous sommes prêts à nous adapter», déclare le préfet de Lausanne. Un premier bilan sera dressé dans quelques mois. (24 heures)

Créé: 03.09.2018, 17h07

Infos pratiques

Helpline

Téléphone gratuit 0800 88 44 00
de 6 h à 22 h, 7 j sur 7 (117 la nuit)

Sur Internet: www.vd.ch/radicalisation
(le formulaire permet de garder l’anonymat)

ou
radicalisation@vd.ch par courriel

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