Ils défendent la loi sur les jeux d’argent… et leurs associations

VotationsLa moitié des élus fédéraux vaudois sont liés à une organisation bénéficiaire de la Loterie Romande. Ils réfutent tout conflit

Laurent Wehrli, Olivier Français et Rebecca Ruiz. Les trois parlementaires vaudois font partie de plusieurs fondations et associations qui reçoivent des dons de la Loterie romande.

Laurent Wehrli, Olivier Français et Rebecca Ruiz. Les trois parlementaires vaudois font partie de plusieurs fondations et associations qui reçoivent des dons de la Loterie romande. Image: Keystone

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La Loterie Romande à Lausanne et le Casino Barrière à Montreux sont des acteurs majeurs des jeux de hasard en Suisse. Pas étonnant que les élus vaudois fassent quasi tous corps dans la campagne actuelle pour soutenir la loi fédérale sur les jeux d’argent, sur laquelle les Suisses voteront dimanche prochain. D’ailleurs seuls trois élus vaudois ont refusé la loi lorsque le parlement fédéral l’a votée l’an dernier: le libéral-radical Fathi Derder, la Vert’libérale Isabelle Chevalley et l’UDC Michaël Buffat.

Dans ce contexte, «24 heures» a épluché la liste des organisations bénéficiaires de la Loterie Romande. Nous avons ensuite croisé ces données avec le registre des intérêts des parlementaires et le Registre du commerce. Résultat: il apparaît qu’au minimum 10 des 20 élus fédéraux vaudois font partie ou ont fait partie des organes dirigeants d’une institution ou d’une association soutenues par la Loterie. Au total, elle distribue chaque année environ 47 millions de francs dans le Canton.

Notre analyse ne débouche pas sur un soupçon ou un constat d’enrichissement personnel. La question est toutefois de savoir si le soutien des élus vaudois à la loi, tant lors du vote parlementaire que pendant cette campagne, découle de leur crainte de voir diminuer les revenus d’une association ou d’une organisation dont ils sont proches. Tous réfutent ce lien direct. Mais, en même temps, tous concèdent qu’ils craignent pour l’avenir d’une institution qu’ils apprécient. Les sommes peuvent, selon les cas, être importantes.

Ainsi le conseiller national libéral-radical Laurent Wehrli siège ou a siégé dans un grand nombre d’institutions, le plus souvent comme syndic de Montreux. Si le Casino de Montreux, dont il est le vice-président, ne touche pas d’argent de la LoRo, les autres organisations dont il est proche ont perçu au total des montants flirtant avec les 10 millions de francs depuis 2010. Six millions sont allés à l’Office du tourisme du canton de Vaud, dont il est le vice-président.

Le conseiller national est entre autres trésorier de la Fondation du Château de Chillon, qui a reçu 310'000 francs de la Loterie Romande entre 2010 et 2012. Il est administrateur de la société coopérative du Chemin de fer et Musée Blonay-Chamby, qui a reçu 400'000 francs en 2013, et est membre du conseil de direction de Pro Senectute Vaud, qui a obtenu 69'000 francs entre 2011 et 2016. «C’est le rôle du syndic de soutenir toutes les associations montreusiennes qui bénéficient des aides de la Loterie Romande», explique-t-il.

«Suspicion»

Le syndic précise qu’il siège dans ces institutions à titre public, jamais à titre privé. Ce n’est pas le cas d’autres parlementaires qui siègent à titre privé, souvent bénévolement, dans des institutions qu’ils soutiennent.

Mais la thématique agace certains. Le conseiller aux États libéral-radical Olivier Français estime que cette question fait naître «la suspicion selon laquelle les élus sont sous influence». Il préside depuis 2014 le Festival international du film alpin des Diablerets (FIFAD). Celui-ci a touché 415'000 francs de la LoRo entre 2010 et 2016. Il a aussi été membre du conseil de fondation de l’Opéra de Lausanne entre 2008 et 2016, à l’époque où il siégeait à la Municipalité de Lausanne. L’Opéra a touché 2,65 millions de francs entre 2010 et 2016.

«La Loterie Romande n’a pas attendu que je sois président du Festival pour le soutenir, explique Olivier Français. Elle le soutient depuis de nombreuses années. Et heureusement, sinon il connaîtrait d’importantes difficultés, comme de nombreux autres événements.»

Quant à la possible baisse de revenus pour le FIFAD en cas de «non», Olivier Français dit effectivement la craindre. «Si la loi est refusée, cela posera des problèmes de ressources. Mais pas spécifiquement pour l’activité que je préside. Il est tout à fait légitime qu’il y ait un certain protectionnisme sur l’argent du jeu. Ces bénéfices doivent rester chez nous et être distribués chez nous.»

La conseillère nationale socialiste Rebecca Ruiz réfute également tout conflit d’intérêts. Elle siège à la Fondation Philippe Saire, qui a reçu 670'000 francs entre 2012 et 2016, à la Fondation Profa, qui a reçu 602'500 francs sur la même période, et a fait partie de la Fondation de l’Arsenic (600'000 francs) et de la Fondation Mère Sofia (1 644'000 francs).

«Mes votes au parlement démontrent que j’ai soutenu toutes les mesures de prévention et de restriction des jeux de tous types ainsi que la fiscalisation des gains qui diminue l’attractivité des jeux, commente-t-elle. On ne peut donc aucunement, sur la base des faits, me reprocher d’avoir cherché à maximiser les recettes de la LoRo», estime la socialiste.

Quant à sa collègue de parti Ada Marra, elle préside la Fondation Mère Sofia à Lausanne, qui organise notamment la Soupe populaire. «Si je soutiens aujourd’hui cette loi sur les jeux d’argent, ce n’est pas pour la fondation Mère Sofia, mais pour le système lui-même. Je préférerais que ce soit l’Etat qui paie tout. Ce n’est actuellement pas possible et il y a des institutions para-étatiques comme la Loterie Romande qui prennent le relais.»

Sept autres parlementaires représentent les intérêts d’institutions soutenues par la Loterie, avec de plus petites sommes: Frédéric Borloz, Isabelle Moret, Géraldine Savary, Alice Glauser-Zuffery, Samuel Bendahan et Fatih Derder. Ce dernier est le seul qui a refusé la loi sur les jeux d’argent. Il siège au Conseil de la Fondation du Montreux Comedy Festival, qui a reçu 340'000 francs de la Loterie entre 2012 et 2016. (24 heures)

Créé: 07.06.2018, 06h31

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