Ils vont créer des bulles parfaites en apesanteur

ScienceDes chercheurs de l’EPFL effectuent des vols paraboliques depuis 2005. Prochaine mission en juin

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Echapper à la gravité terrestre. Ne plus sentir le poids de son corps, décoller, et se mettre à flotter. «L’incroyable sensation» que l’on éprouve en apesanteur, Philippe Kobel et Nicolas Dorsaz la connaissent bien et trépignent à l’idée de la redécouvrir. Ce sera en juin, ils y sont déjà. «C’est indescriptible! On se sent projeté en avant, catapulté, mais on ne ressent aucun mouvement. On a l’impression de tomber… Et puis non, on flotte. Tout va au ralenti.»

Ces deux chercheurs de l’EPFL font partie de l’équipe Flash and Splash, qui s’est spécialisée dans la recherche fondamentale en apesanteur. Des conditions particulières que connaissent les astronautes et que ces scientifiques ont découvertes en 2005 déjà à bord d’un Airbus A 300 nommé «Zero G». Leur prix pour avoir remporté un concours organisé par l’Agence spatiale européenne (ESA).

A l’aide de manœuvres de montée et de descente, le mouvement de l’avion annule toutes les forces aérodynamiques auxquelles il est traditionnellement soumis. Conséquence de ces vols dits paraboliques: tout ce qui se trouve dans la carlingue est en apesanteur.

Jeune chercheur qui effectue son travail de master sur le projet, Dominique Praz n’a pas encore connu l’ivresse du Zéro G. Il a hâte d’y être, sa visite médicale vient de le déclarer apte. Ses yeux brillent lorsque ses aînés lui décrivent le phénomène.

Apanage des scientifiques jusqu’à très récemment, le vol parabolique s’ouvre au grand public. Après les Etats-Unis et la Russie, c’est au tour de l’Europe. Il y a deux semaines, à Bordeaux (F), une quarantaine de personnes a découvert les joies de l’apesanteur à l’occasion du premier vol parabolique commercial de l’UE. Prix du sésame: 6000 euros pour cinq minutes d’apesanteur réparties en quinze paraboles. Les prochains vols sont déjà complets.

Les membres de Flash and Splash, eux, ont volé dans le même avion à plusieurs reprises et y ont tous déjà passé une heure en apesanteur. Pour les scientifiques, le vol parabolique n’est pas une fin en soi mais vise à faire avancer la recherche.

Imposant système
En atteste l’imposant système avec lequel cinq d’entre eux embarqueront en juin, date de leur prochaine mission pour l’ESA. Bardé de capteurs, d’un bac hermétique rempli d’eau, d’une caméra qui peut enregistrer jusqu’à 200 000 images seconde et d’un puissant laser, le caisson affiche 228 kilos sur la balance. En l’air, il ne pèsera plus rien, mais sera bien arrimé.

«Notre machine nous permet de créer artificiellement une bulle parfaite et d’analyser son comportement, notamment quand elle implose», précise Nicolas Dorsaz. Le but de l’expérience? «Ces bulles de vapeur apparaissent naturellement dans les machines hydrauliques, comme les turbines. En implosant, elles dégagent tellement de puissance qu’elles viennent abîmer les parois. Nous cherchons quelles lois physiques permettent à ces bulles de faire autant de dégâts», poursuit Philippe Kobel.

Au sol, la bulle est soumise à l’attraction terrestre, équivalente à une fois son poids (1 g). A bord du Zero G, c’est toute une palette de pesanteurs différentes – entre 0 et 2 g – que les chercheurs pourront étudier et qui leur permettra de contrôler les déformations que subit «la bille parfaite».

Implications concrètes
Les recherches du petit groupe pourraient avoir des implications des plus concrètes. A condition de percer tous les mystères. «L’érosion peut faire de gros dégâts sur les machines de production, sur les turbines, sur les bateaux ou encore sur les lanceurs de fusées. Mais cette érosion peut également s’avérer positive. C’est notamment le cas pour la stérilisation d’outils chirurgicaux, où ces bulles s’attaquent aux bactéries. A terme, nos recherches pourraient permettre de traiter les tendinites, l’arthrose, voire les tumeurs.»

www.flashandsplash.ch (24 heures)

Créé: 02.04.2013, 07h22

Vol parabolique, mode d’emploi

Les vols paraboliques décollent de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac (F). A bord d’un Airbus A 300 aménagé à cet effet, le Zero G, les candidats à l’apesanteur montent jusqu’à 20 000 pieds (6100 m) avant que l’avion ne se cabre à 47% et vise les nuages. «L’avion accélère, on est collé à nos sièges pendant vingt secondes, qui en paraissent quarante, se souvient Philippe Kobel. Puis la poussée des moteurs est presque coupée.»

On entre dans la deuxième phase de la parabole. Toutes les forces aérodynamiques subies par l’avion s’annulent, ses occupants sont en situation de chute libre durant vingt-deux secondes et flottent dans la carlingue. L’Airbus poursuit sa trajectoire parabolique, dont le sommet culmine à 28 000 pieds (8,5 km), avant de piquer du nez.

Le premier vol commercial européen a effectué un vol comprenant 15 paraboles de vingt-deux secondes. Les vols scientifiques effectuent 31 paraboles de même durée.

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