Ils vous font la clope à 150 et le pipi à 200

LausanneCracher ou jeter son mégot dans la rue est désormais amendable. Reportage avec les agents qui traquent les indélicats.

Les agent de la propreté amendent les passants qui dégradent l'espace public lausannois depuis le 1er janvier

Les agent de la propreté amendent les passants qui dégradent l'espace public lausannois depuis le 1er janvier Image: philippe maeder

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Ils ont troqué le vert de leur uniforme contre un gris souris plus urbain. Moins repérable aussi. Mais Pierre-André et Olivier ne sont pas là pour parler mode non plus. En ce mercredi après-midi, entre deux averses de neige et un coin de ciel bleu, le duo patrouille au centre-ville de Lausanne. Pierre-André et Olivier ne sont pas des policiers, bien qu’eux aussi fassent respecter l’ordre. Ou la propreté, plus précisément. Depuis le 1er janvier, ils collent des prunes à ceux qui balancent leurs mégots par terre ou se soulagent dans la rue. Reportage.

À Lausanne, on peut désormais punir d’une amende d’ordre les comportements qui dégradent l’espace public. Une trêve de Noël a été observée durant tout le mois de décembre, histoire de préparer le terrain auprès des passants, puis on a dégainé les carnets à souche. «Il y a toujours 3 à 5% de personnes qui ne sont pas sensibles aux campagnes de prévention. Pour elles, il n’y a que la répression, constate à regret Stéphane Beaudinot, le chef du Service de la propreté urbaine. Mais on ne planque pas non plus des heures dans la rue pour surprendre les contrevenants.» Les chiffres parlent d’eux-mêmes: en l’espace de trois semaines, les agents de la propreté ont sanctionné seulement cinq abandons de cigarettes sur le bitume, à 150 francs la clope. La police, elle, a amendé deux individus qui ne pouvaient attendre un urinoir plus longtemps. Il leur en a coûté 200 francs.

«Tout cela ne sert à rien»

Ils sont dix à patrouiller par deux au centre-ville, week-end compris. Olivier: «J’ai passé dix ans à Parc et Promenades, comme ouvrier. J’ai constaté la dégradation du domaine public. J’étais fatigué de voir ça sans pouvoir agir. Je passais plus de temps à ramasser les déchets qu’à jardiner!»

Aujourd’hui, il a glissé son carnet d’amendes dans un sac en bandoulière. Dans ses poches: des cendriers portables qu’il offre aux fumeurs indélicats qu’il épingle. En voilà un, justement. Un jeune avec capuche. Pierre-André et Olivier vont le chercher jusque dans un commerce du Maupas où il est entré, après avoir jeté sa clope à terre. Ils le font ressortir et ramasser la cigarette éteinte. Pour cette fois, et en raison de notre présence, il n’écopera que d’un avertissement. Et d’un cendrier. «Je fais quoi avec ça? C’est trop gros pour le mettre dans ma poche. Et puis tout ça, ça ne sert à rien! On fait tous ça, jeter nos clopes par terre», il bougonne.

«On ne planque pas non plus des heures pour surprendre des contrevenants»

Pierre-André et Olivier sont chauds. À peine le jeune a-t-il tourné les talons qu’ils repèrent un homme dans une camionnette, à l’arrêt. «Celui-là, il va jeter son mégot par la fenêtre.» Cela ne manque pas. Le duo a l’œil. «Les situations et les zones problématiques, on les connaît bien maintenant. Notamment pour les fumeurs devant les magasins, devant les bureaux, les agences de placements temporaires, les écoles… Là où il n’y a pas de cendriers et où on écrase vite sa cigarette avant d’entrer. On intervient souvent avant qu’ils ne commettent l’infraction, à titre préventif», explique Pierre-André. Un peu comme dans le film Minority Report…

L’homme qui vient de jeter son mégot par la fenêtre de la voiture reçoit à son tour un petit cendrier portable. «Et je le mets où?» il montre ses poches déjà pleines d’outils en tout genre. Il répare les ascenseurs. Lui aussi pense que ces amendes, cela ne va pas changer grand-chose pour la propreté à Lausanne en général. Il promet néanmoins d’y réfléchir à deux fois quand il éteindra sa prochaine cigarette. Il trouve que 150 francs d’amende, c’est quand même cher payé. «Surtout quand on voit qu’un caca dans la rue, c’est 200 francs, à peine plus».

Cher, l’abandon de poubelle

Pierre-André marque soudain un arrêt en remontant Haldimand. Il a repéré un sac-poubelle blanc déposé au pied d’un immeuble, en dehors des heures de ramassage. C’est une autre des missions de ces agents de la propreté, comme de surveiller des écopoints qui débordent ou de répondre aux réclamations des commerçants qui voient trop souvent leurs devantures souillées. Pierre-André décroche son téléphone. «J’appelle un collègue qui viendra autopsier ce sac. Si on trouve son propriétaire, il sera dénoncé en commission de police.» En prime, le contrevenant devra s’acquitter d’une taxe de 200 francs pour la Ville. (24 heures)

Créé: 19.01.2018, 06h38

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