«J’ai un genou à terre mais je ne suis pas mort»

Affaire RavenelLe premier citoyen vaudois sort de son silence. Yves Ravenel pensait que sa condamnation pour menaces envers sa future ex-femme passerait inaperçue du public.

Yves Ravenel a tenu à la présence de sa compagne pour recevoir «24 heures».

Yves Ravenel a tenu à la présence de sa compagne pour recevoir «24 heures». Image: S.BOVY

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Démissionnera ou pas? Le député UDC Yves Ravenel réfléchit encore jusqu’à mardi, alors que les trois groupes parlementaires de la gauche le prient de lâcher la présidence du Grand Conseil. Les autres sont réservés. Seul le groupe UDC le soutient. Pour «24 heures», il s’explique pour la première fois depuis la révélation de sa condamnation pour menaces envers sa future ex-femme. Il dévoile l’ordonnance pénale à laquelle il a finalement renoncé à s’opposer lundi, alors que le procès était fixé au 23 janvier. Trop tard pour que l’affaire soit ignorée du public.


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Yves Ravenel a beau avoir admis sa condamnation sur le plan judiciaire, il conteste vertement le travail de la procureure Marjorie Moret. Jeudi soir, il nous a reçus chez lui, à Trélex, où il nous explique d’abord, geste à l’appui, balai en main, comment il a cassé des ampoules devant la maison de sa future ex-femme.

Depuis lundi, dans quel état d'esprit êtes-vous?
Je suis profondément affecté et désolé. Alors, je veux prendre un peu de recul et de hauteur en m’accordant le temps de la réflexion avant de prendre la décision que j’estimerai la plus apte à préserver nos institutions. J'ai des connaissances à consulter, quelques conseils à écouter. C’est l’histoire d’un divorce compliqué, et la version que j’ai lue dans certains médias n’est simplement pas la vraie version.

Quelle est la «vraie version», comme vous dites?
Certains médias me jettent en pâture pour «violences conjugales». C’est faux et scandaleux. Ils laissent imaginer que ma future ex-femme a été battue. Je le souligne trois fois en rouge: je n’ai jamais, jamais porté la main sur elle.

L’ordonnance de condamnation dit que vous êtes «décrit comme étant hystérique», le 20 janvier 2019. Vous contestez une forme de fureur?
Oui, je le conteste. Bien entendu que j'étais fâché, énervé. J'ai élevé la voix, car je lui demandais depuis longtemps d’éteindre cette lumière, de ne pas faire exprès de la laisser allumée toute la nuit, c’est tout. Ce soir-là, j’ai voulu encore le lui dire et j’ai pris ce balai posé à côté de sa porte. J’ai cassé les lampes.

Estimez-vous que la procureure n'a pas fait correctement son travail?
En tout cas, elle n'a retenu aucun des points que j'ai contestés. Quand ma future ex-femme a déposé plainte, je n'étais pas inquiet, je savais au fond de moi-même que je n'avais rien fait de grave. J'avais cassé des lampes, c’est tout. En mars 2019, j'ai porté plainte pour diffamation contre elle. Cette plainte a été mise dans un tiroir par la même procureure. L’instruction contre moi a été faite au pas de charge, tandis que ma propre plainte dort encore dans un tiroir du Ministère public. Pourquoi cette différence de traitement?

L'ordonnance retient que vous avez proféré une menace de mort un jour de septembre 2016. Vous le contestez complètement?
Oui, totalement. Après avoir porté plainte pour les lampes cassées, lors de son interrogatoire par la procureure, elle dit, tout d'un coup, que je l'avais déjà menacée de mort en 2016. Et la procureure prend directement cela pour argent comptant. Bien sûr, dans un couple qui se divorce, des noms d'oiseaux, il y en a de temps en temps, mais j'ai toujours contesté les menaces de mort. C’était parole contre parole, sans aucune preuve, et c’est la version de ma future ex-femme que la procureure retient, sans aucun égard pour ma parole. Ça fait mal d’être injustement considéré, et aujourd'hui j'ai déjà un genou à terre mais je ne suis pas mort.

Pourquoi n'avez-vous pas maintenu votre opposition pour contester la condamnation devant la justice?
Je me suis dit que ce n’était pas possible qu'on me condamne pour ça. Passé la surprise, je réfléchis à la meilleure chose à faire pour ne pas faire souffrir inutilement ma famille. Je décide donc de faire opposition dans un premier temps, puis je me suis dit que, finalement, accepter la condamnation, c’est comme mettre un point final à toute cette histoire.

Mais tôt ou tard la condamnation allait être accessible au public, aux médias, car tout le monde a le droit de la consulter.
C’est vrai, vous avez raison. Sur le moment, j’ai vu les choses différemment et je me rends compte maintenant que, comme dit l’adage, on est toujours plus intelligent après.

Un président du parlement ne personnifie-t-il pas l’ensemble des institutions et le lien de confiance que les citoyens placent en elles? Cette condamnation ne suffit-elle pas à rompre ce lien?
Oui, je suis pleinement conscient de cette problématique. Maintenant, cette affaire est sortie et je l’assume. On cherche à me pousser dehors et, finalement, c’est peut-être ce qui arrivera, je ne sais pas, ma décision n'est pas prise. D'un côté, on me reproche de ne pas avoir respecté la loi. De l'autre côté, même si la loi est muette sur ce point, on me dit que je devrais partir.

Effectivement, il n’y a pas de procédure de destitution, mais tous les députés prêtent serment... en promettant de respecter les lois.
Vous avez raison et j’ai bien conscience de la portée symbolique de la fonction que j’occupe, c’est la raison pour laquelle je prends le temps de la réflexion.

Vous vous défendez maintenant par voie de presse, mais pas devant la justice. Une fois de plus: pourquoi avez-vous annulé l'opposition?
Après réflexion, comme déjà dit, j’ai estimé qu’accepter ma condamnation c’était aussi mettre un point final à une affaire qui empoisonne ma famille, mes enfants et ma compagne depuis longtemps.

Est-ce que vous pouvez concevoir qu'il s'agissait, ne serait-ce que sur les faits que vous avez reconnus, d'une forme de violence psychologique?
Dans ce genre de situation, il n'y a plus de dialogue. Tout ce que dit ou fait l'autre vous énerve. Si je reconnais une forme de violence psychologique, alors elle n’allait pas dans un seul sens.

Créé: 11.01.2020, 07h58

Ce qu’a écrit la procureure 

«Elle pensait qu’il allait s’en prendre physiquement à elle»

L’ordonnance de condamnation rendue le 21 août 2019 par la procureure Marjorie Moret ne fait que quatre pages, dont voici les extraits essentiels. Pour Yves Ravenel, ce document montre surtout qu'il n'a pas été physiquement violent envers sa future ex-épouse. Reste qu’il a été reconnu coupable de tentative de menaces qualifiées et de menaces qualifiées. Ces infractions au code pénal sont poursuivies d’office et lui ont valu 60 jours-amende à 80 fr. et 960 fr. d’amende. Il aura aussi à payer 4866 fr. en frais de procédure et indemnité à la partie adverse.

Mme Ravenel était aussi la voisine du premier citoyen vaudois: elle vivait dans la maison située à une dizaine de mètres de la sienne. Les faits retenus se déroulent en deux temps. D’abord, un jour de septembre 2016, Yves Ravenel l’a menacée en disant «qu'un jour il allait la tuer si elle continuait ses démarches sur les questions financières du divorce», rapporte l'ordonnance. [...] une «menace grave», mais «toutefois, seule la tentative sera retenue, [sa femme] ayant précisé qu'elle n'avait, sur le moment, pas été alarmée ou effrayée».

Le détail de la soirée du 20 janvier

Ensuite, l'ordonnance détaille la soirée du 20 janvier 2019: «[...] très énervé en raison des lumières extérieures allumées chez [sa femme], Yves Ravenel a cassé violemment, à l'aide d'un balai, les appliques et les ampoules de ces lumières sur la terrasse et au-dessus de la porte d'entrée de la maison de [sa femme], laquelle, apeurée, se trouvait à son domicile, au niveau de la porte-fenêtre, à environ un mètre de lui. Avant de quitter les lieux, Yves Ravenel a lancé ledit balai dans la direction de son épouse, objet que cette dernière a pu éviter et qui a terminé sa course dans la cuisine de la lésée» [...] «Le soir en question, Yves Ravenel a été décrit comme étant hystérique, hors de lui» et elle était «effrayée». La mère d’Yves Ravenel, depuis derrière une fenêtre du premier étage, a pu aussi témoigner de la scène.

«Tant sa mère, Marinette Ravenel, que la plaignante ne l'avaient jamais vu dans un état pareil» et «même s’il ne s'en était jamais pris physiquement à elle, elle pouvait raisonnablement et objectivement penser, et ceci sans avoir besoin de souffrir de troubles psychiques, qu'Yves Ravenel, au vu de son état, allait s’en prendre physiquement à elle. Enfin, le fait que le prévenu, qui hurlait, a, avant de quitter les lieux, lancé son balai en direction de son épouse dont il vit séparé, ce qu'il conteste, a accentué ce sentiment de menace grave.» [...] La procureur retient enfin que [sa femme] «s'est sentie menacée et a eu une crise d'angoisse le soir du 20 janvier 2019».

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