«Je livrais mes marmites de soupe, pas de la coke!»

Tribunal criminelUne Africaine nie avoir ravitaillé les grossistes de l’arc lémanique depuis Bâle-Campagne vingt fois en trois mois l’an passé.

Image: PATRICK MARTIN -A

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Maria, Camerounaise de 26 ans au bénéfice d’un permis F, mère de trois enfants, passe du sourire aux larmes. Sous le feu roulant mercredi du Tribunal de Lausanne, la jeune femme se défend d’être la trafiquante de stupéfiants hyperactive que voit en elle le Ministère public.

Domiciliée dans une localité de Bâle-Campagne, la jeune femme aurait effectué pas moins de vingt livraisons de cocaïne depuis la région de Bâle à des grossistes en Suisse romande de mai à août 2016. Un travail qui lui aurait rapporté plus de 16 000 francs. La quantité ainsi acheminée atteindrait environ 2300 grammes, représentant un peu moins d’un kilo de drogue pure. Une intensité et une persistance, doublée d’une accusation de blanchiment d’argent, qui a justifié un procès devant une Cour criminelle, instance compétente pour infliger des peines pouvant dépasser 6 ans de prison.

L’enquête s’est essentiellement appliquée à remonter dans le temps, notamment en analysant les contacts téléphoniques de l’intéressée et l’enregistrement de conversations, en les recoupant avec des renseignements venant d’autres affaires.

Quand on demande à Maria pourquoi elle s’est souvent déplacée en train avec ses enfants sur de grandes distances à travers la Suisse durant cette période elle répond: «J’allais à Lausanne et à Genève pour acheter des produits alimentaires africains. Là-bas ils sont un bon tiers moins cher qu’à Bâle. Même en tenant compte du prix d’une carte journalière j’étais gagnante.»

Ses explications ne s’arrêtent pas là: «Je rentrais à Bâle-Campagne avec ces denrées et je confectionnais des soupes dans ma cuisine. Puis je me rendais à Genève par exemple, pour les vendre à des membres de communautés africaines qui les appréciaient. C’est mes marmites de soupe que je livrais, pas de la cocaïne!» Face au président qui lui demande comment elle faisait pour voyager en train avec sa marmite pleine de soupe et ses trois enfants, elle ne cille pas: «C’est bien simple, je la plaçais sous la poussette».

Force est d’admettre que l’affaire se présente assez mal pour la Camerounaise. Elle s’est fait arrêter en août dernier dans le métro M1 à Lausanne, alors qu’elle devait remettre vingt fingers de coke, soit 200 grammes - à un homme interpellé par la même occasion et déféré séparément devant la justice. Ce n’est pas tout.

En se rendant au domicile de la prévenue en Suisse alémanique le lendemain, les policiers ont saisi chez elle trois de ces doigts de cocaïne ainsi que deux parachutes (ndlr: petite dose de drogue enveloppée dans du papier à cigarette). Il y avait aussi chez elle une riche garde-robe de chaussures et de sacs à main de grandes marques achetés sur Internet. Des objets dont la valeur globale a été estimée à plus de 7000 francs, dont 4000 francs dépensés durant les trois mois précédant son interpellation. Maria tempère en soulignant qu’il s’agissait d’articles en solde. Mais d’où provenait l’argent? Elle et ses trois enfants vivaient à cette époque avec une aide sociale de 1500 francs par mois. «J’avais une amie riche qui me donnait beaucoup d’argent, raconte-t-elle. C’est une personne qui a fait beaucoup pour moi et ma famille. Si j’ai effectivement commandé tous ces articles de luxe, une partie était à elle qui les achetait en utilisant mon nom.» Problème: cette bonne âme n’a pas été retrouvée.

Zone d’ombre également sur la provenance des 33 500 francs que l’accusée a envoyé notamment au Cameroun et au Nigeria entre juin 2011, soit quelques mois après son arrivée en Suisse en tant que requérante d’asile, et début août 2016. Tout au plus répond-elle qu’elle vendait ses marmites de soupe entre 120 et 200 francs.

L’inspecteur de la brigade des stups admet qu’il n’y a pas de preuves physiques, telles que des saisies, pour affirmer que Maria aurait effectivement acheminé en tout deux kilos de drogue. Il se fie à son expérience pour indiquer qu’un transporteur n’est en principe pas mandaté lorsqu’il s’agit de recevoir moins de 100 grammes. Quant à l’implication de la prévenue, le policier fait observer que parmi les indices, il y a une écoute téléphonique dans laquelle on entend un grossiste dire: «On peut faire confiance à la femme du pasteur.» Or le compagnon de Maria est prédicateur laïc dans une Eglise en Italie et serait une personne respectée.

*Prénom fictif (24 heures)

Créé: 11.10.2017, 18h23

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