«Je me reconnais dans ces enfants qui fuient la guerre»

AsileLe photographe Petar Mitrovic a fui la Croatie en 1991. Il lance aujourd’hui un projet d’aide aux réfugiés.

Petar Mitrovic et l'association Humansnation croulent sous les dons. Ici, des cartons remplis de chaussures que le photographe amènera en octobre à des réfugiés à Belgrade.

Petar Mitrovic et l'association Humansnation croulent sous les dons. Ici, des cartons remplis de chaussures que le photographe amènera en octobre à des réfugiés à Belgrade. Image: PHILIPPE MAEDER

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Petar Mitrovic a fui la Croatie en 1991. Vingt-quatre ans plus tard, le sort de milliers de migrants qui tentent, parfois au péril de leur vie, de rejoindre le contient européen a ravivé de sombres souvenirs dans l’esprit du photographe lausannois, domicilié à Montricher. «Je me reconnais dans ces enfants qui fuient la guerre avec leurs parents. J’étais ce gamin-là il y a plus de vingt ans. Je ne peux pas rester assis les bras croisés.» Il vient de lancer un projet de soutien aux réfugiés qui prend une ampleur inattendue.

La nuit de septembre où lui, ses parents et sa sœur ont quitté Zagreb est encore gravée dans la mémoire de Petar Mitrovic, alors âgé de 11 ans. Depuis plusieurs mois, leur quotidien est rythmé par les bombardements, les hurlements de sirènes et l’omniprésence de soldats dans les rues de la capitale croate. D’origine serbe, la famille Mitrovic vit la peur au ventre. «La vie des non-Croates était menacée. Après plusieurs nuits d’insomnie passées à veiller sur nous, mon père a décidé qu’il fallait quitter le pays. Un soir, nous sommes partis prendre ce qui allait sûrement être le dernier train avant longtemps.»

Petar Mitrovic et les siens parcourent plusieurs kilomètres à pied, enjambant des corps qui jonchent le sol. Il se souvient de cette bombe tombée près du «train de la dernière chance», des parents qui laissent leurs enfants à des inconnus pour qu’eux au moins aient la vie sauve. Puis le départ et, enfin, les cris de joie qui accompagnent l’arrivée à Munich. Les Mitrovic posent le pied sur le sol suisse, à Zurich, le 21 septembre 1991. Petar Mitrovic obtiendra l’asile politique sept ans plus tard, puis la nationalité suisse.

«J’ai eu la chance d’être accueilli ici et d’être aidé, dit-il. Aujour­d’hui, à mon tour de rendre la pareille.» Alors qu’il projette de se rendre en octobre à Belgrade dans le cadre d’un projet photographique auprès de réfugiés , il contacte le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) pour demander quelle aide il peut apporter. Au bout du fil, une représentante de l’agence onusienne décrit la dure réalité. Selon le HCR, quelque 3000 réfugiés arrivent en Serbie chaque jour; plus de la moitié vient de Syrie.

A Belgrade, ils sont entre 400 et 500 à dormir sous tente ou sur un banc dans des parcs publics, avant de poursuivre leur route vers le nord. Parmi eux, des familles qui ont besoin de soins et de produits de première nécessité. L’approche de l’hiver ajoute à l’urgence.

Elan de solidarité

Jeudi dernier, Petar Mitrovic a lancé sur Facebook un appel aux dons – habits, chaussures, nourriture, médicaments – qu’il compte acheminer dans la capitale serbe. Son initiative a suscité un élan de solidarité alors que la photo du corps sans vie du petit Aylan, réfugié syrien échoué sur une plage turque, fait le tour du monde. «Le lendemain, j’avais déjà reçu 300 messages. Le post a aujour­d’hui été partagé 700 fois. J’ai appelé mon contact au HCR pour lui dire qu’on ne venait plus avec une petite voiture mais avec des camions. Elle s’est mise à pleurer.»

Les e-mails continuent d’affluer de partout en Suisse romande et au-delà. Certaines personnes se sont portées volontaires pour centraliser les récoltes dans leur quartier. D’autres proposent de mettre à disposition un véhicule, des infirmières de se joindre à l’équipée. Des personnalités vaudoises apportent aussi leur soutien, comme Toto Morand ou Leila Delarive.

L’initiative a pris une telle ampleur que Petar Mitrovic et plusieurs autres bénévoles ont constitué l’association HumansNation. Le site www.humansnation.com sera bientôt en ligne pour permettre de suivre la progression du projet.

Lorsqu’il a lancé son action, Petar Mitrovic redoutait des réactions hostiles. «On voit beaucoup de commentaires négatifs sur les réseaux sociaux.» S’il a été surpris par le déferlement de marques de soutien, il a tout de même reçu quelques menaces et insultes. «Certains se font une fausse idée des réfugiés. Comme moi à l’époque, ces personnes essaient simplement de sauver leur vie.» (24 heures)

Créé: 08.09.2015, 11h11

La parole aux réfugiés

A Belgrade, Petar Mitrovic lance un projet photographique de longue haleine. Trois ans durant, il va se rendre dans 100 villes du globe pour demander à des personnes de tous horizons: «Toute la Terre vous écoute, qu’avez-vous à dire?» La réponse, qui doit tenir en un mot inscrit sur leur front, sera immortalisée. En Serbie, le photographe veut donner la parole aux réfugiés. «J’espère que cela permettra de casser les préjugés dont ils sont victimes.» Ce projet, intitulé «One Word» , est la continuation du travail «Je suis» que Petar Mitrovic a initié il y a quelques années. Le syndic de Lausanne, Daniel Brélaz, et sa femme, Marie-Ange, avaient notamment posé pour lui. Le premier avait inscrit «génie» sur son front, tandis que son épouse avait marqué «courage» sur le haut de son buste.

Les bénévoles affluent… presque trop

Les images dramatiques des réfugiés fuyant la guerre en Syrie poussent une partie de la population suisse à proposer son aide. Les candidats bénévoles s’annoncent auprès des associations et s’entendent parfois répondre que les équipes sont complètes, en tout cas temporairement. C’était le cas hier du côté de l’organisation Appartenances, à Lausanne, à Yverdon et à Vevey.

Elle propose notamment des cours de français et de l’accueil d’enfants à l’aide du bénévolat: «Ces dernières semaines, les propositions étaient plus nombreuses que d’habitude. Nous avons environ 120 bénévoles et, depuis hier, nous devons refuser du monde. Nous espérons que cet enthousiasme va se poursuivre car nous aurons encore besoin de bénévoles ces prochaines semaines», explique Natacha Noverraz, chargée des relations avec les donateurs et les partenaires.

Elle précise que les intéressés sont provisoirement redirigés vers le réseau Bénévolat-Vaud. L’EVAM (Etablissement vaudois d’accueil des migrants) reçoit également beaucoup d’appels. «Nous recevons plus de propositions de bénévolat que d’habitude», relève Evi Kassimidis, porte-parole. Actuellement, personne n’est écarté. Les propositions sont répercutées vers les groupes bénévoles d’aide aux migrants qui existent dans les différentes régions du canton. Les possibilités d’action sont multiples: elles vont de l’accompagnement dans une régie immobilière à ’aide aux devoirs de français. «Il y a de quoi faire», souligne Evi Kassimidis, alors que l’EVAM héberge environ 5800 personnes, un chiffre en forte augmentation ces derniers mois.

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