«Je veux trouver une thérapie contre Alzheimer»

SantéAndrea Pfeifer dirige AC Immune, l’une des rares sociétés qui cherchent des traitements contre cette maladie neurodégénérative.

Andrea Pfeifer, CEO de la biotech AC Immune, basée au parc de l’Innovation de l’EPFL.

Andrea Pfeifer, CEO de la biotech AC Immune, basée au parc de l’Innovation de l’EPFL. Image: PATRICK MARTIN

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Toujours aucun médicament en vue. Face à la maladie d’Alzheimer, l’industrie pharmaceutique semble désemparée. AC Immune, biotech à l’aura internationale installée à l’Innovation Park de l’EPFL, est l’une des rares sociétés à chercher des thérapies, et ce sur plusieurs fronts (lire ci-contre). Elle vient d’essuyer un gros revers. Fin janvier, les études sur son traitement potentiel le plus avancé, le crenezumab, ont été interrompues dans leur dernière phase avant la demande d’autorisation de mise sur le marché. Rencontre avec une CEO plus déterminée que jamais, Andrea Pfeifer.

Vous espériez commercialiser le premier traitement contre l’alzheimer mais les essais ont été arrêtés. Que vous inspire cet échec?
J’ai été étais très surprise de cette décision. J’ignore encore les raisons exactes et il faudra les analyser. Bien sûr, je suis déçue, mais nous menons aussi une étude sur ce même anticorps crenezumab auprès d’une population en Colombie atteinte par un alzheimer d’origine génétique. Les participants ont toutes leurs facultés cognitives mais devraient développer la maladie de fait de leurs antécédents génétiques. C’est le premier essai mondial en matière de prévention, avant l’apparition des symptômes.

Pourquoi agir si précocement?
C’est essentiel. Aujourd’hui, la plupart des traitements sont testés chez des personnes qui ont déjà vécu avec les symptômes de la maladie depuis quelques années. Une partie des cellules cérébrales sont déjà mortes, à ce stade. Il se peut que les dommages soient trop importants pour qu’un traitement soit efficace. La grande interrogation est la suivante: peut-on traiter préventivement l’alzheimer? Si une molécule fonctionne, on pourrait la donner de façon préventive. Le problème, c’est qu’on manque non seulement de thérapies, mais aussi de diagnostics. Si on a un cancer, on fait une biopsie, on identifie tout de suite les mutations et on reçoit un traitement spécifique. Pour l’alzheimer ou le parkinson, ces cocktails n’existent pas. On ne peut pas donner exactement le bon mélange au patient puisqu’on ne peut pas regarder la maladie dans son cerveau.

Mais comment détecter l’alzheimer?
Le rêve serait une détection au scanner, avant que les symptômes soient visibles. C’est possible en repérant la présence de la protéine Tau, qui prend différentes formes selon les maladies neurodégénératives. On sait que la mémoire est liée à Tau. La corrélation entre l’augmentation de cette protéine dans le cerveau et la progression de la maladie est démontrée. On pourrait imaginer l’identifier dix ans avant qu’elle ne se déclare et la traiter avec un vaccin (ndlr: AC Immune attend les résultats de la phase 2 des essais avec l’anticorps Tau en 2020). J’espère que les protéines donneront les mêmes informations sur l’alzheimer et le parkinson que les biopsies pour le cancer. Nous attendons les premières images alpha-synuclein montrant Parkinson dans le cerveau d’un patient. C’est du jamais-vu!

Pourquoi si peu de firmes pharmaceutiques s’attaquent à l’alzheimer?
Les études sont longues et difficiles et les investisseurs y accordent peu d’intérêt. Nous aurions besoin de plus de patients pour ces études mais aussi de personnalités publiques pour alerter et montrer que cette maladie peut toucher tout le monde. Avec le vice-président de Janssen Pharmaceuticals et le CEO de Biogen, j’ai eu l’honneur de participer à la session sur l’alzheimer organisée pour la première fois au Forum économique mondial de Davos. C’est un grand bonheur de voir que c’est enfin un thème. La session affichait complet. Tout le monde m’a posé des questions: «J’ai un père malade, une mère, une sœur…» C’était très touchant.

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser aux maladies neurodégénératives?
Je suis pharmacienne de formation et j’ai fait toutes mes études en oncologie, notamment aux États-Unis. J’ai travaillé sur les mutations et le diagnostic de précision du cancer. Il y a trente ans, on traitait tout le monde avec le même arsenal, sans spécificité et avec une grande toxicité. Quelle évolution, quels progrès! J’ai constaté que pour les maladies neurodégénératives comme l’alzheimer, par contre, on n’était pas très avancé. Je voulais aider, faire bouger les choses.

Vous visez un marché potentiel énorme qui assurerait des bénéfices mirobolants…
Le marché est énorme, bien sûr. Mais ma motivation et celle des équipes d’AC Immune, c’est de trouver ces thérapies et ces diagnostics qui manquent aujourd’hui.

Créé: 31.03.2019, 08h03

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Le chiffre

36 millions de personnes dans le monde sont atteintes de démences, selon l’Organisation mondiale de la santé, dont 60% à 70% de l’alzheimer.

Ce nombre devrait tripler au cours des trente prochaines années.

Plusieurs pistes

De l’immunothérapie au vaccin

Créée en 2003, AC Immune SA est une société biopharmaceutique leader dans le développement de traitements contre la maladie d’Alzheimer et d’autres pathologies neurodégénératives (Parkinson, syndrome de Down).

L’entreprise dirigée par l’Allemande Andrea Pfeifer, qui compte une centaine d’employés basés à Lausanne, a déjà levé 312 millions de francs auprès d’investisseurs et entretient des partenariats avec des géants comme Roche, Lilly et Johnson & Johnson.

AC Immune a fait son entrée en bourse au Nasdaq en 2016. L’arrêt de l’essai clinique avec l’anticorps crenezumab – un traitement potentiel dans lequel elle a placé beaucoup d’espoirs – a fait chuter l’action de 60%.

C’était le produit thérapeutique le plus avancé de la firme. Mais la biotech ne met pas tous ses œufs dans le même panier. Outre l’immunothérapie, les chercheurs planchent sur une gamme de neuf produits (anticorps, petites molécules, vaccins…) et trois méthodes de diagnostic.

Par ailleurs, les études cliniques se poursuivent avec le crenezumab en Colombie sur une population de 300 personnes, en vue d’une administration à titre préventif.

En parallèle, deux autres pharmas cherchent des solutions contre cette maladie qui fait chaque année plus de victimes: Roche, qui mène une phase III sur le traitement gantenerumab, et Biogen, qui développe une molécule appelée aducanumab.

Depuis le début des années 2000, des centaines d’essais cliniques ont été menés dans l’espoir de proposer un médicament aux malades. En vain.

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