Le vaisseau de béton, où il fait bon se perdre depuis trente ans

UNILChantier monstre des années 1980, le bâtiment des sciences humaines de l’Université souffle ses 30 bougies.

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Avec ses airs de labyrinthe, ses escaliers asymétriques, ses enfilades et ses recoins qui se ressemblent, le bâtiment de la Faculté des lettres et de théologie, baptisé Anthropole en 2005, pose la même énigme depuis trente ans: «Pour la sortie côté lac, faut-il prendre à droite ou à gauche?» Pour les étudiants qui découvrent l’imposant édifice, s’y repérer constitue souvent la première difficulté académique. A la limite du bizutage institutionnel.

Etudiante en psychologie de première année, Tara Tulipani a découvert l’Anthropole l’automne dernier. Elle commence à peine à s’y faire. «Le bâtiment est très intimidant. En sortant de cours, on ne sait pas toujours où on est et on se perd facilement. C’est déconcertant», soupire l’étudiante.

Cette désorientation généralisée remonte à 1987, lorsque les sciences humaines ont déménagé de la Cité à Dorigny. Chez certains anciens étudiants, le souvenir de ce transfert est encore particulièrement vivace, tant la transition centre-ville - campagne n’a pas été évidente et a suscité le débat.

«Le bâtiment est très intimidant. En sortant de cours, on ne sait pas toujours où on est et on se perd facilement. C’est déconcertant»
Habitués aux espaces classiques des constructions du centre-ville, ils ont tout d’un coup découvert les immenses volumes, la géométrie très particulière et le béton omniprésent du bâtiment en forme de «X»: le Bâtiment des Facultés des sciences humaines 2 (BFSH2, ou «B2» pour les intimes de l’époque).

L’Anthropole souffle ses 30 bougies. Pour marquer le coup, l’alma mater prévoit une année anniversaire ponctuée de plusieurs événements (lire ci-contre). L’occasion de se pencher sur ce bâtiment aussi massif qu’emblématique, haut lieu des manifestations contre les mesures dites Orchidées, du nom des coupes demandées pour redresser le budget du canton, en 1997.

Chantier à 150 millions

Dix ans plus tôt, le déménagement des sciences humaines s’inscrit dans un ambitieux projet voulu par l’Etat: la création d’un campus universitaire à l’ouest de Lausanne.

Après la décision du Grand Conseil d’acheter la propriété de Dorigny en 1963, la construction du Collège propédeutique (aujourd’hui Amphipôle) pose la première pierre de ce projet en 1970. «Suivront notamment un bâtiment pour les sciences physiques (Cubotron), en 1973, le Bâtiment des Facultés des sciences humaines 1 (Internef), en 1977, ou encore le célèbre bâtiment de la Bibliothèque universitaire, la «Banane», en 1981, énumère Alain Boillat, doyen de la Faculté des lettres. En 1987, la construction du BFSH2 couronne le plan directeur de 1965, et parachève cet ensemble.»

Suite logique d’un processus urbanistique toujours à l’œuvre, la construction du BFSH2 a tout de même marqué une rupture, mais d’ordre architectural. «Les bâtiments antérieurs étaient tous de la même veine. Mais avec l’Anthropole, lié au courant postmoderniste et à l’influence de Louis Kahn, on est dans tout autre chose. Entre la présence massive de béton, les nombreuses places perdues du bâtiment, ses réflexions poussées sur la forme et la fonction ainsi que son audace, on sent que ses architectes, Mario Bevilacqua, Jacques Dumas et Jean-Luc Thibaud, se sont fait plaisir, lance Dave Lüthi, professeur associé en architecture et patrimoine en section d’histoire de l’art. Devisé à 150 millions de francs à l’époque, il s’agit d’un des plus grands chantiers du XXe siècle en terre vaudoise, après celui du CHUV.»

On y flâne volontiers

Quasi lyrique à l’évocation du bâtiment «qui tient autant de la sculpture que de l’architecture et qui invite à la poésie», Dave Lüthi n’en oublie pas pour autant ses fonctions premières. «L’idée consistait à créer un bâtiment aux allures de ville, un endroit où se croisent les matières et les savoirs. Et ça fonctionne: la géométrie des lieux suscite des rencontres, de nombreux colloques ont par exemple été organisés entre deux portes. A condition, bien sûr, de ne pas se perdre», poursuit le professeur, qui fournit une clé pour percer le mystère du bâtiment. «Les deux escaliers principaux ne sont pas les mêmes. L’un des deux est en forme de croix, l’autre en double révolution, sur le modèle de l’escalier du château de Chambord. Sans oublier les codes couleurs propres à chaque faculté que l’on trouve sur les murs.»

Dans les couloirs du bâtiment, les subtilités pour se repérer échappent encore à certains étudiants. «La logique interne existe, encore faut-il s’en souvenir, sourit Thibault Leuenberger, étudiant de 5e année en français et histoire. Mais il est agréable de s’y perdre. Avec ses longs espaces, on a l’impression de se promener.» Léonore Emery, étudiante de 2e année en histoire et philo, n’a pas connu le moment de solitude où l’on hésite longuement entre prendre à droite ou à gauche. «J’ai vite pris mes marques, tout est très cohérent.» (24 heures)

Créé: 01.03.2017, 19h19

Galerie photo

L'Anthropole vu par les étudiants

L'Anthropole vu par les étudiants Trois usagers témoignent

Une année de festivités

Les trente bougies du bâtiment, qui vient de subir un profond lifting, ont officiellement été soufflées mercredi soir, mais les festivités dureront toute l’année. Entre expositions (visibles l’automne prochain), visites guidées, présentation des nombreuses œuvres d’art que l’on trouve dans le bâtiment, activités de médiation culturelle et une grande fête fin novembre, l’année anniversaire s’annonce particulièrement éclectique.

«Le but de l’événement est de proposer un regard de sciences humaines sur le bâtiment», indique Alain Boillat, doyen de la Faculté des lettres.

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