«L’État de Vaud ne peut pas ignorer la violence contenue dans le Coran»

ReligionShafique Keshavjee publie «L’islam conquérant» où il met en lumière la justification de la haine par certains textes religieux.

Théologien protestant Shafique Keshavjee précise qu’une partie de sa famille est musulmane.

Théologien protestant Shafique Keshavjee précise qu’une partie de sa famille est musulmane. Image: CHANTAL DERVEY

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«Je parle avec franchise et amour car j’aime les musulmans», affirme le théologien protestant Shafique Keshavjee. Pourtant son nouveau livre, «L’islam conquérant», parle du visage politique d’une religion aux visées dominatrices. Une volonté de conquête qui trouverait sa justification dans les textes fondateurs de l’islam, que l’auteur a étudié pendant des années. Il s’inquiète du silence des musulmans sur la question et de l’ignorance des autorités. Entretien.


A lire l'édito: De bonnes questions au sujet de l’islam


Pourquoi qualifiez-vous l’islam de religion conquérante?
Parce que les grandes figures musulmanes le disent. Cela dit, il y a de nombreuses manières de vivre l’islam. L’immense majorité des musulmans est paisible et n’a aucune visée de conquête de la Suisse ou de l’Occident. Toutefois, quand j’ai commencé à m’intéresser aux textes des fondateurs des Frères musulmans, j’ai découvert que la réalité est différente: c’est clairement un islam qui veut conquérir le monde et qui se définit comme tel. J’ai alors voulu étudier les textes fondamentaux et les faire découvrir.

Après plusieurs années d’étude, vous affirmez qu’il n’y a pas de différence entre l’islamisme et l’islam. Vous êtes sérieux?
Oui, si l’on considère l’ensemble des textes du Coran et des hadiths (les paroles de Mohammed), cette opposition n’a aucun sens. Il n’y a pas une spiritualité paisible d’un côté et des visées politiques de l’autre. J’ai été surpris de voir que dans les hadiths de Boukhari, beaucoup de textes expliquent comment faire la conquête militaire. Il y a aussi des textes de haine et de violence extrêmes à l’égard des Juifs, des chrétiens et des polythéistes. Comment est-il possible, au nom d’Allah, de prôner de telles violences? Mohammed préconise dans un hadith de couper des mains, des pieds, d’enfoncer des fers rougis dans les yeux de ceux qui, certes, avaient commis un crime en volant des chameaux et en tuant un chamelier.

Mais que peuvent y faire les musulmans? Ne faites-vous pas un amalgame malheureux?
Les musulmans n’ont pas choisi leurs textes et ils n’y peuvent rien. La plupart ne connaissent même pas les passages violents. Malheureusement, des courants radicaux les connaissent très bien et s’en servent. L’État islamique se base sur ces textes fondateurs pour crucifier, violer, réduire en esclavage. Or, je dialogue depuis vingt ans avec des responsables musulmans qui citent en boucle les plus beaux versets du Coran, mais refusent de parler de ceux qui sont violents.

Les textes sont-ils si importants? Malgré l’Évangile, les chrétiens ont persécuté les Juifs pendant des siècles et ont commis bien des massacres.
Oui, des massacres abominables que je critique dans mon livre. Les textes peuvent tout justifier et c’est donc leur interprétation qui prime. Cela dit, il y a une nuance. Pendant trois siècles, aucun chrétien n’a tué qui que ce soit: les persécutions contre les Juifs et les polythéistes ont commencé quand l’Église est devenue étatique. Durant les trois premiers siècles de l’islam, des dizaines de milliers de non-musulmans ont été soit assujettis, soit tués en conformité avec l’enseignement de Mohammed. Quand un chrétien tue, il commet un acte contraire à l’Évangile. Malheureusement, quand un musulman tue, il peut trouver une justification dans le Coran ou les hadiths.


A lire: «Les musulmans vaudois respectent les lois, où est le problème?»


La réalité de chez nous, c’est que l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM) demande une reconnaissance par l’État et ne prône rien qui soit contraire à nos lois!
Il y a différents courants au sein de l’UVAM, certains culturels, d’autres salafistes ou proches des Frères musulmans. À ma connaissance aucun travail de clarification des textes religieux n’a été fait. Je me réjouis que les responsables de l’UVAM nous expliquent comment ils renoncent aux textes problématiques. Dans un hadith, Mohammed dit: «L’enfer est peuplé d’une majorité de femmes.» Est-ce compatible avec notre notion de l’égalité? L’apostasie (ndlr: le fait de renoncer à sa religion) est punie de mort dans l’islam. Mohammed a affirmé: «Celui qui change de religion, tuez-le.» Même Averroès, le grand philosophe, a écrit qu’un musulman quittant sa religion mérite la mort. Quel est l’avis et l’enseignement des imams vaudois sur le sujet?

Vous voudriez que les musulmans changent leurs textes sacrés?
Non, ils peuvent les contextualiser. On peut considérer que la manière d’être de Mohammed au VIIe siècle correspondait à une situation de guerres tribales. Aujourd’hui, nous vivons dans un tout autre monde. Des millions de musulmans prennent aujourd’hui leurs distances avec l’islam à cause de ces textes violents. J’appelle à un discours franc et libre.

L’État doit-il vraiment se mêler de lire le Coran?
J’affirme que l’État a tort de ne pas poser de questions sur le contenu religieux et d’ignorer la violence contenue dans le Coran et les hadiths. Pour la reconnaissance, on demande à l’UVAM d’accepter nos valeurs. Mais ne pas confronter les responsables aux enseignements et aux paroles de Mohammed, c’est une erreur. Je suis pour une reconnaissance de communautés musulmanes clairement libérales, et pas à moitié. C’est-à-dire qu’elles manifestent explicitement que dans leur interprétation les droits humains priment sur les textes sacrés.


A lire: «L'Etat de Vaud n'a pas à se mêler des textes religieux»


Ne craignez-vous pas d’être récupéré par des politiques?
C’est un risque que certains passages de mon livre soient repris hors contexte pour justifier la haine des musulmans. Ce n’est absolument pas mon but, une partie de ma famille, originaire d’Inde, étant musulmane.

Le fait d’être pasteur n’influence-t-il pas votre vision et n’affaiblit-il pas votre propos?
J’écris en tant que citoyen, ancien membre de la Constituante vaudoise. Michel Onfray, un athée résolu, arrive aux mêmes conclusions dans son livre «Penser l’islam». Ce n’est pas d’abord le chrétien qui parle, mais le chercheur qui veut être honnête intellectuellement. On peut être en désaccord avec moi sur la dernière partie du livre, où je dis que la tradition chrétienne a encore quelque chose à apporter à la société.

(24 Heures)

Créé: 05.02.2019, 06h42

Le livre

L’islam conquérant

Shafique Keshavjee

Édition IQRI, Lausanne

Le pasteur converti qui ne craint pas de bousculer

Écrivain d’origine indienne, né au Kenya en 1955, ancien pasteur de l’Église réformée vaudoise, Shafique Keshavjee n’a jamais reculé devant la polémique. En 2010, il démissionnait de la Faculté de théologie de Genève, dénonçant l’affaiblissement de la théologie au profit de l’histoire, de la philosophie et des sciences des religions. Cofondateur en 2016 du Rassemblement pour un renouveau réformé (R3), il bousculait les protestants vaudois en appelant à être plus confessants et proches du courant évangélique. Passionné par le dialogue interreligieux, Shafique Keshavjee affirme néanmoins sa foi avec force.

Est-ce parce qu’il s’est converti au christianisme à 18 ans, lui qui était fils d’un agnostique et issu d’une famille musulmane ismaélienne? Il accepte en tout cas d’être qualifié d’intellectuel en mission. «Pourquoi pas, dit-il, la mission, c’est quand on a envie de partager un trésor.» Lui qui a, dans sa parenté, «des gens de toutes convictions», y compris sunnites, assure vouloir questionner l’islam «pour mieux pouvoir construire ensemble».

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