L’UDC s’enfonce à nouveau dans un climat de suspicions

Elections fédéralesLes accusations et les soupçons anonymes s’accumulent dans l’affaire Despot. Le parti vacille avant le congrès de jeudi prochain.

Image: Philippe Forney

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Qui et pourquoi? A une semaine du congrès extraordinaire de l’UDC Vaud, ce sont les deux questions qui courent dans les coulisses du parti à deux mois des élections fédérales. Avec l’affaire Fabienne Despot – que certains ont baptisée «Despotgate» –, les soupçons et les accusations se multiplient dans un parti sans leadership incontestable, sans personnalité au rôle fédérateur. Un parti qui a connu plusieurs crises internes ces dernières années.

Sa présidente, également candidate au Conseil national et au Conseil des Etats, a avoué la semaine dernière avoir enregistré à leur insu certains camarades de parti. Un ex-membre de l’UDC, Jean-Luc Laurent, l’a ensuite menacée de révéler l’enregistrement, en échange d’un rapport interne sur la crise interne de 2013. Alors qu’un congrès extraordinaire doit décider du sort de Fabienne Despot la semaine prochaine, son départ ne fait quasi aucun doute. L’affaire a pris une telle ampleur que même l’hebdomadaire satirique français Le Canard enchaîné s’en est fait l’écho.

Deux places pour trois

Résultat: une candidate sérieuse en moins (voir infographie), qualifiée jusqu’alors d’espoir pour un retour de l’UDC au Conseil d’Etat en 2017. C’est dire que son éviction pourrait faire les affaires de certains, au cœur des soupçons qui filtrent dans le parti.

Pour octobre, l’opinion générale dans le parti est que l’UDC échouera à conquérir un cinquième siège au Conseil national. Comme deux des parlementaires actuels se représentent, deux places restent à prendre pour trois candidats favoris: Fabienne Despot, Michaël Buffat et Claude-Alain Voiblet.

Le scénario le plus probable est que Michaël Buffat se retrouve seul dans la course au Conseil des Etats. Opportuniste selon certains, «il roule pour lui dans cette campagne, même s’il défend le parti», estime un candidat. «Si Michaël Buffat n’avait pas porté plainte contre Jean-Luc Laurent, toute cette affaire aurait pu se régler à l’interne, sans faire de tort à Fabienne Despot», note un de ses proches. «On lui savonne la planche», ajoute un député.

Michaël Buffat réfute totalement ces accusations. «Ces rumeurs sont infondées, et je n’ai rien à voir avec toute cette histoire, répond-il. Je le dis franchement, je n’ai aucune envie de me retrouver seul dans la course aux Etats. Pour fonctionner, une campagne aux Etats doit se faire à deux.» Au contraire, tant l’image du parti que sa propre candidature au Conseil des Etats pâtissent de l’affaire Despot, selon lui. Quant à sa plainte, il ne sait pas encore s’il la maintiendra contre Jean-Luc Laurent, maintenant que celui-ci a décidé de se retirer de la vie politique.

Aucun bénéfice

Claude-Alain Voiblet, ancien président de l’UDC Vaud et autre favori au Conseil national, lui-même pris dans la tourmente il y a deux ans, est aussi pointé du doigt par la garde rapprochée de Fabienne Despot. Pour lui, personne au sein de l’UDC n’avait un intérêt quelconque. «Cette affaire ne bénéficie à personne, estime-t-il. Beaucoup, dont moi et l’entier des candidats, ressortons perdants. Cette situation pourrait nous coûter un siège au National, avec une situation déjà pas facile à l’interne du parti. Même si nous nous apprécions peu, Fabienne Despot a de réelles compétences politiques que je reconnais.»

Autre élu que certains soupçonnent: Guy Parmelin, conseiller national et candidat malheureux au Conseil des Etats en 2011. En exprimant publiquement un avis tranché sur l’affaire, appelant au retrait de Fabienne Despot, il a attiré les critiques. «Il a entretenu la polémique pour écarter Fabienne Despot, lui préférant d’autres candidats», ose une personne influente dans le parti.

L’intéressé réagit fermement à ces attaques. «Je démens formellement ces insinuations. Ce n’est pas Parmelin mais le congrès du parti qui désigne les candidats.» Il dit comprendre que ses prises de position aient pu surprendre, mais explique avoir agi pour appeler à la sortie de crise. Et de souligner qu’il ne souhaite pas s’exprimer davantage d’ici au congrès de jeudi prochain.


«Avec l’échec, le risque de division augmente»

Interview à Oscar Mazzoleni, Professeur de science politique à l’Université de Lausanne

Pourquoi l’UDC Suisse n’intervient-elle pas alors que sa section vaudoise s’enfonce dans la crise?

Le parti suisse a une marge de manœuvre limitée, notamment auprès des sections romandes. Son action est vite perçue comme étant de l’ingérence de la part des Alémaniques. Cela crée plus de problèmes que cela n’en résout. Dans le cas de la crise vaudoise s’ajoute une affaire de personnes: les deux représentants romands à la présidence du parti national sont, de près ou de loin, parties prenantes dans cette crise. (Ndlr: Claude-Alain Voiblet est considéré comme un rival de Fabienne Despot, alors qu’Oskar Freysinger est perçu comme un proche du clan Despot.)

Pourquoi les sections romandes de l’UDC fonctionnent-elles si mal?

Les sections qui se portent le mieux sont celles qui rencontrent des succès électoraux, comme en Valais. Avec l’échec, le risque de division interne augmente fortement. L’UDC Vaud a perdu un siège au Conseil d’Etat et un autre au Conseil national. Le manque de succès donne moins de débouchés à la relève, favorisant des dissensions plus fortes.

Les conflits qui rongent l’UDC vaudoise prennent-ils leur source dans un éventuel clivage entre UDC des champs et UDC des villes?

Dans le canton de Vaud, on a essayé de trouver un compromis entre l’ancienne UDC et la nouvelle. Contrairement à la situation d’autres cantons, il n’y a pas eu de vraie scission, avec par exemple la création d’un PBD assez fort, qui aurait permis de régler pas mal de conflits internes, y compris personnels. A l’UDC Vaud, les divergences, qui sont restées dans l’essentiel toutes internes, concernent précisément plus le style et les intérêts régionaux que la ligne générale du parti. Il ne faut donc pas être surpris si la crise actuelle touche des problèmes d’incompatibilité de personnes. D’ailleurs, ce sont à peu près les mêmes protagonistes de la crise qui a explosé en 2013. Dans ce genre de cas, la seule solution est qu’au moins l’un d’eux parte, même si cela ne va pas nécessairement résoudre la question de la relève. (24 heures)

Créé: 06.08.2015, 06h54

L’UDC Suisse observe

La section vaudoise est la plus grande section romande de l’UDC. Le spectacle offert par ses crises internes a de quoi inquiéter le parti national, en vue des élections fédérales de cet automne. «C’est clair que nous suivons cela, indique Martin Baltisser, secrétaire général de l’UDC Suisse. Nous ne pouvons pas nier que la situation est délicate, mais nous faisons confiance à la section vaudoise de l’UDC pour régler cela. Elle est indépendante.» Officiellement, il n’y a que des contacts, pas d’ingérence. «Je suis en relation avec mon homologue au secrétariat de l’UDC Vaud, Kevin Grangier, mais je n’ai pas eu de contact avec la présidente, Fabienne Despot», poursuit le secrétaire général. Représentant romand à la présidence de l’UDC Suisse, le Valaisan Oskar Freysinger s’en tient à un «no comment». Il ne souhaite pas alimenter la crise dans les médias. Outre le fait qu’il a déjà fort à faire avec son double mandat au Conseil national et au Conseil d’Etat, il est perçu comme un proche du clan Despot. L’autre vice-président romand de l’UDC Suisse n’est autre que Claude-Alain Voiblet. Sa position au sein de la section vaudoise ne lui permet pas de jouer les médiateurs. «Nos deux vice-présidents romands, Oskar Freysinger et Claude-Alain Voiblet, ont une vision globale pour le bien du parti», assure pour sa part Martin Baltisser. Tous rappellent que l’UDC est un parti fédéraliste et qu’il revient à la section vaudoise de régler toute seule ses crises internes.

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