L’agresseur de «Plume» a purgé dix ans, mais n’est pas près de sortir

Lausanne Le bourreau d’une jeune prostituée à Lausanne en 2000 a purgé ses 10?ans de prison et espère un allégement de l’internement qui suit sa peine

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Palais de Justice de Montbenon. Chemise bien repassée par-dessus le pantalon, propre sur lui, relax, il affiche le visage amène, presque souriant, de celui qui veut gagner la sympathie de ses interlocuteurs. Il a trente-deux ans, mais il en paraît dix de moins. Comme si le temps s’était suspendu au cours des dix années qu’il vient de passer au pénitencier.

Assisté de son avocat, Me?Mathias Burnand, Grégoire comparaissait vendredi dernier devant le président du Tribunal correctionnel de Lausanne, Thomas de Montvallon, et le procureur Magali Bonvin pour l’audition publique anticipée du psychiatre chargé d’évaluer son cas. Plus de deux heures d’interrogations, au terme desquelles trop d’incertitudes ont conduit le magistrat à différer l’audience de la cour au complet. Celle-ci était prévue hier, afin de statuer sur son sort.

Aujourd’hui, le jeune homme serait libre si la justice n’avait alourdi sa peine de prison d’un internement pour une durée indéterminée. Car, pour les juges, sa série de violences gratuites en a fait un danger pour la société. Ils l’ont considéré comme irrécupérable en raison d’un parcours de terreur qui culmina en octobre 2000 avec l’affaire «Plume», du surnom de la jeune prostituée toxicomane qu’il a violée, tabassée, laissée pour morte, rendue tétraplégique et qui est décédée en été 2007. Une tragédie qui avait ému la Suisse entière.

Evolution positive, mais…
«L’internement commence une fois la peine de prison accomplie et la loi exige qu’à ce moment-là un tribunal examine si une telle mesure est encore indiquée», rappelle Magali Bonvin. Si l’intéressé ne se fait pas d’illusions quant à une remise en liberté prochaine, il espère bénéficier d’un assouplissement de régime, quitter Bochuz pour intégrer un centre de sociothérapie, avec au bout l’espoir d’une sortie un jour ou l’autre. Ce n’est pas encore gagné, même si le juge d’application des peines estime que les conditions sont réunies.

Après des années de mutisme, Grégoire achève en prison une préparation du CFC de boulanger. Le psychiatre genevois mandaté pour aider la justice à trancher observe une évolution positive, mais son rapport pose autant de questions qu’il apporte de réponses. «Ce qui frappe, dit-il, c’est qu’il apparaît comme le détenu parfait. Il évite les situations à risques, sans qu’on sache si c’est pour faire plaisir à l’établissement et espérer sortir plus vite, ou parce qu’il veut se protéger de ses propres réactions.»

Diagnostiqué dyssocial borderline, l’intéressé admet qu’il avait un problème à l’époque. Mais aujourd’hui, il estime qu’il n’est pas malade. «On peut le comprendre, explique le psychiatre. Il se trouve actuellement dans un milieu structuré où son trouble de la personnalité ne peut s’exprimer pleinement. Une fois à l’extérieur, un choc pourrait mettre son trouble en évidence.»

Peut-il vraiment être soigné? «Il n’y a pas de médicament pour les troubles de type dyssocial, répond le psy. Mais on peut améliorer le comportement par exemple avec une thérapie cognitivo-comportementale permettant aux gens de comprendre les conséquences de leurs actes et du coup les modifier.»

Risque de récidive
Questionné sur le risque de récidive, le médecin reste très prudent: «Il y a un risque de récidive important sans être imminent. Ce risque existe surtout si le cadre change. Une modification trop brusque de ce cadre ne lui rendrait pas service. Il est difficile de savoir comment il réagirait à la colère de quelqu’un. Tout dépend de l’ouverture qui lui sera éventuellement accordée.»

Impossible face à de telles zones d’ombre de prendre une décision quelle qu’elle soit. Raison pour laquelle tant le juge, le ministère public que le défenseur ont décidé de demander au juge d’application des peines de faire un test. Par exemple à l’institution socio-éducative en milieu fermé La Pâquerette à Genève, où le président a reçu la garantie que le jeune homme serait prioritaire parmi les Vaudois briguant une place. L’espoir renaît, mais Grégoire a perdu son sourire. Il a les yeux rougis. Il enfouit son visage dans ses mains.


Un interminable ping-pong judiciaire

Identifié par son empreinte ADN, arrêté dix mois après l’agression de la jeune femme, Grégoire avait passé près d’un an et demi en préventive avant d’être jugé. Son procès public se déroula au printemps 2003. Le Tribunal criminel de Lausanne avec jury le condamna à 10?ans de prison mais la cour refusa de suivre le procureur général, lequel avait requis 6?ans assortis d’un internement pour une durée indéterminée.

Saisie d’un recours du ministère public, la Cour cantonale de cassation décida en septembre de la même année de prononcer cet internement en dépit du jeune âge de l’intéressé. Grégoire contesta alors cette mesure devant le Tribunal fédéral. Pas convaincue de la justification d’une mesure aussi extrême, la Haute Cour retourna le dossier à la justice vaudoise pour complément d’expertise psychiatrique. Ce qui fut fait et déboucha en 2005 sur la confirmation de cet internement.

Comme tout condamné en a le droit, Grégoire demanda une libération conditionnelle aux deux tiers de sa peine, quand bien même cela était sans effet sur l’internement qui allait suivre. Cette libération lui fut refusée en juin 2009, notamment au motif qu’il peinait à se considérer responsable du décès de Plume survenu quatre ans après l’agression qui la rendit tétraplégique. Aujourd’hui encore, les rapports le concernant relèvent une absence de sentiment de culpabilité marquée. (24 heures)

Créé: 13.02.2012, 22h44

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