L’angoisse monte face aux antennes

Téléphonie mobileDes habitants inquiets pour leur santé viennent de monter aux barricades à Bex. À Orbe, une procureure va enquêter.

Au mois de février, la Suisse recense 18'813 emplacements d'antennes. Retrouvez les antennes proches de chez vous en zoomant sur la carte.


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La carte est impressionnante. Le plateau suisse est couvert d’antennes, souvent posées sur des bâtiments, assurant le fonctionnement du réseau de téléphonie mobile. Les régions alpines et le Jura apparaissent plus clairs. Le pays compte, en ce mois de février 2018, 18 813 stations, contre 2063 en 1998 et 9323 en 2003. Dans le canton de Vaud, on recense 1470 installations d’une puissance supérieure à 6 watts, qui nécessitent une mise à l’enquête publique. Ce maillage répond aux besoins d’une population équipée de 11,2 millions d’abonnements à la téléphonie mobile, soit un taux de 136%. Un chiffre qui s’explique en grande partie par les appareils d’entreprise.

La consommation n’est pas la seule à croître. L’inquiétude se manifeste aussi avec virulence en raison de publications qui pointent les risques sanitaires pour la population – de l’insomnie au cancer en passant par la dépression – que pourraient présenter les ondes de la téléphonie mobile. Le sujet est controversé (voir ci-dessous). Qu’importe? Les opposants invoquent le principe de précaution et affûtent leurs réflexions. Le dernier exemple en date se présente à Bex où un projet de l’opérateur Salt Mobile, sur l’Hôtel Le Cèdre situé à l’avenue de la Gare, vient de liguer 36 opposants contre lui. Il s’agit d’une zone peuplée et, dans un rayon de 200 mètres, se trouvent des restaurants, un cinéma, la grande salle et un centre scolaire.

Et c’est justement la prolifération des antennes qui fait peur à certains. Non loin du projet de Salt se trouve, sur un immeuble habité et abritant un garage, une installation de l’opérateur Sunrise. «Il y aurait donc une concentration d’antennes dans un rayon de moins de 120 mètres», relèvent les opposants, emmenés par Pierre-Yves Pièce, un ingénieur en informatique engagé dans la défense du patrimoine et de l’environnement. «la puissance d’émission afficherait une augmentation de 153% dans le quartier», ajoutent-ils.

Lieux «sensibles»

Pour la Confédération, les immeubles habités ou régulièrement occupés, comme les écoles, ainsi que les places de jeux sont considérés comme des «lieux à utilisation sensible» (LUS). Les dossiers doivent respecter des normes restrictives d’exposition aux ondes. Les calculs font l’objet de contestations. À Bex, les opposants relèvent que la limite n’est pas respectée dans le hall de l’hôtel. «Il s’agit d’un lieu de séjour momentané», répond Salt. L’opérateur juge donc que les règles fixées par la Confédération sont respectées.

À Orbe, la bataille des calculs, liée à un autre projet de Salt que la Municipalité a refusé, se réglera en justice pénale. Une centaine d’opposants s’étaient manifestés. Aidés par un expert, certains ont décelé des fautes dans des données pourtant vérifiées par les services cantonaux. Salt a produit une nouvelle fiche de calculs, elle aussi validée par les autorités vaudoises. Le Canton invoque le droit à l’erreur dans la gestion d’un dossier complexe. Mais, selon deux opposants, c’est une manipulation. L’an dernier, ils ont déposé une plainte pour faux dans les titres et tentative d’escroquerie. Une procureure doit encore instruire l’affaire.

Un autre combat, semblable, se déroule à Moutier, dans le Jura bernois. Une contestation collective dirigée, de nouveau, contre un projet de Salt a récolté 812 signatures. Les oppositions de Bex, d’Orbe et de Moutier se réfèrent à une personnalité, Léon Warnier, un juriste habitant Orbe. Cet homme né en 1955 explique qu’il a été diagnostiqué «électrohypersensible», une souffrance physique provoquée par la proximité de champs électromagnétiques, par un éminent médecin parisien. Il raconte qu’il a frôlé la mort en 2016. Il vit désormais protégé: «Je porte une tenue complète tissée en fil d’argent et un voile facial en fil d’argent. Je n’enlève ça que pour manger et prendre une douche.»

Normes laxistes?

Selon lui, les normes suisses sont laxistes. Il se réfère aux recommandations de scientifiques regroupés au sein de l’Académie européenne de médecine environnementale qui préconisent des limites 26 fois inférieures, voire 260 fois pour les habitants électrosensibles. Léon Warnier affirme aussi que l’attitude fédérale est «dictée par les besoins de l’industrie». Une industrie épinglée en raison des indications qu’elle fait figurer sur Internet.

Salt affiche une couverture parfaite à Bex. Pourquoi poser de nouvelles antennes? «Actuellement la quantité de données transmises par les réseaux mobiles en Suisse double tous les 9-12 mois. Dans un secteur donné, les utilisateurs se partagent la capacité des seules antennes se trouvant à proximité, réduisant ainsi mathématiquement les débits de téléchargement pouvant être atteints par chaque utilisateur si de nouvelles antennes ne sont pas construites ou si leur puissance n’est pas mise à niveau», répond Salt.

Mais sous les antennes, une bonne partie de la population reste sereine. Ainsi, dans un immeuble lausannois qui abrite depuis plusieurs années une station de téléphonie mobile, une habitante assure ne rien ressentir en relevant qu’elle n’est pas sensible aux ondes. Selon elle, les autres locataires ne se plaignent pas. Roland Hermann, le garagiste bellerin qui a accepté la pose d’une installation de Sunrise en 2005 sur son immeuble, assure aussi que tout va bien. Il perçoit un loyer annuel versé par l’opérateur dont il ne donne pas le montant. Il témoigne aussi de la virulence du débat: «À l’époque, j’ai reçu des menaces.» (24 heures)

Créé: 23.02.2018, 06h38

«Pas d’impact scientifiquement établi»

Si l’opposition s’accentue, c’est aussi parce que la 5G, le futur réseau mobile ultrarapide, va bientôt s’implanter en Suisse. L’opérateur Swisscom vient d’annoncer son intention de commencer les travaux cette année encore. Dans le même temps, les Médecins en faveur de l’Environnement mettent en garde contre un éventuel assouplissement des règles sur le rayonnement des antennes de téléphonie mobile. Le Conseil des États, qui avait refusé une augmentation des valeurs limites en décembre 2016, doit de nouveau voter sur le sujet en mars. Les normes suisses sont décrites comme dix fois plus restrictives que celles de l’Union européenne. Cet argument, qui peut rassurer les habitants inquiets, est aussi utilisé par les opérateurs qui demandent davantage de souplesse.

Dans ce débat, la Confédération reste prudente. L’Office fédéral de l’environnement cite un rapport de 2013: «Le niveau d’exposition aux installations émettrices fixes est en général bas, ce qui est réjouissant, et, à ce niveau, aucun impact sanitaire n’a pu être mis en évidence scientifiquement jusqu’à présent. Les observations sur le long terme reposant sur une méthode solide sont, cependant, presque inexistantes. Il n’est pas possible pour l’heure de faire une évaluation fiable des éventuels risques sur le long terme.»

Et que dit Berne des médecins environnementalistes européens qui préconisent des limites de 26 à 260 fois plus basses? «Leurs valeurs limites ne reposent pas sur une revue systématique de la littérature scientifique. Parmi les scientifiques et médecins, l’évaluation des risques sanitaires de la téléphonie mobile peut varier. Pour fixer ou, le cas échéant, changer les niveaux des valeurs limites, le Conseil fédéral s’appuie sur l’opinion admise par la majorité des scientifiques.»

La consommation explose

Accès à Internet

L’accès à Internet par le réseau de téléphonie mobile a explosé en dix ans. L’apparition, ces dernières années, de la troisième et de la quatrième génération de la téléphonie mobile (3G et 4G) a favorisé une forte croissance du transfert simultané de données numériques à haut débit et de la voix. Mesuré en gigabytes, le volume total des données transférées était inférieur à 5 millions en 2009. En 2013, il se situait à 35 millions. Trois ans plus tard, le volume dépassait les 260 millions.

Abonnements

Il est difficile de se souvenir que la téléphonie mobile balbutiait au début des années 90. En 1997, la Suisse comptait un million d’abonnements. En 2016, dix fois plus: 11,2 millions. Le taux de pénétration est de 136% (en raison des abonnements professionnels notamment). La Suisse se classe juste derrière l’Autriche et l’Italie sur le podium international.

Mises à l’enquête

Les responsables de l’environnement du Canton de Vaud recensent ces derniers temps entre 160 et 180 mises à l’enquête d’installations de téléphonie mobile en rythme annuel. Il ne s’agit pas seulement de nouveaux emplacements: les modifications sont fréquentes. Le niveau de changement est élevé depuis 2014-2015, en raison de l’apparition de la technologie 4G.

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