L’armée livre par les airs l’eau que le ciel refuse aux vaches

AgricultureComme en 2015, l’État ravitaille les alpages frappés par la canicule. Souvent par la route, parfois avec l’aide des forces aériennes.

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Les pales du Super-Puma décoiffent les journalistes et effeuillent quelques arbres mais ne semblent pas perturber les 68 vaches laitières de Grégoire Martin. Pas plus que ses 92 génisses. Pourtant c’est bien pour étancher leur soif que l’hélicoptère de l’armée enchaîne les allers-retours entre le lac de l’Hongrin et l’alpage de Culand, sur les hauteurs de Rossinière. C’est l’une des missions menées dans le cadre du dispositif ALPA 18, mis en œuvre par le Canton et l’État-major cantonal de conduite (EMCC) pour approvisionner en eau les alpages vaudois touchés par la sécheresse.

Grégoire Martin fait partie de la cinquantaine d’agriculteurs qui ont déjà sollicité l’aide de l’État depuis la mise en place d’une permanence téléphonique, lundi. Parmi eux, seule une dizaine verront leur stock d’eau rechargé par les airs. «Nous limitons les rotations pour des questions de coût et d’impact écologique, explique Denis Froidevaux, chef de l’EMCC. Dans certains secteurs, des camions-citernes peuvent être utilisés tandis que deux bassins de rétention ont été installés au bord du lac de Joux à L’Abbaye et sur la place d’armes des Rochats, au-dessus de Provence. Les exploitants disposant du matériel nécessaire peuvent s’y ravitailler.»

Les privés par la route

L’alimentation par voie aérienne a été confiée à l’armée tandis que des entreprises privées assurent le transport routier. Les moyens non aériens coûteront entre 60 000 et 80 000 francs à la Direction générale de l’agriculture, de la viticulture et des affaires vétérinaires (DGAV) du Canton.

Avant que l’armée ne vole à son secours, ce mardi, Grégoire Martin assurait lui-même l’approvisionnement de son alpage par la route. Des allers-retours à longueur de journée, six jours sur sept, entre Rossinière et son exploitation à 1630 mètres d’altitude. «Mon employé ne faisait plus que ça depuis trois semaines, 1 h 30’ de route pour apporter 2000 litres à la citerne. Mais nous n’avions pas le choix, en 13 ans ici, je n’ai jamais connu une telle situation. Il fait chaud et il y a du vent sans arrêt, mes captages habituels sont complètement à sec», raconte l’agriculteur. L’hélicoptère est plus efficace, lui qui apporte environ 1500 litres par vol, sachant qu’une vache en consomme entre 100 et 150 par jour.

L’orage n’a rien changé

«L’orage survenu lundi soir n’a rien réglé, l’affirmer c’est n’avoir rien compris à ce qu’est le besoin agricole en eau, souligne Philippe Leuba, conseiller d’État, chargé de l’Agriculture. La période avril-juillet que nous connaissons est la moins pluvieuse depuis 1921.» Et de préciser que 40 000 bêtes estivent actuellement dans le canton, la moitié dans les Préalpes, l’autre dans le Jura vaudois. «La neige fond plus vite qu’avant et c’est nouveau d’être confronté à une telle pénurie», analyse Jacques Henchoz, suppléant du directeur général de la DGAV. Le regard posé sur les montagnes, il enchaîne: «Tout le massif est noir. D’habitude la fonte tardive approvisionnait les alpages jusqu’à la fin de l’été, mais désormais, même sans la canicule ça peut être compliqué.»

Ce dispositif cantonal (ndlr: Fribourg a également le sien, depuis mardi) est pour l’instant planifié jusqu’à la fin du mois d’août, tout en étant réévalué au jour le jour. S’il avait déjà été déclenché en 2015, il est cette année «de moins grande ampleur», précisent les responsables.

Investir dans le stockage

«Depuis 2015, nous avons incité les exploitants à mieux s’équiper pour stocker l’eau destinée au bétail. Une dizaine l’ont déjà fait tandis qu’une vingtaine ont lancé des procédures, parfois soumises à des recours», rapporte Philippe Leuba. Le propriétaire de l’alpage de Culand, dont Grégoire Martin est locataire, projette ainsi de construire un bassin de rétention de 500 m3.

Pour l’heure, seule sa cuve de 120 000 litres est disponible. En vol stationnaire au-dessus de celle-ci, le Super-Puma fait lentement descendre son seau rempli d’eau. Au sol, deux aides le guident jusqu’à l’orifice. Il décharge et repart. En fonction des besoins et de la capacité des points d’eau, l’État peut puiser dans le lac Léman, le lac de Joux ou encore dans la Sarine ou la Grande Eau. «Bref, de l’eau suisse», glisse avec malice Denis Froidevaux, en référence à l’épisode de 2015, lorsque l’armée s’était approvisionnée dans le lac français des Rousses. (24 heures)

Créé: 07.08.2018, 22h19

En chiffres

50

agriculteurs ont déjà fait appel au dispositif d’approvisionnement. Parmi eux, une dizaine seront ravitaillés par hélicoptère, l’accès à leur exploitation étant impossible pour un camion-citerne.

150

litres d’eau peuvent être consommés quotidiennement par une seule vache. Elles sont actuellement 40 000 dans les alpages vaudois, entre les Préalpes et le Jura.


50

mètres cubes d’eau sont à disposition dans chacun des deux bassins de rétention installés lundi au bord du lac de Joux et sur la place d’armes des Rochats. Les exploitants peuvent s’y ravitailler directement.

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