L’avenir de Pascal Broulis pose un problème au Conseil d’Etat

Changement de législatureLe ministre radical des Finances ne veut pas être le «comptable de la gauche». Il se voit en patron des Infrastructures, et même président de la cohabitation…

Des anciens et une nouvelle (de g. à dr.): le chancelier Vincent Grandjean, la Verte Béatrice Métraux (au Département
de l’intérieur depuis janvier 2012), la radicale Jacqueline de Quattro (à la Sécurité et à l’Environnement depuis 2007), le radical Pascal Broulis (aux Finances depuis 2002, président depuis 2007), la socialiste Anne-Catherine Lyon (à la Formation et à la Culture depuis 2002), le socialiste Pierre-Yves Maillard (à la Santé et à l’Action sociale depuis 2004), le libéral Philippe Leuba (à l’Intérieur dès 2007, à l’Economie depuis janvier 2012) et la socialiste Nuria Gorrite, élue le 2 avril dernier.

Des anciens et une nouvelle (de g. à dr.): le chancelier Vincent Grandjean, la Verte Béatrice Métraux (au Département de l’intérieur depuis janvier 2012), la radicale Jacqueline de Quattro (à la Sécurité et à l’Environnement depuis 2007), le radical Pascal Broulis (aux Finances depuis 2002, président depuis 2007), la socialiste Anne-Catherine Lyon (à la Formation et à la Culture depuis 2002), le socialiste Pierre-Yves Maillard (à la Santé et à l’Action sociale depuis 2004), le libéral Philippe Leuba (à l’Intérieur dès 2007, à l’Economie depuis janvier 2012) et la socialiste Nuria Gorrite, élue le 2 avril dernier. Image: Jean-Bernard Sieber / ARC

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Faut-il conjuguer la nouvelle au présent ou déjà à l’imparfait? Tout dépend de l’heure à laquelle vous lisez ces lignes. L’enjeu tenant du futur proche, autant le dire ainsi: ce lundi matin, au Château dès 7?heures, les sept membres du nouveau Conseil d’Etat vaudois se sont retrouvés une deuxième fois pour négocier la répartition des départements dont ils prendront la direction le 1er juillet, premier jour de la législature qui courra jusqu’en 2017.

Les ministres doivent aussi désigner celui d’entre eux qui présidera leur collège pendant ces cinq prochaines années. Pour le cas où la discussion traînerait en longueur, une autre séance est agendée à demain matin. Cela pourrait servir. Car la distribution des rôles au sein de la nouvelle équipe s’est révélée plus difficile qu’on a pu le croire dans un premier temps (24?heures du 3 avril).

Etats d’âme radicaux
Réduit au rang de minoritaire après avoir été le premier à conserver la présidence du Conseil d’Etat pendant tout un quinquennat, le radical Pascal Broulis met ses collègues sous pression. Comme il le leur a fait savoir, il craint pour sa «visibilité» et se refuse à être le «comptable de la gauche». Selon lui, tel serait son sort s’il devait rester ministre des Finances pendant cinq nouvelles années, après l’avoir été pendant dix ans quand la majorité était encore à droite.

A la surprise générale, le «ministre-président» a manifesté avec passablement d’agitation ses états d’âme lors d’une première rencontre à huis clos en vue de la répartition des maroquins. Cela s’est passé le mercredi 4 avril, trois jours après les élections qui ont donné la majorité gouvernementale à la gauche, et juste avant le début des vacances pascales.

Chacun bien à sa place
A ce moment, la socialiste Anne-Catherine Lyon – présidente de l’exercice de répartition au titre de doyenne du Conseil d’Etat – escomptait encore que chacun trouvât sa place en un tournemain, sans qu’il soit nécessaire de contraindre qui que ce soit par un vote. A ce qui se dit aux étages supérieurs de l’Etat, ses collègues espéraient la même chose, histoire de démontrer que leur désir de collégialité n’est en rien affecté par le renversement de majorité.

Ces ministres le pensaient d’autant plus sincèrement que tous, après une analyse des éventuelles opportunités offertes par la situation, se sont trouvés, au bout du compte, plutôt bien là où ils sont déjà. Que ce soit depuis le début de la législature (Anne-Catherine Lyon, Jacqueline de Quattro, Pierre-Yves Maillard) ou après l’élection complémentaire de décembre dernier (Philippe Leuba, Béatrice Métraux).

Corvée présidentielle
L’affaire ne semblait donc pas compliquée. Un seul magistrat de l’ancienne équipe est sur le départ: le Vert François Marthaler, chef des Infrastructures. Un département pour lequel la seule nouvelle élue, la socialiste Nuria Gorrite (actuelle syndique de Morges), a témoigné son plus vif intérêt pendant la campagne. Son parti ne la voit du reste pas ailleurs, comme il l’a encore confirmé mardi 3 avril à l’interne, lors d’une séance de coordination avec une délégation des Verts.

Lors de la même réunion, les alliés de la liste de gauche ont lourdement insisté auprès du conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard pour qu’il ne se dérobe pas à la fonction de président du nouveau gouvernement. De leur point de vue, elle lui revient doublement, comme mieux élu de tous les partis et leader de la nouvelle majorité.

Cela n’allait pas de soi. Car, au sens de l’actuel chef du Département de la santé et de l’action sociale, cette mission de représentation et d’organisation des travaux du Conseil d’Etat est une corvée pourvoyeuse d’honneurs dont il n’a rien à faire. Et, surtout, elle est dispendieuse d’un temps qu’il préférerait utiliser pour faire avancer les dossiers qui lui tiennent à cœur. Le socialiste n’en a pas moins accepté d’assumer ce rôle en parallèle avec la direction de son département, voire d’un autre si le marchandage interministériel finissait par l’imposer.

Trop belle brèche
Cette modestie dans l’appréhension de la mission présidentielle aurait dû contribuer au règlement rapide de la répartition des portefeuilles. Décidé à n’assumer que les tâches élémentaires du primus inter pares, Pierre-Yves Maillard avait fait comprendre que la gauche laisserait de bon gré à Pascal Broulis la présidence de la Conférence des gouvernements cantonaux. Le radical avait ainsi l’assurance de conserver une part majeure des relations extérieures, quitte à détourner quelque peu l’esprit de la loi sur l’organisation du Conseil d’Etat qui attribue la «conduite» de cette activité au président. C’était sous-estimer ce talent qu’a Pascal Broulis pour la lutte au corps à corps. La gauche était-elle prête à lui céder une sorte de vice-présidence? Le radical n’y a pas vu une concession mais une brèche. D’où le coup d’esbroufe qu’il a ménagé à ses collègues le 4 avril.

Alors que la séance préliminaire du nouveau gouvernement était déjà bien avancée, le magistrat s’est lancé dans une tirade dont il est ressorti que le Département des infrastructures pouvait l’intéresser. Comme d’ailleurs le Service des sports, pourtant logé au Département de l’économie que tient un autre néo-minoritaire, le libéral Philippe Leuba. Cette suggestion a provoqué un agacement suffisamment partagé pour que la suite de la discussion soit remise à un jour meilleur.

L’endurance du lutteur
Proche de Pascal Broulis, l’avocat lausannois Nicolas Gillard confirme que son parti convoite les Infrastructures. Sur cette voie, le ministre radical pourrait alors revendiquer la présidence du Conseil d’Etat qui, selon la nouvelle majorité, est absolument incompatible avec la direction du Département des finances. Nicolas Gillard argumente: «Compte tenu de l’excellente réélection des trois conseillers d’Etat libéraux-radicaux et de la majorité que la droite conserve au parlement cantonal, Pascal Broulis a toute la légitimité nécessaire pour devenir le président de la cohabitation.»

Aussi l’avocat radical prévient-il: «Les négociations pour la répartition des départements pourraient prendre davantage de temps que prévu.» Car Pascal Broulis est ainsi: sur le ring, il ne cherche pas le k.-o. mais à faire durer le combat jusqu’à ce que l’adversaire jette l’éponge.

Créé: 23.04.2012, 08h18

Question d’équilibre

Le poids des départements sur la balance de la cohabitation!

Un département, cela pèse plus ou moins. Au cours de la législature qui s’achève, la gauche, bien que minoritaire, n’a pas eu à se plaindre. Chacun de ses élus tenait un des trois départements de la catégorie des poids lourds: Infrastructures; Santé et Action sociale; Formation, Jeunesse et Culture. Devenue majoritaire, la gauche compte les conserver et prendre de surcroît la présidence du Conseil d’Etat.

En présentant des revendications maximales, Pascal Broulis manœuvre dès lors pour défendre les positions menacées de l’ancienne majorité. La gauche envisage en particulier d’enlever au Département des finances le très névralgique Service du personnel pour le confier à la Chancellerie. Conformément aux dispositions légales prévoyant son rattachement à la présidence, le Contrôle cantonal des finances pourrait suivre le même chemin.

Mais à trop rabaisser les trois ministres libéraux-radicaux, la gauche exposerait ses projets aux rétorsions de la droite qui reste majoritaire au parlement. Des entités administratives pourraient donc changer de département pour offrir suffisamment de «visibilité» à la minorité gouvernementale.

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