L’aventurier continue avec ses filles à rêver plus grand

PortraitQue Mike Horn soit à l’antenne sur M6 ou en bateau direction l’Alaska, les expéditions nourrissent son âme

Image: Odile Meylan

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La poignée de main de Mike Horn est puissante. Comme l’intensité de ses mots lorsqu’il évoque l’importance des valeurs familiales en plantant ses yeux bruns dans les vôtres. «Paps’, voilà le document que tu attendais», lui dit Annika. Dans le petit bureau lausannois qui leur sert ponctuellement de QG, l’échange entre Mike Horn et ses deux filles – Annika et Jessica – semble doux et simple, le trio alternant spontanément entre le français et l’anglais. Depuis le décès en 2015 de Cathy, l’épouse et mère, pilier de la famille emportée par le cancer, la relève a repris son rôle d’organisatrice d’expédition: Annika en charge de la production et des médias, et la cadette à l’opérationnel et aux finances. «Notre père peut parfois être difficile à suivre. On est les seules qu’il écoute», observe cette dernière. Et sa sœur de renchérir: «En fait, c’est lui l’enfant de la famille.»

Devant le nouveau coffret «Mike Horn» réunissant deux de ses ouvrages sur ses exploits passés, le natif de Johannesburg devenu Suisse hoche la tête puis sourit: «Ce n’est qu’une petite partie, le début de tout. Mais j’ai encore des rêves. C’est seulement quand tu as une base solide que tu peux construire tout ce que tu souhaites.» Il en veut pour preuve les valeurs transmises par son père qui lui a appris à voir grand. «Mon héros, c’était lui, pas Superman. Le matin, je me levais à 6 heures pour courir en sa compagnie. Je pensais qu’il faisait ça pour s’entraîner, devenir meilleur, mais quand je lui ai posé la question, il m’a dit: «C’est toi qui m’inspires.» Il m’a donné beaucoup de liberté et le sens des responsabilités qui va avec.» À leur tour, en devenant parents, Cathy et lui ont construit une cellule familiale à leur image. «À l’époque, la presse m’a critiqué en disant que j’étais un père absent. Ma vie, c’est l’aventure mais elle doit bouleverser le moins possible celle de mes enfants.» Le couple avait alors décidé que la maison de Château-d’Œx resterait le lieu stable où Cathy élèverait les filles au quotidien. Pour atténuer les départs douloureux pendant de longues périodes, la famille irait rejoindre l’aventurier dans ses expéditions. «Peu d’enfants ont pu, comme mes filles, découvrir l’Amazonie, la Sibérie ou le désert de Gobi. J’en profitais à chaque fois pour leur apprendre quelque chose sur place.»

La peur est ma maison

Après treize tours du monde, l’exploration des cercles arctiques, la traversée à pied de chaque continent ou l’ascension des plus hauts sommets de l’Himalaya, Mike Horn a-t-il encore peur? «Mais la peur est ma maison, là où je suis constant. Contrairement à un enfant qui craint le noir, je sais pourquoi elle m’habite. Si tu as peur, c’est que tes rêves ne sont pas assez grands. Il faut accepter de sortir de sa zone de confort sinon il n’y a pas de progression.» Sans arrogance, Mike Horn y croit et convainc. Son partenaire d’escalade, l’alpiniste valaisan Fred Roux, voit en lui un «touche-à-tout déterminé qui ne s’impose aucune limite. Mike a découvert la montagne avec Jean Troillet, en style alpin, c’est-à-dire équipé léger et sans oxygène. À chaque expédition, comme la dernière au Pakistan ce printemps à l’assaut d’un 8000 mètres, il est toujours content d’être là, ne s’énerve pas, garde le rythme même en très haute altitude.»

Sur M6 depuis 2015, l’explorateur répète à l’envi son leitmotiv – rien n’est impossible – aux célébrités et anonymes qu’il a emmenés dans des milieux hostiles, d’abord dans «The Island», puis «À l’état sauvage» et enfin dans «Cap Horn». «Je ne suis pas là pour donner des leçons de vie. Je partage mes expériences et j’aime apprendre des autres. Un artiste, un musicien vit des émotions qui répondent aussi à des questions que je me pose.» Ces aventures permettent de mettre les choses en perspective. «Grave, ça veut dire quoi, par exemple? Pourquoi râler tout le temps?» Les dernières paroles de Cathy qui l’encourageaient à continuer à vivre pour elle après son départ résonnent encore à ses oreilles.

Toujours direct et entier, Mike Horn ne se laisse pas déstabiliser par ses détracteurs qui critiquent sa manière de se mettre en scène en format téléréalité. «Le petit écran est un moyen de partager un message, mes expériences et de toucher aussi un public plus jeune. Je dois gagner ma vie. La télévision, les conférences, les livres permettent de financer mes prochaines expéditions, les sponsors sont moins nombreux. Et l’exploration, c’est ma nourriture! Pour mon corps et mon esprit.» Il partira la semaine prochaine rejoindre l’Alaska en bateau avant de le traverser à pied… et gravir en 2019 le K2, deuxième sommet le plus haut après l’Everest, par l’arête nord. «Je vais me reconnecter à la nature, libre de construire l’après.»

La discipline plutôt que la motivation

«Mon père m’a appris que c’est la discipline plutôt que la motivation qui te permet d’accéder à tes objectifs», relève Annika. En effet, ce mot revient régulièrement dans le discours de l’aventurier. «Quand il fait – 50 °C, que tu as encore 600 kilomètres à avaler et qu’il souffle à 200 km/h, tu crois vraiment que je suis motivé à mettre le nez hors de ma tente? Pas du tout. Là, la discipline intervient, je m’oblige à sortir de mon sac de couchage, à manger un truc et la discipline conduit à la motivation, une fois que je suis prêt à marcher dans le froid.»

À 52 ans, Mike Horn entend souvent la même question. «Tu arrêtes quand?» Et de répondre: «La vie prendra la décision pour moi. 2019 s’annonce déjà comme l’année la plus active de ma vie.»

*«Mike Horn» Le coffret, Éd. XO (24 heures)

Créé: 14.12.2018, 10h16

Bio Express

1966
Naît le 16 juillet à Johannesburg dans une fratrie de quatre enfants.
1983
Est engagé dans les forces spéciales sud-africaines. Devient lieutenant à 18 ans et part se battre en Namibie.
1989
En parallèle de ses études universitaires en économie, travaille dans la société d’import-export de fruits et légumes de son oncle.
1990
Décide de tout quitter et de recommencer sa vie à zéro. Direction la Suisse. Arrive à Château-d’Œx par hasard en stop. Il y rencontrera Cathy, sa future femme.
1993
Naissance d’Annika suivie un an plus tard de Jessica.
1997
Première longue expédition où il traverse l’Amérique du Sud en solitaire et descend l’Amazone en hydrospeed.
2002
Se lance dans
le tour du monde par le cercle polaire.
2008
Expédition Pangaea, tour du monde en bateau avec des jeunes pour mettre en place des projets écologiques.
2015
Début sur M6 avec «The Island».

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