L’école vaudoise, «fluide, perméable et apaisée»

FormationPlus de 125'000 jeunes de 4 à 18 ans retourneront à l’école lundi. Anne-Catherine Lyon, la ministre de la Formation, se réjouit du nouveau système à deux voies au secondaire I.

La cheffe du Département de la formation, Anne-Catherine Lyon, vit peut-être sa dernière rentrée scolaire.

La cheffe du Département de la formation, Anne-Catherine Lyon, vit peut-être sa dernière rentrée scolaire. Image: MARIUS AFFOLTER

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Lundi prochain, 91'134 enfants de 4 à 15 ans feront leur rentrée des classes dans le canton de Vaud. C’est le chiffre le plus haut jamais esquissé par l’Etat pour une rentrée. A côté, le canton comptera aussi 12'656 gymnasiens et plus de 22'000 apprentis. La conseillère d’Etat socialiste Anne-Catherine Lyon – dont ce pourrait être la dernière rentrée – a publié mardi ces chiffres lors de sa traditionnelle conférence de presse de rentrée. Elle parle désormais d’une école vaudoise «fluide» et «perméable». Interview.

Depuis 2002, c’est votre quinzième rentrée. Etes-vous lassée?
Non. J’adore ce moment, ce rituel et ces rencontres. On sent que nous sommes juste avant que les choses ne redémarrent, avant que les professionnels prennent en charge les élèves. Tout est prêt, comme avant une fête.

Tout le monde attend de savoir si vous vous présenterez à nouveau l’an prochain. Est-ce votre dernière rentrée?
Je ne répondrai pas aujourd’hui. J’ai pris ma décision, forgée au fil des mois, et je la communiquerai d’abord à mon parti.

Pourquoi vouloir attendre jusqu’à l’échéance de septembre, fixée par votre parti, alors que votre réponse est attendue depuis de nombreux mois?
C’est lié à ma personnalité. Il y a un temps pour toute chose. Cette démarche approfondie ne donne aucune indication, ni dans un sens ni dans l’autre.

Les élèves qui ont terminé leur scolarité en juin sont les premiers à avoir suivi tout leur cursus secondaire (9S-11S) sous le régime de la nouvelle loi sur l’enseignement obligatoire (LEO). Quels effets bénéfiques y voyez-vous?
Il y a entre autres la perméabilité du système qui permet aux élèves de changer de voie dans leur cursus sans devoir redoubler. Ainsi les élèves de voie générale peuvent passer directement en voie prégymnasiale l’année suivante. A l’inverse, certains écoliers de prégymnasiale peuvent aussi passer en voie générale. Ce système est exigeant dans les deux sens. Dans l’ancien système, il était très difficile de changer de voie et certains devaient y rester jusqu’au bout de leur scolarité. Preuve que ce système fonctionne, la question de l’orientation n’est plus présente dans les courriers que je reçois des parents d’élèves. Cette angoisse a disparu et le nombre de recours est en baisse. J’ai toujours pensé que la formation académique et la formation professionnelle ont une valeur égale. Les gens le ressentent également désormais.

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Quelles ont été les mauvaises surprises?
Nous avons identifié certains points, notamment en ce qui concerne la maîtrise de classe, ce dont nous avons discuté avec les syndicats ainsi que l’Association des directrices et des directeurs d’établissements. Les maîtres de classe de voie générale regrettent de ne pas pouvoir suffisamment suivre leurs élèves au quotidien, à cause des options et des niveaux dans trois branches. Mais de nouveaux modèles se mettent en place dans certains établissements, où émerge la notion de maître référent.

Les notes, réintroduites à presque tous les niveaux, et la montée en puissance des épreuves cantonales font-elles renaître le stress des écoliers?
Non. Les enfants eux-mêmes convertissaient leurs appréciations en notes. Aujourd’hui, plus personne ne s’inquiète de la thématique des notes. Cela dit, même si le débat est apaisé, la question reste importante. C’est un débat perpétuel.

Les chiffres montrent que le nombre d’élèves en voie prégymnasiale augmente. La LEO est-elle une machine à fabriquer des intellectuels?
Cette augmentation est un compliment qu’on pourrait faire à la LEO car on n’est jamais trop formés. En réalité, ce qui est frappant, c’est la grande stabilité de la répartition entre les voies. Les maturants académiques, c’est-à-dire les élèves qui suivent une maturité gymnasiale, restent une petite proportion. Ainsi seuls 37% des jeunes suivent une formation au gymnase, un chiffre similaire à ce qu’il était en 2002. Par ailleurs, une grande partie d’entre eux suivent leur formation en école de commerce ou en école de culture générale des gymnases.

Que répondez-vous aux critiques des enseignants qui se plaignent fréquemment d’une école devenue trop bureaucratique?
Nous avons des discussions très ouvertes avec les syndicats. Ils sont les premiers à demander des directives pour garantir l’égalité de traitement entre les établissements. Nous sommes tous désireux d’avoir des règles pour harmoniser les pratiques. Les directives émises par le département ne sont pas si nombreuses. Certaines réglementations sont définies par les établissements eux-mêmes ou les communes. Les parents sont également demandeurs, par besoin de transparence. Je ne me lève pas le matin en me disant: «J’ai une petite demi-heure de libre, je vais faire une directive.»

Est-il normal que certains élèves disposent de matériel informatique de pointe, comme des tableaux interactifs, et d’autres pas? Qu’en est-il des négociations que vous menez avec les communes sur l’équipement scolaire?
Nous avons une approche raisonnablement ouverte, sans succomber à toutes les modes. Les communes, qui ont la responsabilité des infrastructures, ont à cœur de faire au mieux pour leurs enfants. Il est juste que nous n’achetions pas de tablettes pour tous les élèves. Avec 90'000 écoliers, cela aurait un coût très élevé. Aujourd’hui, presque tous les bâtiments scolaires ont un accès Internet. Il n’existe pas de grande disparité, à l’exception de classes isolées. Le réseau informatique des écoles est l’un des plus importants de l’administration. Nos enseignants utilisent beaucoup les moyens informatiques durant leurs cours. (24 heures)

Créé: 17.08.2016, 06h46

Mieux accueillir les jeunes migrants

Les jeunes migrants qui viennent d’un pays en guerre demandent une attention particulière à l’école. Pour répondre au mieux à cette problématique délicate, l’Etat de Vaud a créé un pôle Migration/Accueil au sein de la Direction générale de l’enseignement postobligatoire, en collaboration avec l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM). Cela fait partie des divers défis auxquels fait face l’école vaudoise, selon les annonces faites mardi devant les médias par la ministre socialiste Anne-Catherine Lyon.

«Il s’agit de savoir où il est mieux d’enclasser des enfants allophones – dont la langue maternelle n’est pas le français –, selon que leur pays d’origine est stable ou en guerre», explique Anne-Catherine Lyon. Si les plus petits peuvent facilement apprendre le français au contact de leurs camarades, c’est plus difficile pour les plus grands. Pour ces derniers – c’est-à-dire dès 12 ans –, l’Etat de Vaud va renforcer son offre en classes d’accueil, avec 200 places supplémentaires. Résultat: 428 jeunes allophones seront intégrés au secteur Accueil dans l’Ecole de la transition, qui remplace l’Organisme pour le perfectionnement scolaire, la transition et l’insertion professionnelle (OPTI).

L’un des autres défis principaux de l’école vaudoise reste la démographie, selon Anne-Catherine Lyon. «C’est une force colossale», souligne-t-elle. Conséquence: le nombre global des élèves ne cesse d’augmenter. Si 91'134 élèves sont attendus lundi prochain pour l’école obligatoire, cela représente environ 10'000 enfants de plus qu’en 2002. Le total de 125'000 jeunes en formation dans le canton (en comptant les 12'656 gymnasiens et environ 22'000 apprentis) augmente quant à lui de 1,8% par rapport à l’an dernier.

Cette rentrée prouve aussi le succès de la maturité français-anglais, mise en place il y a deux ans. Elle était prévue à l’origine pour 24 gymnasiens, mais 115 ont été séduits l’an dernier et 150 pour l’année scolaire qui vient. La maturité bilingue français-italien a par contre plus de mal à décoller. La première volée n’est composée que de trois gymnasiens. «Le bassin de recrutement – composé des étudiants qui ont suivi des cours d’italien au collège et au gymnase – est plus petit», explique Séverin Bez, directeur général de l’enseignement postobligatoire.

Seul à réagir mardi, le Syndicat des services publics (SSP-Vaud) a mis un bémol aux bonnes nouvelles annoncées par la cheffe de département. Il exige des «ajustements urgents» pour la voie générale, où les maîtres de classe peinent à suivre leurs élèves. La question de la 33e période d’enseignement, période supplémentaire promise dans le programme de législature du Conseil d’Etat, est également évoquée. Enfin, le lobby enseignant réclame une simplification de la «bureaucratie scolaire».

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