L’éditeur aime avant tout partager ses découvertes

PortraitCollectionneur de documents historiques, l'éditeur de L’Écho du Gros-de-Vaud les présente dans des livres et des expositions

Editeur de L'Echo du Gros-de-Vaud, Emile Favre est aussi un collectionneur invétéré qui aime partager ses découvertes au travers d'articles, de livres ou d'expositions.

Editeur de L'Echo du Gros-de-Vaud, Emile Favre est aussi un collectionneur invétéré qui aime partager ses découvertes au travers d'articles, de livres ou d'expositions. Image: Vanessa Cardoso

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«J'espère que l’article fera connaître l’exposition. Parce que plein de gens aimeront revoir des exemplaires du Journal de L’Isle ou de celui de Renens.» Malgré ses soucis de santé, Émile Favre – «Milo» pour les lecteurs – a l’œil qui pétille quand il parle de ses trésors. Et, surtout, d’une possibilité de les faire découvrir au plus grand nombre. C’est d’ailleurs le cas en ce moment avec l’exposition «Les journaux vaudois en 1937», à voir jusqu’au 15 avril prochain à la Maison du Blé et du Pain, à Échallens. Au contraire de ces collectionneurs protégeant jalousement leurs biens, son plus grand plaisir est de les partager. «J’aime offrir mes trouvailles aux gens qui n’ont pas le temps pour en chercher.» Vient ensuite la quête de l’instant rare, comme cette fois où, en 1984, il est tombé chez un brocanteur lausannois sur une carte postale envoyée en 1927 par… son propre grand-père.

Le virus remonte à son enfance. Car, pour lui, on ne devient pas collectionneur. «On l’est ou on ne l’est pas!» Il se souvient par contre parfaitement du moment où il en a ressenti les premiers symptômes. «À l’âge de 6 ans, l’église à côté de mon école a brûlé. La maîtresse nous a fait noter ensuite dans un cahier toutes les étapes du chantier de reconstruction. J’ai décidé de garder ce carnet pour toujours.»

L’anecdote est révélatrice. Elle symbolise son amour du papier, qui se matérialisera sous plusieurs formes: apprentissage du métier de compositeur typographe, édition de journaux et de livres, ou écriture d’environ un millier d’articles. Et, surtout, collection insatiable de cartes postales, gravures, magazines, cartes de géographie et autres livres de toutes thématiques, acquis au hasard de ses trouvailles. Heureusement, Dame Nature a doté Émile Favre d’une capacité de mémorisation hors norme. Vous cherchez un document? S’il l’a, il vous indiquera en quelques secondes dans quel tiroir ou à quel endroit de telle pile il se trouve.

L’histoire du carnet de chantier révèle aussi sa méticulosité et son besoin de consigner les moindres détails. Vous avez dit «perfectionniste»? Elle illustre son intérêt pour le passé. «Je ne sais pas pourquoi mais je suis très touché par les documents montrant quelque chose qui n’existe plus: un bâtiment, un paysage, un habit.» Ses préférés? Ceux permettant le jeu des vues avant-après. Il adore les publier dans les deux journaux édités avec son épouse et ses deux filles: L’Écho du Gros-de-Vaud et Clin d’œil. «Je n’aurais jamais imaginé que l’on travaille les quatre ensemble et je n’ai jamais incité mes filles dans cette direction. Mais elles sont venues d’elles-mêmes.» C’était il y a une vingtaine d’années. Aujourd’hui, Émile Favre tire une grande satisfaction de ce fonctionnement familial préservé, ayant permis aux deux titres de survivre jusque-là tout en gardant leur indépendance.

Généreux et reconnaissant «Travailler avec Émile, c’est d’abord travailler avec un bonhomme extraordinaire, d’une grande générosité et très reconnaissant envers les personnes qu’il côtoie», explique Marianne Bataillard, l’ancienne conservatrice de la Maison du Blé et du Pain ayant monté trois expositions avec lui. «Juste après, c’est travailler avec une famille étonnante, cultivant un joli esprit de clan et ayant en commun un cœur gros comme ça.»

L’édition de journaux n’a toutefois pas toujours suffi à combler les envies de partage de ce bon vivant au rire facile. Alors, depuis tout gamin, «Milo» a organisé. D’abord des matches de foot au sein de sa famille, puis des sorties avec la chorale ou ses coéquipiers du FC Échallens. À l’armée, il avait même hérité du surnom de «Cartouche», en référence au chef de bande ayant sévi à Paris au XVIe siècle. «J’ai toujours adoré réunir du monde pour des moments où il y avait de l’ambiance.»

Pas étonnant donc de l’avoir retrouvé plus tard au sein du comité d’organisation de la Cantonale des chanteurs vaudois à Échallens en 1997. Ou dans celui de la deuxième Fête du blé et du pain, une année plus tard. Mais sa plus grande œuvre, son vrai bébé, restera le 850e d’Échallens, en 1991. «En 1988, en cherchant dans des archives, je suis tombé sur l’information que la première mention d’Échallens datait de 1141. J’ai fait le calcul et me suis dit: on a trois ans pour monter quelque chose.» Ce sera huit jours de fête et un spectacle écrit par son copain Émile Gardaz. Mais aussi un événement hautement symbolique à Échallens: la première cérémonie œcuménique réunissant catholiques et protestants. «Sur la place de l’Hôtel-de-Ville. Pas dans une église, pour que tout le monde se sente chez lui», raconte-il simplement.

Tous ces souvenirs, Émile Favre peut s’y replonger lorsque sa santé l’oblige à rester alité. Mais l’homme préfère penser à l’avenir, aux prochains numéros de ses journaux ou à sa prochaine exposition. «J’imagine les panneaux, avec l’emplacement précis de chaque document. Ça m’occupe l’esprit, ça me tient. De toute manière, je n’ai pas le droit de me plaindre: tout ce que j’ai entrepris dans ma vie m’a réussi.» Deux expositions sont ainsi virtuellement déjà prêtes: une sur l’armée suisse durant la guerre de 1914-1918 et une sur le Léman d’antan. En imaginant les futures réactions des visiteurs découvrant ses trésors, Émile Favre à de nouveau l’œil qui pétille.

Créé: 24.01.2018, 10h54

Bio

1948 Naît le 17 avril à Échallens.
1963 Débute son apprentissage de compositeur typographe à l’Imprimerie Rapin, à Échallens.
1965 Rencontre Esther; se marie cinq ans plus tard.
1967 Est engagé aux Imprimeries Réunies Lausanne.
1974 Naissance de Stéphanie, suivie en 1976 par Isabelle.
1984 Est engagé à l’Imprimerie des Remparts, à Yverdon.
1991 Organise les festivités du 850e d’Échallens.
1992 Prend pour vingt ans la présidence de l’Association de développement d’Échallens et devient juge au tribunal de district.
1993 Reprend L’Écho du Gros-de-Vaud.
1995 Reprend Clin d’œil.
1999 à 2001 Publie quatre livres sur Échallens et le Gros-de-Vaud.
2010 1re exposition à la Maison du Blé et du Pain: «Églises et temples du Gros-de-Vaud».
2013 2e expo: «Échallens 1900-1960».
2017-2018 3e expo: «Les journaux vaudois en 1937». À voir jusqu’au 15 avril 2018. Voir www.bonpain.ch

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