L’enseignante de Palézieux plaide l’accident et conteste son licenciement

EcoleOui, il y a eu un pantalon baissé, mais non ce n’était pas voulu. L’enseignante renvoyée en janvier livre sa version.

C’est derrière les murs de l’école de Palézieux que s’est jouée l’affaire qui a mis un terme à la carrière d’une enseignante. Elle conteste son licenciement et les motifs qui l’ont justifié.

C’est derrière les murs de l’école de Palézieux que s’est jouée l’affaire qui a mis un terme à la carrière d’une enseignante. Elle conteste son licenciement et les motifs qui l’ont justifié. Image: DR

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«C’est un geste inimaginable pour moi et pour ceux qui me connaissent. Il faudrait être fou pour faire une telle chose délibérément devant toute une classe!» Licenciée avec effet immédiat début janvier, Éliane* avoue avoir encore du mal à réaliser ce qui lui arrive. Cette enseignante d’Oron-Palézieux s’est vu signifier ce renvoi sans préavis, pour avoir baissé le pantalon et le slip d’un élève de 4 ans devant ses camarades. «Mais je maintiens que je ne l’ai pas fait exprès», insiste celle dont la Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO) estime qu’elle a «porté atteinte à l’intégrité de ses élèves» et ce faisant «détruit la confiance» dans les rapports de travail.

Éliane revient sur ce 17 novembre où tout s’est déclenché. Lors d’un moment d’échange où les enfants sont assis sur un tapis, un petit garçon ne tient pas en place et joue avec des trous dans son pantalon. «Il n’écoutait rien, on l’a appelé plusieurs fois, mais il continuait. J’ai fait une plaisanterie sur son pantalon (je suis quelqu’un qui fait facilement des gags) je lui ai dit: «Si ce pantalon te gêne, on l’enlève!» Je l’ai fait venir vers moi et là, je reconnais que je n’ai pas eu un geste très professionnel: comme il sautillait continuellement, j’ai mis mes mains dans les poches arrière de son pantalon (ndlr: elle mime le geste consistant à contenir par le vêtement un enfant remuant) en lui disant: «Maintenant, tu arrêtes!» Il a répondu «D’accord maîtresse!» en faisant un petit saut. Cela a eu pour effet de descendre légèrement le pantalon et le slip et de faire apparaître le haut de ses fesses. Cela s’est passé en deux secondes! Tout de suite j’ai remonté le pantalon et me suis excusée. Les enfants ont ri, y compris le petit garçon et j’ai expliqué que ce n’était pas rigolo.»

Selon ses dires, le petit s’en serait retourné aux activités coutumières sans manifester de gêne. Éliane rapporte l’incident à la grand-maman de l’enfant qui vient le chercher le jour même. Celle-ci accepte les excuses et l’affaire en reste là. Il faudra attendre deux semaines pour que trois familles, autres que celle concernée, portent l’affaire plus loin, via un courriel au décanat de l’établissement d’Oron-Palézieux. La réaction en chaîne remonte jusqu’à la DGEO, avec les conséquences que l’on sait.

Méthodes mises en cause

Convoquée le jour de la rentrée de janvier, Éliane tente de s’expliquer. Sur le geste inapproprié, mais aussi sur le fait d’être revenue sur l’incident en classe sitôt l’affaire ébruitée dans le collège. «On me rapportait que l’enfant avait été choqué, ce que je n’ai à aucun moment constaté dans toute cette histoire. J’ai donc voulu m’excuser à nouveau auprès de lui et lui expliquer que ce n’était pas exprès. Mais cela a été interprété à tort comme de la manipulation.»

Elle doit aussi se justifier d’avoir usé en d’autres occasions de gestes brutaux et de commentaires rabaissants envers ses petits élèves, accusations dont elle dit ne pas «savoir d’où elles sortent». «Je suis relativement cadrante, mais pas méchante», plaide encore cette maîtresse très investie, qui totalise près de quatre décennies d’enseignement et fond en larmes en évoquant ces élèves dont elle n’a pas pu prendre congé.

Soutenue par plus de 300 personnes via une pétition adressée à la DGEO, elle peine à digérer cette fin de carrière entachant une réputation jusqu’alors jamais mise en cause: «Vu l’ampleur que cela a pris, j’aurais pu comprendre d’être avertie, je m’étais préparée à devoir quitter mon poste de doyenne car je reconnais avoir peut-être agi de manière inadaptée. Mais j’ai trouvé qu’on montait en épingle un incident unique qui était réglé, à mes yeux. En plus, cela fait du tort à un établissement qui va bien, où le directeur est top avec les parents, les élèves et les enseignants.»

Avec son conseil, Me Patrick Mangold, expert en droit des fonctionnaires, Éliane a décidé de saisir le Tribunal des Prud’hommes de l’Administration cantonale. «Nous contestons son licenciement immédiat et estimons qu’il ne s’agit pas de justes motifs, argumente le conseil. Nous contestons les faits, l’interprétation du geste, et pointons une procédure qui n’a pas été respectée: après l’entretien de ma mandante avec la DGEO, une lettre de griefs aurait dû lui être adressée pour qu’elle dispose de tous les éléments reprochés et puisse se positionner. Or sa lettre de licenciement a été postée le lendemain de l’entretien. C’est une violation crasse du droit d’être entendu.» Et de se révolter contre l’enquête sur laquelle la DGEO a fondé sa décision. Celle-ci a recueilli les témoignages de trois enfants, dont le principal intéressé, ce que cette administration avait confirmé à 24 heures lors de la préparation d’un article publié le 18 janvier. Éliane relève que les deux autres enfants entendues étaient filles des parents ayant signalé l’affaire, et que l’une des deux n’était, selon elle, pas présente le jour de l’incident litigieux. «Il est regrettable que l’on n’ait pas accordé la moindre valeur aux quelques explications qu’a pu donner cette dame, s’indigne Me Mangold. Elle méritait aussi d’être entendue.»

*Prénom d’emprunt (24 heures)

Créé: 07.02.2018, 07h36

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