«L’idéologie libérale a gagné dans la fusion du PLR»

PolitiqueLe syndic et député Serge Melly explique sa démission du Parti libéral-radical vaudois.

Serge Melly vient de fêter ses 60 ans dans son fief de Crassier.

Serge Melly vient de fêter ses 60 ans dans son fief de Crassier. Image: Vanessa Cardoso

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Syndic perpétuel de Crassier et député depuis seize ans, Serge Melly vient de quitter le Parti libéral-radical vaudois. Ce fils et petit-fils de radical appartient depuis toujours au parti. Cet agriculteur en incarne l’aile centriste depuis qu’il a pris la défense des 523 sans-papiers qui réclamaient leur régularisation au début des années 2000. Malgré ce fort ancrage, sa démission n’a surpris personne, tant les observateurs voyaient se creuser le gouffre entre lui et ses camarades députés. Il a accepté de s’exprimer sur les raisons de son départ.

Pourquoi quitter maintenant le Parti libéral-radical?
J’aurais pu attendre la fin de la législature en serrant les dents. Mais j’ai décidé de me représenter en 2017 au Grand Conseil. Et puis est-ce le hasard du calendrier parlementaire? Ces derniers mois, je ne partageais pas du tout l’avis de mon groupe sur de nombreux objets.

Sur quelles questions aviez-vous un avis divergent?
Par exemple, l’encouragement de la construction de logements dans le plan directeur cantonal. Mon groupe l’a refusé, alors que le Conseil d’Etat répondait à des motions de radicaux qui s’inquiétaient de la pénurie d’appartements.

Est-ce vous qui avez changé ou votre parti?
Il y a fort longtemps, comme président de l’arrondissement radical de Begnins, j’avais reçu l’ancien ministre français Edgar Faure dans un chalet d’alpage. Interpellé sur ses changements fréquents de partis, il s’est écrié: «Ce n’est pas moi qui change de parti, mais les partis qui changent!»

Alors c’est le parti qui a changé en fusionnant avec les libéraux?
J’aurais dû démissionner à ce moment-là. Dans la fusion entre radicaux et libéraux, il m’apparaît que c’est l’idéologie libérale qui a gagné. Le PLR vote systématiquement pour le moins d’Etat, alors que les radicaux voulaient un Etat fort. Pour Voltaire comme pour les radicaux, la loi protège la liberté et ne l’enlève pas. Cela dit, j’ai aussi changé. Mon expérience de syndic permet de voir les choses différemment et la députation ouvre l’esprit. J’ai suivi un chemin différent de ceux qui sont dans un mouvement révolutionnaire à 18 ans et achètent une villa à 50.

La fusion des libéraux et des radicaux est un échec?
La fusion a bien pris. C’est un succès. C’est un succès libéral si j’ose dire. Le leadership est devenu libéral sans qu’on s’en rende compte, sans pression. D’ailleurs, je n’ai jamais subi de contrainte. Le parti est devenu libéral parce que des personnes qui n’occupent pas forcément le devant de la scène ont une forte empreinte idéologique.

Reste que vous avez toujours été minoritaire, même comme centriste dans le Parti radical!
Oui, j’étais minoritaire, mais toujours accompagné. On était huit à dix députés. Dans mon combat pour la régularisation des 523, j’ai été soutenu par une dizaine d’élus radicaux. Maintenant je suis seul. Les autres ont quitté ou n’ont pas été réélus. Il ne reste guère qu’une collègue sensible aux questions sociales.

La perspective d’une nouvelle alliance avec l’UDC a également joué un rôle dans votre démission?
Oui, c’est la deuxième grande raison de mon départ. Au lieu de s’allier avec les petits partis comme les Vert’libéraux ou le PDC, on va travailler avec l’UDC pour les prochaines élections. Il y a des signes qui ne trompent pas. Les calculs sont faits. Les responsables du PLR estiment qu’il faut l’addition des voix pour reconquérir la majorité au Conseil d’Etat. Selon moi, cette alliance fera plutôt perdre des voix au PLR. Et, en plus, je pense que la formule hybride avec un Conseil d’Etat à gauche et un Grand Conseil à droite n’est pas si mauvaise pour le Canton. On nous annonçait que ce serait une catastrophe avec deux chevaux qui tirent à hue et à dia. Mais, en réalité, le gouvernement fait des propositions qui me paraissent bonnes, parce qu’il sait que s’il penche trop à gauche le parlement le corrigera.

Pourquoi avoir choisi de rejoindre Vaud Libre?
Avec les Verts, je ne suis pas tout à fait d’accord sur l’abandon du nucléaire. J’ai une différence de taille avec les socialistes: je suis convaincu qu’il faut créer de la richesse avant de la distribuer. Il faut assurer les conditions de la prospérité et ensuite éviter de laisser des gens au bord du chemin. J’ai trouvé mon bonheur avec Vaud Libre. C’est un groupuscule, mais il est libre, indépendant et centriste. Trois adjectifs qui me conviennent bien. Les petits partis disparaissent souvent. Mais ce mouvement arrive au bon moment. Je le vois avec la fusion projetée de ma commune. Une des inquiétudes avec ces nouvelles entités plus grandes, c’est l’arrivée des partis dans la vie locale. Avec des mouvements communaux pour la vie locale et Vaud Libre pour ceux qui s’intéressent à la politique cantonale, on tient une solution élégante.

Vous allez présenter une liste pour le district?
Oui, je compte bien présenter dix-huit candidats. La liste est déjà bien avancée.

La personne qui change de parti n’a pas une très bonne image…
C’est vrai (rire). Les gens qui changent de partis font rarement ensuite une grande carrière politique, mais les exceptions peuvent confirmer la règle! (24 heures)

Créé: 26.04.2014, 10h33

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 13 décembre.
(Image: Bénédicte) Plus...