«L'immunothérapie bénéficie à moins de la moitié des patients»

CancerLes indications des nouveaux médicaments oncologiques s'étendent, touchant de plus en plus de malades

La professeure Solange Peters, cheffe du Service d'oncologie médicale du CHUV, fait le point sur les espoirs et les limitations des nouveaux traitements.

La professeure Solange Peters, cheffe du Service d'oncologie médicale du CHUV, fait le point sur les espoirs et les limitations des nouveaux traitements. Image: CHRIS BLASER - A

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L’an dernier, 24 heures se faisait l’écho du combat d’une Vaudoise atteinte d’un cancer du poumon. Son assurance-maladie refusait de rembourser l’immunothérapie (traitement reposant sur la réactivation du système immunitaire) prescrite par ses médecins. Les choses ont évolué, depuis, en matière d’usage des anticancéreux de nouvelle génération. Leurs indications se sont élargies (lire ci-contre) et le mouvement n’est pas près de s’arrêter. Le point avec la professeure Solange Peters, cheffe du service d’oncologie médicale du CHUV et future présidente de la Société européenne pour l’oncologie médicale.

Les choses ont bien évolué en deux ans pour les médicaments d’immunothérapie.

Énormément. Ils sont désormais indiqués pour le cancer du poumon, de la vessie, des reins, de la tête et du cou… Le mouvement s’est accéléré parce que toute une série d’études prouvant leur efficacité ont abouti plus ou moins en même temps. Il y en a d’autres en cours; les indications vont s’étendre.

On parle souvent du «miracle» de l’immunothérapie. Vous confirmez?

Il faut informer les patients sur les espoirs liés à ces nouveaux traitements, mais aussi sur leurs limitations. L’immunothérapie en est à ses balbutiements. Ces traitements peuvent très bien ne pas fonctionner, exactement comme c’était le cas de la chimiothérapie. Ils bénéficient à une minorité de patients; moins de la moitié. Surtout, ils sont très peu actifs pour les indications les plus fréquentes comme le cancer de la prostate, du côlon ou du sein. J’espère que d’ici deux ou trois ans nous aurons de nouvelles options de traitements d’immunothérapie. Il est vrai que la piste est très prometteuse. Nous n’étions pas habitués aux miracles en oncologie. Grâce à l’immunothérapie, il y en a. Peu, mais il y en a.

Un exemple de rémission?

Je pense à une patiente avec un cancer de la gorge récidivant. Elle avait des métastases et a commencé l’Opdivo (lire ci-contre) il y a un an. Elle est en rémission. Pour le cancer des poumons, une personne sur cinq survit au-delà de cinq ans, défiant toutes les prévisions.

L’immunothérapie coûte cher (plus de 3000 fr. par mois pour le Keytruda). Les indications augmentent; le nombre de patients aussi. Va-t-on dans le mur, financièrement parlant?

On parle souvent du prix de ces médicaments. Ils sont effectivement très chers, mais finalement ils ne représentent qu’une petite partie des coûts totaux de la santé. Il faut aussi prendre en compte le fait que ces traitements permettent à un certain nombre de patients de reprendre leur travail. Le coût d’une maladie ne se mesure pas seulement à l’aulne du prix des médicaments… Mais il est vrai que plus les indications seront nombreuses, moins le prix de ces nouveaux traitements sera soutenable. Il faut penser à long terme et trouver des solutions.

Comment faire baisser le prix de ces médicaments?

L’un des problèmes principaux, c’est l’opacité qui entoure les coûts réels de ces substances. Nous devrions exiger des entreprises plus de transparence dans la définition des prix des médicaments. Personne ne sait combien les firmes pharmaceutiques ont investi pour les développer. On devrait pouvoir connaître, lors de la commercialisation d’un médicament, son impact potentiel en termes de prévisions financières pour la société concernée. Combien d’argent a-t-elle investi? Quels sont les ajustements des prix prévus au cours du temps? Le coût est-il principalement en lien avec la recherche et le développement ou aussi avec le marketing.

Certaines assurances refusent-elles toujours de rembourser des traitements novateurs?

Oui, même si cela arrive moins souvent qu’avant. Les assurances posent problème pour les innovations. Telle assurance va accepter de rembourser le traitement pour un patient X alors qu’une autre va le refuser pour un patient Y… Il y a une phase de transition depuis l’évidence de l’efficacité d’un médicament jusqu’à son autorisation de mise sur le marché, délivrée par Swissmedic. Puis encore une phase de transition jusqu’au remboursement officiel par l’assurance-maladie obligatoire, décidé par l’Office fédéral de la santé publique. Durant ces laps de temps, qui peuvent durer de six mois à des années, c’est l’assurance-maladie qui décide et fixe le prix! À plus large échelle, il est choquant de constater que, dans d’autres pays d’Europe, l’immunothérapie n’est toujours pas disponible pour le mélanome (ndlr: c’est le cas en Suisse depuis 2015). Ces inégalités d’accès aux traitements sont inacceptables. (24 heures)

Créé: 27.12.2017, 09h40

Usages médicaux étendus

Un pointage des indications des principaux anticancéreux d’immunothérapie illustre l’extension de leurs champs d’application. L’Opdivo a été mis sur le marché en 2015 pour le traitement du cancer bronchique, dit «non à petites cellules». Aujourd’hui, on compte quatre nouvelles indications autorisées par Swissmedic: certaines formes de mélanome, de carcinome à cellules rénales (reins), de lymphome de Hodgkin et de carcinome épidermoïde de la tête et du cou.
Le Keytruda n’était autorisé en 2015 que pour certains types de mélanomes. Aujourd’hui, il faut ajouter le cancer des poumons «non à petites cellules», le lymphome de Hodgkin et le carcinome urothélial (vessie). Le Tecentriq a été autorisé en mai 2017 pour le traitement des patients atteints d’un cancer du poumon «non à petites cellules». Citons encore le Bavencio, qui a reçu une autorisation de mise sur le marché en 2017 pour le traitement de patients atteints d’un carcinome à cellules de Merkel métastatique. Et le Yervoy, pour le traitement de certains mélanomes avancés chez les adultes.

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