«L'initiative de l'UDC risque au contraire de favoriser l'intégrisme»

RéactionPascal Gemperli, président de l'UVAM, critique l'initiative du parti nationaliste. Selon lui, ce texte «flou» va créer des problèmes sans rien résoudre.

Pascal Gemperli, président de l'Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM) qui est candidate à une reconnaissance par l'Etat de Vaud.

Pascal Gemperli, président de l'Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM) qui est candidate à une reconnaissance par l'Etat de Vaud. Image: Odile Meylan

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L'initiative populaire «Contre l'intégrisme religieux» que l'UDC Vaud a présenté aujourd'hui choque l'Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM).

Elle qui souhaite devenir une communauté religieuse d'intérêt public et une interlocutrice officielle des autorités cantonales, ne voit pas l'intérêt d'inscrire des limitations supplémentaires et inutiles dans la Constitution cantonale.

Questions à son président, le Morgien Pascal Gemperli.

Quelles est votre réaction face à l’initiative de l’UDC?

D’abord, je ne comprends pas cette initiative. Elle apporte de la confusion là où les choses sont claires. Le cadre légal pour la reconnaissance des communautés religieuses dans le canton de Vaud est précis, il pose des exigences strictes et il accorde quelques prérogatives, mais le texte de l’UDC introduit un flou juridique. En fait, les points proposés sont flous, on peut en faire des interprétations divergentes. Mais il y a plus grave...

Qu’est-ce qui vous paraît grave?

Par exemple, je ne comprends pas l’interdiction de dérogations dans le domaine des soins. Qu’est-ce que cela veut dire? La loi prévoit d’accorder aux communautés d’intérêt public la possibilité d’assurer un service d’aumônerie dans les hôpitaux. Si l’UDC veut interdire que quelqu’un bénéficie d’un accompagnement spirituel à l’hôpital, par exemple sur son lit de mort, je trouve ça problématique. Si dans de telles circonstances les gens n’ont pas le droit de faire appel à un moine bouddhiste, un rabbin ou un imam, cela viole à mon avis la dignité humaine. C’est peut-être contraire à la liberté constitutionnelle de mourir en dignité.

N’est-ce pas une façon se prémunir contre l’intégrisme?

Cela risque d'être le contraire! Cette initiative pourrait même favoriser l’intégrisme. Les prérogatives que peuvent obtenir les communautés religieuses d’intérêt public sont peu nombreuses: il y a l’accès au contrôle des habitants, le fait d’être consulté par les autorités et le droit de participer au service d’aumônerie dans les prisons et les hôpitaux. Si on ferme la porte à l’aumônerie comme l’UDC essaie visiblement de le faire, que fera le CHUV si un patient demande à consulter un aumônier de sa foi? Qui vont-ils appeler quand il n’y a pas d’aumônier agréé? Il y a des risques de voir intervenir, à titre privé, certains charlatans. Cela donne un plus grand rôle à ceux qui ne sont pas reconnus, parmi lesquels on pourrait potentiellement trouver des intégristes religieux.

«Dire qu'une communauté n'a pas le droit de porter le foulard, c'est bien joli, mais cela ne pourra pas s'appliquer aux individus qui décident de le faire»

Sur les limites posées à l’enseignement, est-ce que le texte vous dérange?

C’est très confus. On parle de quel enseignement, public ou privé? Une mosquée en tant qu’association de droit privé, pourra toujours dispenser ses enseignements religieux. Du moins, on peut l’imaginer, vu que le texte ne donne pas d’indication et que cela fait partie de la liberté de culte. Mieux vaut qu'elle le fasse dans le cadre d'une reconnaissance contrôlée. Concernant l’enseignement public, il n’existe pas d’enseignement spécifique et il n’en est pas question. L’histoire des religions, conforme au plan scolaire romand, telle qu’elle est enseignée dans l’école vaudoise parle de toutes les religions, aussi bien du christianisme, du bouddhisme, que de l’islam. L’UVAM a participé à la révision des textes scolaires. Quels enseignements spécifiques l’UDC veut-elle éliminer ou éviter? Qu’elle nous l’explique.

L’interdiction des régimes alimentaires et des dispenses de piscine à cause de la religion, n’est-ce pas clair?

Mais ces points sont déjà réglés... Pour les régimes alimentaires, c’est aux écoles de décider. L’UVAM n’a jamais demandé que de la nourriture hallal soit servie dans les écoles vaudoises. Mais vu que les musulmans ne mangent pas de porc, nous demandons qu’une alternative soit offerte, soit une autre viande ou un menu végétarien. Quant aux dispenses, c’est déjà réglé par la loi fédérale. Il y a des jugements du Tribunal fédéral qui font jurisprudence. Cette initiative crée des problèmes là où il n’y en a pas, elle sent l’électoralisme à plein nez.

L’interdiction des dérogations vestimentaires vous dérange également?

Avant de parler de dérogations, il faudrait déjà définir une référence. Je ne suis pas au courant de l'existence d'un code vestimentaire vaudois... Je me doute bien que l’UDC essaie de réintroduire par la petite porte l’interdiction du voile à l'école, qui a été refusée par le Grand Conseil en 2010. Mais en fait c’est moins les interdictions qui me posent problème qu’une confusion sur le fond. L’UDC mélange la reconnaissance d’une communauté religieuse, constituée sous forme d'association, avec celle d'une religion. Or, la loi vaudoise ne vise pas à reconnaître une religion, mais un acteur associatif, qui est juridiquement accessible. Dire qu'une communauté n'a pas le droit de porter le foulard, c'est bien joli, mais cela ne pourra pas s'appliquer aux individus qui décident de le faire. En l’occurrence, on ne pourrait pas interdire à une femme de porter le voile, même si elle faisait partie de l'UVAM.

Cette initiative vous décourage-t-elle dans votre demande de reconnaissance?

Ces défis nous incitent plutôt à nous améliorer en tant qu’institution. Ils ne sont pas toujours agréables, mais ils nous renforcent . L’UVAM va prochainement engager un secrétaire général pour consolider ses structures et affronter ces défis. Nous nous préparons à déposer notre demande de reconnaissance, nous remplissons déjà un bon nombre d’exigences prévues par la loi. Nous participons par exemple au dialogue inter-religieux, nous avons une transparence financière. Il est clair qu'étant donné toutes les exigences de la loi, si on commence à couper dans le peu de prérogatives, certaines communautés pourraient préférer s'abstenir et rester dans l'ombre. Pour nous, cette initiative ne change pas la donne à ce stade. (24 heures)

Créé: 24.11.2016, 12h53

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