La BCV appelle à la «responsabilité» de ses employés

CoronavirusLa banque demande aux parents de «chercher des solutions» afin de «garantir la bonne marche de l'entreprise au service de ses clients».

Image: SABINE PAPILLOUD - ARCHIVES

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Alors que d’autres généralisent le télétravail et proposent des congés payés, alors que des entreprises sont au chômage technique, que des organisateurs d’événements sont menacés de faillite, que certains restaurateurs ont déjà fermé totalement pour protéger la population et que l’ensemble de la société est en état de siège contre le Coronavirus, la Banque Cantonale Vaudoise, elle, semble avoir adopté une autre posture: afin de «garantir la bonne marche de l’entreprise au service de ses clients», la banque demande à ceux de ses collaborateurs qui sont «concernés par ces nouvelles mesures en matière scolaire» (fermeture des écoles) de «réfléchir à des solutions» qui leur permettront de se «rendre au travail lundi prochain, malgré ces circonstances exceptionnelles».

L’information interne qu’a fait parvenir le CEO Pascal Kiener à tous les employés le 13 mars vers 16h stipule que «plus tard cet après-midi, nous vous indiquerons qui contacter au cas où vous souhaiteriez vous entretenir avec votre hiérarchie à ce sujet». Vers 19h, les numéros de téléphone des supérieurs ont été transmis aux employés «afin que celles et ceux qui ne trouvent pas de solution d'ici lundi matin puissent trouver un arrangement avec leur ligne hiérarchique», indique Daniel Herrera, porte-parole de l'établissement.

Demander à ses employés de s’organiser pour être au bureau lundi, sachant que les structures d’accueil sont réservées aux enfants de ceux dont le métier est indispensable en temps de crise (personnel soignant, policiers, employés de l’État etc.), et que les contacts entre humains comme les transports publics doivent être évités au maximum, est-ce vraiment faire preuve de la solidarité appelée de ses vœux par les gouvernements, tant cantonal que fédéral?

Jointe samedi par téléphone, la directrice de l’Association suisse des employés de banque, Denise Chervet, se dit choquée par la position de la BCV dont nous lui avons lu des extraits. «D’autres banques ont des attitudes beaucoup plus généreuses, dans l’esprit d’un moment où on attend une solidarité de tous. Je rappelle également que selon les dispositions légales, les employés ont trois jours pour s’organiser quant à la garde de leurs enfants. Dans la situation actuelle, certaines entreprises ne limitent pas la durée mais proposent des solutions pour que leurs employés puissent assumer leurs responsabilités de parents.»

Credit Suisse accorde un congé payé

À l’opposé de l’établissement vaudois, Credit Suisse mise sur le télétravail et a fait parvenir samedi à ses collaborateurs le message suivant: «Pour nos employés qui ne peuvent pas travailler à domicile en même temps qu'ils s'occupent de leurs enfants ou d'autres membres de leur famille, Credit Suisse accorde un congé payé pour régler leur situation familiale après avoir consulté leur supérieur hiérarchique. Cela s'applique dans un premier temps jusqu'à la mi-avril». D’une manière plus générale, Credit Suisse précise que «la santé et la sécurité de nos employés et de nos clients est notre priorité absolue».

Daniel Herrera assure ne pas avoir eu de retour négatif des employés à ce stade. Il précise que le temps de réaction était très court après l'annonce officielle des mesures, que pour la BCV cela concerne 2000 collaborateurs et 63 agences et qu'il était impossible de connaître le nombre et les noms des personnes qui ne pourraient pas trouver de solution de garde.

«Oui, nous demandons à nos collaborateurs de s’organiser dans la mesure du possible pour être là lundi, mais personne ne sera obligé de venir s’il ne trouve pas de solution, assure le porte-parole. Cela nous semble normal, dans l’esprit de responsabilité et de solidarité que la situation nous impose à tous. Des solutions seront trouvées pour ceux qui n’y arrivent pas, en accord avec leurs supérieurs hiérarchiques. La responsabilité de trouver des aménagements (en dehors des grands-parents) ne repose pas que sur les employeurs, mais également sur les employés.»

Et le télétravail, sur le modèle de Credit Suisse? «Ce n’est pas si simple et cela dépend des secteurs. Cette possibilité est déjà mise en œuvre au sein de la Banque et nous envisageons son déploiement plus large, de manière ordonnée.»


La BCV réagit

Après la publication de notre article, ce dimanche 15 mars au matin, la Banque Cantonale Vaudoise nous a fait parvenir à 16h45 la prise de position suivante, que nous publions dans son intégralité:

«La BCV prend la situation très au sérieux et met en œuvre les mesures nécessaires, suite aux décisions prises par les autorités cantonales vaudoises. Ces mesures, notamment la fermeture des établissements scolaires, imposent à la BCV de s’organiser et c’est ce que nous faisons, de manière intensive. Pour rappel, la BCV emploie quelque 2000 collaborateurs et est active à travers 63 agences, avec des fonctions et métiers très différents, certains pouvant être réalisés à distance et d’autres plus difficilement, voire pas du tout.

Vendredi dernier, la BCV a immédiatement réagi suite à l’annonce du Conseil d’Etat vaudois de fermer les établissements scolaires du canton à partir de ce lundi. Vu le caractère urgent et impactant pour les parents concernés, la Banque a envoyé à 16h00 un e-mail à tous ses collaborateurs pour leur dire qu’elle s’occupait tout de suite de cette problématique. Notre objectif, depuis le début, était clair: personne ne sera obligé de venir lundi matin au travail s’il ne trouve pas de solution de garde pour ses enfants.

A ce moment-là, il nous était absolument impossible de connaître le nombre, les noms et les fonctions des personnes qui ne pourraient pas trouver une solution de garde. Cette information était essentielle pour que nous puissions nous organiser. C’est la raison pour laquelle nous avons demandé, vendredi à 19h00, aux personnes concernées de contacter leur responsable, en leur fournissant le numéro de téléphone privé de celui-ci. Notre but était de permettre aux collaborateurs qui n’auraient pas trouvé de solution de rester à la maison et à la Banque de s’organiser.

Sur cette base et au moment où ces lignes sont écrites (dimanche à 16h00), nous savons déjà qu’un certain nombre de collaborateurs ne seront pas au travail lundi matin, et ce en plein accord avec la Banque.

Quant aux solutions de travail à distance, le BCV les utilise déjà pour certaines fonctions et elle est en train de les déployer encore davantage, de manière ordonnée. D’autres mesures d’organisation du travail sont déjà mises en œuvre et continuent d’être déployées.

En résumé, la santé et la sécurité des collaborateurs et des clients sont des priorités pour la BCV. Des solutions sont recherchées pour les personnes qui sont concernés par les mesures et les recommandations du Conseil fédéral et du Canton, avec toute la souplesse de circonstance.

Parallèlement, la BCV est responsable du bon fonctionnement de ses services financiers qui sont indispensables à la société et à une grande partie de l’économie vaudoises (permettre aux personnes et aux entreprises de faire leurs paiements, permettre aux personnes et aux entreprises d’accéder à leurs liquidités pour faire leurs achats, etc.). A cet égard, nous devons garantir la poursuite de notre activité, en plus de veiller à la santé de nos collaboratrices et collaborateurs, ainsi que de nos clientes et clients. Plus généralement, la BCV est en contact permanent avec les autorités vaudoises et elle suit la situation de très près. »

Créé: 15.03.2020, 11h49

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