La chaleur dope les céréales et les fruits mais achève les légumes et les poissons

MétéoLe duo chaleur et sécheresse martyrise les cultures maraîchères et assèche les rivières. Mais il a grandement facilité les moissons qui s’achèvent avec deux semaines d’avance et laisse entrevoir une très belle récolte de pommes, de poires et de pruneaux.

À Sédeilles, Urs Gfeller constate les dégâts dus à la sécheresse: les côtes de bettes ont jauni.

À Sédeilles, Urs Gfeller constate les dégâts dus à la sécheresse: les côtes de bettes ont jauni. Image: FLORIAN CELLA

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«Les salades et les côtes de bettes sont presque déjà flétries dans les champs»

«J’étais encore ce matin sur un champ de carottes. Le sol est tellement chaud que l’on voit apparaître des chancres de chaleur: la peau du collet se transforme en liège. Quand ce n’est pas toute la carotte qui a fondu.» Conseiller à l’Office technique des maraîchers à Morges, Max Balado constate jour après jour les effets dévastateurs du duo chaleur - sécheresse sur les cultures de légumes. «On a déjà connu de fortes intensités de chacun de ces phénomènes, mais là, la durée est très particulière. Il y a et il y aura des pertes importantes, tant en productivité qu’en qualité. Comme en plus, et contrairement à ce qu’ils affirment, certains grands distributeurs ne jouent pas le jeu de la production locale, le milieu maraîcher est en difficulté.»

Avec leurs grandes feuilles promptes à évaporer l’eau et capter les rayons du soleil, les salades en tout genre sont au premier rang des victimes. Spécialisé dans ce type de culture à Essert-sous-Champ-vent, dans le Nord vaudois, Sylvain Agassi ne peut que constater les dégâts: «On arrose, on ventile les tunnels et on les ombrage, comme chaque été. Mais à un moment donné, il n’y a plus rien à faire: on subit. Le rampon brûle et les épinards ne poussent plus.» Il y aura donc des conséquences financières, mais le patron de Sylvain & Co. ne les a pas encore estimées.

Le bio souffre aussi

Malgré le choix du mode de culture bio, le sentiment d’impuissance est similaire chez Urs Gfeller à Sédeilles: «La permaculture ou le maintien d’une couverture végétale au sol atténuent l’évaporation, mais ces systèmes ont aussi leurs limites. Actuellement, les plantes survivent mais ne grandissent plus. Les salades ou les côtes de bettes sont déjà presque flétries dans les champs. Heureusement, les plantes du sud comme les tomates, aubergines et poivrons se portent beaucoup mieux.»

À Noville, dans le Chablais vaudois, Julien Brönimann ne cultive pas de salades, mais des carottes, des pommes de terre et du fenouil. Il est donc un peu moins touché. «En plus, on a eu la chance d’avoir quelques orages, pas trop violents, qui ont amené un peu d’eau. Mais c’est quand même plus compliqué que d’habitude.»

Seul l’arrosage peut en effet permettre aux cultures de prospérer. Mais pour limiter l’évaporation et les brûlures sur les feuilles par les rayons du soleil passant au travers des gouttes d’eau, il ne peut se faire durant la journée. «On fait donc pas mal d’heures de nuit et tôt le matin. Mais contrairement à certains collègues, nous avons au moins encore la chance de pouvoir arroser.»

Seuls les maraîchers cultivant aussi des arbres fruitiers peuvent trouver une raison d’espérer: les récoltes de pommes, de poires et de pruneaux s’annoncent très belles. Les premiers fruits suisses devraient arriver sur les marchés ces prochains jours, avec une semaine d’avance sur l’an passé, qui était déjà une année très précoce.


Les moissons s’achèvent avec presque deux semaines d’avance

Le beau temps et les grosses chaleurs de juillet ancreront dans les mémoires que l’année de la 4e Fête du blé et du pain avait été particulièrement favorable aux moissons. Dans le Gros-de-Vaud – le grenier du canton –, elles sont sur le point de s’achever avec presque deux semaines d’avance. Les batteuses récoltent en ce moment les dernières céréales sur les parcelles situées aux plus hautes altitudes, du côté de Froideville ou de Villars-Tiercelin.

Des récoltes sans à-coups

«Grâce à la météo, les récoltes se sont enchaînées quasi sans interruption», apprécie Olivier Sonderegger, directeur du Centre collecteur d’Échallens.

Contrairement à certaines années, il n’y a pas eu de booms temporaires liés à des menaces de dégradation des conditions météo. «Nous avons donc récolté au fur et à mesure des maturations. De façon progressive, puisque nous sommes dans une région avec des altitudes variées. En revanche, pour les collègues de La Côte ou du Chablais, les moissons ont été intensives, parce que très concentrées.» Même les quelques orages n’ont pas causé de dégâts importants, mis à part quelques cas très locaux dus à la grêle.

Olivier Sonderegger qualifie donc la récolte de «pas exceptionnelle, mais jolie». Car, si les moissons se sont bien déroulées, le mois de juin a été problématique: les pluies tombées pendant la période de floraison ont favorisé des attaques de fusariose. Cette maladie fongique est causée par des champignons décomposeurs émettant des mycotoxines. En fonction du taux de présence de ces dernières dans les lots, ceux-ci peuvent être déclassés, voir carrément redirigés vers des filières comme celle de la production de biogaz.

Tous les centres collecteurs ont donc procédé à des tests quasi systématiques, gourmands en temps et coûteux: environ dix minutes et 20 francs pour chaque remorque contrôlée. Olivier Sonderegger estime que ce type d’attaque, assez rare jusqu’à aujourd’hui, pourrait devenir plus fréquent à l’avenir. «Les nouvelles techniques culturales sans labour favorisent le champignon. Elles lui permettent de prospérer à la surface du sol d’une année à l’autre, alors que les labours le détruisaient en l’enfouissant. Ce n’est pas dramatique, mais cela montre que tout changement de mode cultural a des conséquences multiples.»


Dans les rivières surtout, mais aussi au lac, les poissons souffrent du chaud

plongeon en rivière ou dans le lac est pour beaucoup d’entre nous source de quasi-résurrection en ces jours de canicule. «Qu’est-ce qu’elle est bonne!» s’exclament les baigneurs. Le lac Léman a dépassé les 25 °C à 1 mètre de profondeur le 27 juillet déjà. Les rivières, plus fraîches, voisinent ces jours parfois les 17 °C. Trop chaud pour les poissons, qui aiment plutôt vivre en dessous de 16 °C. Le cocktail actuel est catastrophique pour eux. Il y a la sécheresse qui fait baisser le niveau des cours d’eau et grimper leurs températures. L’oxygène s’y raréfie. Et la température augmente en prime à cause de la canicule. «Certains poissons mangent peu, voire plus du tout. Ils sont stressés, aussi», relève le chef des gardes-pêche du Canton de Vaud, Laurent Cavallini.

Alors, dans certaines rivières, des électrocutions à 500 volts pour étourdir, pêcher et déplacer des truites ont déjà eu lieu. Mais le garde-pêche en chef relève que la technique n’est pas un automatisme ni une solution miracle. «Les déplacer, ce n’est jamais idéal. D’autant qu’elles sont déjà souvent mal en point… Du coup, dans de petits cours d’eau, nous prenons la décision de ne rien faire. Ou plutôt de laisser faire la nature.»

D’autant qu’introduire une masse de poissons dans un nouvel environnement qui en a déjà les fait «entrer en compétition les uns avec les autres». Dans les lacs, la situation est moins difficile. «Les poissons peuvent chercher de la fraîcheur en profondeur», rappelle Laurent Cavallini. Mais les salmonidés souffrent de la canicule. «Là, on ne peut rien faire, on subit. L’impact reste toutefois difficile à mesurer.» Le spécialiste averti: la répétition d’étés aussi extrêmes pourrait faire disparaître des espèces de nos régions.

«Le Léman est la limite sud que peut atteindre l’omble chevalier. Si ce lac continue à se réchauffer sur de trop longues périodes, sa répartition naturelle va se modifier pour aller plus au nord.» Les truites pourraient suivre un mouvement similaire dans les rivières. Les gardes-pêche vont étudier attentivement l’évolution des températures ces prochains jours. D’autres déplacements de poissons vers des eaux plus fraîches ne sont pas exclus durant la semaine qui commence.

C’est surtout les orages que les protecteurs de la faune attendent. «S’ils devenaient un peu réguliers, cela aiderait vraiment à passer ce cap», détaille Laurent Cavallini. Le cap dont parle le garde-pêche, c’est celui de la mi-août. «À partir de cette période, la végétation absorbe gentiment moins d’eau, les cultures aussi. Les journées deviennent plus courtes et la chaleur devrait aussi baisser.» Reste que la sécheresse, elle, peut se prolonger. Le spécialiste souligne que c’est bien elle le pire problème. Cl.M. (24 heures)

Créé: 05.08.2018, 19h07

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