«La foi passe aussi par la bouche, par le nez ou par le sens du toucher»

InterviewRencontre avec Olivier Bauer, qui occupera la chaire lausannoise de théologie pratique dès la rentrée universitaire.

Olivier Bauer, professeur de théologie pratique.

Olivier Bauer, professeur de théologie pratique. Image: DR

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A la reprise des cours en septembre, les Universités de Lausanne et de Genève proposeront à nouveau un enseignement en théologie pratique. Cette spécialité avait été transférée à Neuchâtel en 2004 dans le cadre de la collaboration entre Facultés romandes de théologie protestante. Mais la fermeture de la Faculté de Neuchâtel a obligé ses consœurs lémaniques à recréer chacune une chaire, à Genève grâce à un mécène. Lausanne a choisi le Neuchâtelois Olivier Bauer, qui enseigne actuellement à Montréal. Interview.

Quelle forme va prendre l’enseignement de la théologie pratique à Lausanne?

Mon expérience à l’Université de Montréal m’a fait prendre conscience que la théologie pratique doit d’abord observer les pratiques théologiques. Elle se fait à partir du terrain, à partir de ce qui se fait, que cela plaise ou non, que cela marche ou pas, que cela semble théologiquement plus ou moins juste. J’ai donc l’ambition de former des théologiennes et des théologiens capables d’améliorer les pratiques ecclésiales, spirituelles ou évangéliques, de les rendre à la fois plus fidèles aux valeurs qu’elles revendiquent et plus efficaces dans leur contexte.

Vous avez beaucoup travaillé sur la symbolique des aliments. Allez-vous en faire profiter vos étudiants?

Je leur apprendrai à observer à l’aide de toutes leurs perceptions sensorielles, dont le goût, évidemment. Certains protestants francophones en doutent, mais la foi ne passe pas seulement par les oreilles ou par les yeux, mais aussi par la bouche, par le nez ou par le sens du toucher. Je pense donc qu’il est important de prendre en compte l’ensemble des perceptions sensorielles, y compris le goût.

Quels seront vos domaines de recherche lausannois?

Il y a des recherches que je vais poursuivre. J’aimerais par exemple que l’Institut lémanique de théologie pratique travaille sur un programme que j’intitulerais «améliorer les pratiques chrétiennes – diversifier les perceptions sensorielles». L’idée serait d’implanter en Suisse romande une méthode qui commence par analyser les pratiques ecclésiales telles qu’elles sont, en prenant en compte toutes les perceptions, pas simplement les paroles, la liturgie ou la prédication. Et puis je vais répondre à la demande de la Faculté de travailler sur la question de l’accompagnement spirituel et du développement de l’Eglise. Ce qui m’intéresse déjà depuis longtemps dans ces deux domaines, c’est l’éducation de la foi. Ça me paraît être une notion centrale, tant pour le développement des Eglises que pour l’accompagnement spirituel. L’approfondissement de la confiance pourrait même être plus important que l’augmentation du nombre des membres.

Vous insistez sur le terrain, mais est-ce que cela ne demande pas des moyens considérables? Est-ce envisageable en Suisse?

Les moyens sont importants, mais je pense que l’Institut lémanique de théologie pratique devrait surtout être un lieu d’accueil. Dans les Eglises réformée, évangélique, catholique, il y a beaucoup de gens, des laïques, des pasteurs, des prêtres, qui réfléchissent sur leurs pratiques. La théologie pratique universitaire devrait leur donner un cadre pour les aider à continuer ces recherches, des outils méthodologiques, des ressources et parfois simplement un lieu pour échanger sur ce qu’ils font. Par exemple, quelqu’un de Saint-Laurent-Eglise pourrait y travailler sur les repas communautaires servis après le culte, et un aumônier du CHUV venir y présenter l’usage qu’il fait du toucher en hôpital. C’est parfois le dernier sens avec lequel il est possible d’entrer en contact avec certains malades. Je pense qu’un lieu de partage et d’évaluation de ces pratiques serait souhaitable. Je vais m’efforcer de le mettre en place!

On vous a laissé peu de temps entre votre nomination et l’entrée en fonctions.

En effet! Heureusement que je sais m’adapter. Concrètement, je vais partager mon temps entre Montréal et Lausanne pendant l’automne. Et je serai complètement à Lausanne en hiver. Au moment de mon engagement, on m’a demandé pourquoi je venais à Lausanne alors que j’ai un poste intéressant à Montréal. J’ai répondu qu’une Faculté de théologie universitaire qui décidait d’investir dans la théologie pratique méritait qu’on s’y intéresse. Mais j’apprécie aussi de revenir en Suisse, de travailler dans une culture plus protestante que le Québec, d’apporter ma collaboration aux Eglises, plus largement à celles et ceux qui accompagnent la vie spirituelle.

Est-ce que cela ne va pas être compliqué, entre deux Facultés distantes de 70 km?

Les Facultés de Genève et de Lausanne travaillent déjà ensemble depuis dix ans. Le problème me semble réglé. Mais on pourrait aussi parler des 25 km entre Lausanne et Saint-Légier ou des 60 km entre Lausanne et Fribourg. J’aimerais poursuivre, développer ou créer des collaborations avec les formations évangélique et catholique, mais aussi avec celle des imams. Et je rêve de mettre en place un programme de recherche qui irait sur le terrain non seulement des Eglises réformées, mais aussi des catholiques, des évangéliques, des orthodoxes, des juifs et des musulmans. J’ai envie d’apprendre des uns et des autres. (24 heures)

Créé: 16.08.2015, 09h56

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