La génération qui n’a pas peur de se dire croyante

ReligionLes jeunes chrétiens ne seraient pas plus nombreux qu’avant. Mais ils affirment leur foi sans complexe dans une société où il était ringard de parler de Dieu. Témoignages.

Image: Patrick Martin

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Des jeunes protestants vaudois viennent de créer leur propre Synode, baptisé Agora. Les autorités de l’Église réformée affirment qu’elles n’ont rien fait pour susciter ce mouvement. Chez les évangéliques, des réunions de groupes attirent des centaines de jeunes chaque mois. Quant aux jeunes catholiques, ils continuent de se rendre en masse à des événements comme les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ).

Une nouvelle génération serait-elle en train de redécouvrir Dieu? Formellement, ce n’est pas ce que semblent montrer les statistiques: les Vaudois de 15-34 seraient encore plus dubitatifs que leurs aînés quant à l’existence de Dieu, avec 23% d’agnostiques et 18% d’athées revendiqués, selon des chiffres de 2017. Mais «quelque chose a changé, c’est le fait qu’il est moins tabou de parler de ses convictions, analyse le pasteur Marc Rossier, spécialiste de l’aumônerie de la jeunesse. La nouvelle génération est plus affirmative dans ses idées, pas seulement religieuses d’ailleurs. J’y vois une remise en question de la société de consommation et la quête urgente de points de repère face aux défis existentiels et environnementaux actuels.»

En quête de valeurs

Tout le défi pour les Églises est de capter l’intérêt de ces jeunes. Pas facile, comme le confirme Claudio Manco, animateur de la pastorale de jeunesse catholique sur la Riviera: «Les modes de communication ont changé, il faut être court, immédiat. Beaucoup de jeunes disent qu’ils ne croient pas en Dieu, mais on les sent en quête de valeurs. Certains recherchent un cadre structurant, d’autres butinent spirituellement. Je constate aussi que cette génération «WhatsApp» peut s’engager à fond puis quitter brusquement un groupe sans transition.» Vétéran de la pastorale de jeunesse réformée, Marc Bovet se dit stimulé par «une génération qui ose tout questionner. Les jeunes s’interrogent beaucoup sur le sens de la vie.»


«J’espère être en chemin toute ma vie»

«Les jeunes ont envie de s’engager plus activement. Les générations précédentes croyaient au progrès, elles pensaient que la société allait s’améliorer, qu’on trouverait des solutions. Aujourd’hui on cherche plutôt un sens à nos vies», explique Antoine Sordet (23 ans). Cet étudiant en lettres à l’Uni de Lausanne baigne naturellement dans la religion depuis l’enfance. Son père était pasteur de l’Église réformée vaudoise. Il n’a pas peur de se dire chrétien au risque de se voir coller une étiquette de ringard: «De toute façon j’ai toujours eu un profil spécial. Je fais de la flûte à bec, je monte à cheval et je suis fils de pasteur. Trois choses qui n’étaient pas forcément faciles à assumer pour un ado.» Mais il assure que les choses ne sont pas simples: «Quand j’ai fini le catéchisme à 16 ans, je me disais que je ne croyais pas en Dieu. Mais j’écoutais, parce que je m’intéresse à tout. Puis j’ai vécu un camp de jeunes très chouette, qui m’a fait beaucoup réfléchir à la spiritualité.» L’étudiant de Lonay n’est pas de ceux qui témoignent de leur foi haut et fort. «C’est quoi, être croyant? Je préfère dire que je suis en chemin. Et d’ailleurs j’espère être en chemin toute ma vie. Si un jour je trouve des réponses à tout, je n’aurai plus envie de poser des questions. Quand on arrête de se remettre en question, on n’avance plus et on stagne.» Son rapport à la religion, il explique le vivre en groupe et en plein air: prof de ski l’hiver, adepte du trekking, moniteur Jeunesse+Sport, Antoine Sordet s’engage également comme «Jack» (jeune accompagnant de camps et de KT chez les protestants). Il copréside avec Hélène Grosjean le tout nouveau synode des jeunes de l’Église réformée vaudoise, appelé Agora. Pour faire entendre la voix de la nouvelle génération: «J’ai envie que notre place soit reconnue et que nous puissions, par exemple, continuer à faire nos camps.»


«Je n’essaie pas de convaincre les autres»

«Ce qui m’étonne toujours, c’est que les gens disent qu’ils ne croient pas en Dieu. Alors qu’ils croient souvent en quelque chose mais ils ne veulent juste pas s’embêter à se poser la question.» Laura Cardinaux (21 ans), elle, se l’est franchement posée. Et la réponse est claire: «Je suis croyante», affirme cette apprentie laborantine en chimie de Montreux. Mais pas pratiquante: «Je vais peu à l’église. Dieu est partout.» Elle vit sa foi via les réunions mensuelles d’un groupe de jeunes catholiques: «Nous discutons et échangeons sur tous les thèmes.» Pour Laura Cardinaux, Dieu intervient dans nos vies «mais de façon invisible». Sa croyance l’a quelquefois fait passer pour une extraterrestre dans un monde où la religion n’est pas estampillée «cool». Elle répond que «chacun est libre de ses idées. Je n’essaie pas de convaincre les autres. Moi-même je m’intéresse aux autres façons de penser et aux autres religions. Au fond, c’est moins la notion Dieu qui compte, que des valeurs comme le respect de l’autre ou le partage, qui sont communes à toutes les religions. Après, ce sont les rites et les traditions qui changent. Hélas, ce n’est pas toujours comme ça que les gens l’interprètent.»


«Une source de joie»

Noémie Morvant, 23 ans, issue d’une famille protestante, dit avoir «toujours cru que Dieu existe. J’ai fait un camp de jeunes à 16 ans et j’ai senti la présence de Dieu à mes côtés. Je me suis dit que j’allais vraiment croire en Jésus et accorder ma vie avec les paroles de la Bible.» Étudiante HEC à l’Uni de Lausanne, la jeune Veveysanne parle volontiers de «la joie et de l’espérance» que lui confère sa croyance. «La foi chrétienne t’apporte des repères, alors que beaucoup de jeunes n’en ont pas. Elle permet de voir au-delà d’un monde qui paraît vide de sens. On devrait parler davantage de Dieu dans notre société.» Elle s’est imposé une éthique de vie: pas de drogue et une consommation modérée d’alcool, alors que les copains faisaient parfois des excès à tout casser, et «des choix» en termes de sexualité: «Je n’ai pas ressenti tout cela comme des interdictions ou un enfermement, mais au contraire comme une source de liberté. J’avais envie de respecter le plan que Dieu a pour nous. En fait cela m’a évité de faire n’importe quoi sous prétexte que ça paraît cool au premier abord.»


«J’offre tout à Dieu»

«J’aimerais devenir pasteur, c’est une vocation», dit Vincenzo Ravera (24 ans). Étudiant à la Haute École de théologie professionnalisante (HET-Pro) de Saint-Légier, il anime également le groupe de jeunes de la paroisse du Mont-sur-Lausanne, réformée de sensibilité évangélique. «J’ai découvert la foi à l’école. Une fois j’ai prié et demandé quelque chose à Dieu. J’ai été surpris de voir que mon vœu s’est réalisé. J’ai commencé à prier régulièrement.» Pour lui, la foi «se vit en communauté. Je ne crois pas que ce soit un projet solitaire. On a souvent une façon individuelle de voir le salut mais, dans la Bible, Dieu vient racheter un peuple.» Il regrette que le christianisme s’efface «souvent par pudeur pour faire la place à d’autres formes de spiritualité, comme le chamanisme et le bouddhisme. C’est dommage. Beaucoup de gens considèrent que la foi fait partie de la vie privée, mais notre monde a soif d’espoir et d’authenticité.» Vincenzo Ravera parle aussi des exigences que lui impose sa foi: «J’essaie de respecter une éthique et de bien me comporter. Dieu est le souverain de ma vie et je lui offre tout.» (24 heures)

Créé: 29.03.2018, 07h03

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