La loi cantonale interdira les publicités sexistes

AffichageJacqueline de Quattro présente une modification de la loi en vue de supprimer les affiches à caractère sexiste dans la rue.

Avec Maribel Rodriguez (à g.), Jacqueline de Quattro s’est insurgée contre certaines publicités qui donnent la femme en pâture pour vanter des produits n’ayant rien à voir avec le corps humain.

Avec Maribel Rodriguez (à g.), Jacqueline de Quattro s’est insurgée contre certaines publicités qui donnent la femme en pâture pour vanter des produits n’ayant rien à voir avec le corps humain. Image: JEAN-BERNARD SIEBER/ARC

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Une femme couchée prête à subir l’assaut d’éphèbes; une autre assise sur une bombe, seins offerts. Ces images ont-elles quelque chose à voir avec des produits de consommation comme les parfums ou les montres? Non, répondent les autorités vaudoises. Et pourtant elles sont utilisées dans l’espoir de vendre ces produits. Il est temps, dit l’État, de les faire déguerpir de l’espace public pour qu’elles ne distillent plus leurs messages subliminaux à la société, et notamment aux jeunes filles.

Après l’adoption d’une motion de la Verte Sandrine Bavaud en 2012, le Conseil d’État annonce la sortie de nouveaux articles de loi contre les publicités sexistes dans l’espace public. Jacqueline de Quattro, ministre chargée de l’Égalité, les a présentés lundi. Après le tabac et l’alcool, les images de domination d’un sexe par l’autre n’auront donc plus droit de cité. «Il s’agit, martèle Jacqueline de Quattro, de délivrer un message fort contre le sexisme qui ronge notre société.» Pour la conseillère d’État, les stéréotypes sexuels mettent en cause l’égalité.

La loi sur les procédés de réclame condamnera les images contenant des stéréotypes sexuels, à plus forte raison lorsqu’il n’y a pas de lien avec le produit vanté. Plus question non plus de tolérer les représentations de personnes servant d’aguiche «dans une représentation purement décorative». Les scènes évoquant des rapports de pouvoir voire de violence tolérée passeront sous le coup de la loi.

Dignité humaine

Le programme est vaste. Les partisans de la liberté de commerce se manifesteront inévitablement, notamment au Grand Conseil, qui examinera la loi cette fin d’année si tout va bien. Jaqueline de Quattro apporte d’ores et déjà une nuance: «J’admets qu’il devra y avoir une palette d’appréciations. Il ne s’agit pas de faire un cours de morale.»

La Commission consultative sur les procédés de réclame, qui existe déjà, sera complétée et pourra donner un préavis, tandis que les communes resteront maîtresses du jeu. «L’idée est de donner les compétences liées au métier dans les domaines de l’éthique et de la sociologie à la commission, tandis que les communes garderont la compétence de sanctionner», note Maribel Rodriguez, cheffe du Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Lausanne n’a pas attendu le Canton. La Ville a monté en 2007 une commission consultative d’affichage sur les discriminations et établi une liste de critères pour l’appréciation des demandes adressées à la Municipalité. En Suisse, le canton de Bâle-Ville s’est doté d’une loi contre la publicité sexiste.

Maribel Rodriguez précise que la loi vaudoise modifiée ne vise pas uniquement la protection de la femme ou de l’image de la femme: «La Constitution suisse comprend des articles contre la discrimination, l’égalité et la dignité humaine. Les scènes de domination, d’asservissement ou de dénigrement seront dans la ligne de mire, qu’elles concernent des femmes, des hommes ou des enfants.»

Peu après la conférence de presse, les Verts ont annoncé leur satisfaction, même s’ils regrettent que la modification légale ne soit pas arrivée plus tôt. Pour le parti, il n’est plus tolérable de voir dans les rues des images qui ont «un effet dévastateur sur la représentation que les jeunes filles ont de leur propre corps».

Créé: 02.07.2018, 19h55

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