La machine à remonter le temps est enfin accessible

EPFLLe projet «Time Machine», en lice pour un financement européen monstre, tient sa première conférence

A g., la reproduction exacte de Venise en 1600. A dr., une vue satellite de la Sérénissime de nos jours. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«Attention, le programme est très addictif!» Père du «Venice Time Machine», ambitieux projet qui vise à reconstituer numériquement la Cité des Doges, Frédéric Kaplan, responsable du Laboratoire d’humanités digitales de l’EPFL, a les yeux qui brillent tandis qu’il allume son smartphone. Et pour cause, il surfe sur la machine digitale à remonter dans le temps qu’il a inventée.

Depuis mardi matin, en quelques clics, il est possible d’assister à la naissance de Venise bâtiment par bâtiment, de comparer la ville telle qu’elle se présentait au XVe siècle à ce qu’elle est devenue. Dans cette visite dans le passé, les férus d’art ne sont pas en reste. «Ils peuvent trouver un tableau qui les intéresse et chercher visuellement les liens qui unissent cette œuvre à tant d’autres tableaux à l’échelle européenne. Ce qui permet de comprendre comment la circulation d’un motif a pu aller de l’Italie jusqu’à la Flandre et revenir, transformé, quelques siècles plus tard pour constituer cette source d’échanges qui, malgré des diversités importantes, fait de l’Europe une unité», explique le chercheur.

Après quelques minutes pour découvrir l’interface et son fonctionnement, la machine à remonter le temps est effectivement très addictive. En particulier la fonction «Atlas», qui permet de suivre l’évolution de la ville et de comparer les vues satellites des années 2000 au cadastre napoléonien de 1808. Le tout avec une précision incroyable: chaque rue, chaque parcelle, chaque bâtiment est annoté, répertorié et reconstitué.

Ne manque plus que la reconstitution de la population et les interactions entre les habitants, mais Frédéric Kaplan promet la fonction pour «ces prochains mois». Cette véritable prouesse, à mi-chemin entre Google Maps et Facebook, a été rendue possible après plus de six ans d’un travail acharné. Pour reconstituer l’histoire de la Sérénissime, ce sont des millions de documents, plus de 100 kilomètres d’archives (cartes, relevés officiels, documents légaux, tableaux…) qu’il a fallu digitaliser. Des scanners dernière génération qui numérisent des livres sans même les ouvrir, des robots ou encore des drones ont été mis à contribution, de même que des algorithmes de reconnaissance d’écriture dopés à l’intelligence artificielle.

Ce travail titanesque, encore en cours, a fait des émules. Amsterdam, Paris ou encore Budapest sont en train de construire leurs machines. Elles sont, à terme, destinées à n’en former plus qu’une à l’échelle du continent. Le tout a ainsi donné lieu à un projet plus vaste, «Time Machine», en lice pour décrocher un financement monstre délivré par l’Union européenne: 1 milliard d’euros sur dix ans, dans le cadre des navires amiraux stratégiques de la recherche du Vieux-Continent. À l’image du «Human Brain Project» ou, plus récemment, l’énorme projet destiné à la physique quantique.

Tous les acteurs du dossier, qui représentent 225 institutions issues d’une trentaine de pays d’Europe, les partenaires industriels et les chercheurs, sont actuellement à l’EPFL, où se tient la première conférence de «Time Machine». «C’est l’alliance la plus large jamais établie entre le monde du patrimoine culturel et celui de la technologie et de l’intelligence artificielle. Cette conférence permet de démontrer l’enthousiasme européen qui est en train de se mettre en place. Car indépendamment du milliard d’euros de Bruxelles, le projet est solide et durable. Pour autant, le financement européen nous octroierait un leadership sans précédent.»

www.timemachine.eu

(24 heures)

Créé: 31.10.2018, 07h22

Articles en relation

La machine à remonter dans le temps de l'EPFL vise le milliard

Projet Les responsables du projet Time Machine travaillent pour convaincre l’Europe de leur décerner un financement monstre. Plus...

L’EPFL en lice pour un projet européen monstre

Science Deux programmes de recherche ont été sélectionnés pour tenter de décrocher un financement. Avec 1 milliard à la clé. Plus...

Paid Post

Le casual dating est-il fait pour vous?
L’idée d’une rencontre purement sexuelle sans aucun engagement peut paraître séduisante, mais une petite mise au point s’impose.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 14 novembre 2018
(Image: Bénédicte) Plus...