La mise des vins, un patrimoine en péril

ViticultureSamedi aura lieu la 215e vente aux enchères des vins de Lausanne, une des trois dernières mises qui subsistent dans le canton.

Tania Gfeller – ici au caveau de la Municipalité – gère les domaines de la Ville depuis 2011, avec une équipe rajeunie.

Tania Gfeller – ici au caveau de la Municipalité – gère les domaines de la Ville depuis 2011, avec une équipe rajeunie. Image: PHILIPPE MAEDER

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Il n’en reste plus que trois. Autrefois traditionnelle dans les communes vaudoises propriétaires de vignes, la mise aux enchères publiques des vins n’a plus lieu qu’à Lausanne, à Bourg-en-Lavaux et à Corcelles-près-Payerne (lire encadré), dans ce qui demeure le deuxième canton viticole de Suisse. Mais si la tradition se perd, et parfois coûte, les derniers organisateurs l’élèvent au rang de patrimoine.

La mise aux enchères de Lausanne, qui se donne tout début décembre depuis 1803, est même inscrite au Patrimoine culturel immatériel vaudois depuis 2014. C’est aussi cette année-là que la Ville a cessé de vendre son vin en vrac, une méthode qui s’adressait surtout aux grossistes. «Nous avons voulu rendre la mise aux Lausannois», explique Tania Gfeller, responsable des vignobles de la Ville (33 ha à Lavaux et sur La Côte).

Dans la même idée, Lausanne a supprimé les lots de plus de 120 bouteilles et réduit le minimum de mise à 36 bouteilles dès 2016. «Nous avons encore doublé le nombre des petits lots cette année, continue Tania Gfeller. C’est un choix stratégique. Les gros lots n’avaient souvent qu’un miseur, et n’étaient donc pas surenchéris. Cela rallongeait la vente sans rendre l’événement vivant.» C’est encore parfois le cas à Bourg-en-Lavaux (13 ha à Epesses, à Villette et à Calamin), où le minimum à acquérir est de 225 litres (300 bouteilles), le maximum de 1200. Et où, en 2014, petite année en volume, deux acheteurs s’étaient réparti 95% des lots.

Dix fois moins de volume

En «sortant» les grossistes des enchères – ils ont dorénavant droit à une commande en primeur –, Lausanne a aussi réduit jusqu’à dix fois le volume qu’elle met en vente lors de la mise (de 250 000 à 25 000 bouteilles). «On a conservé ce qui était acheté par les particuliers», justifie Tania Gfeller. Chaque édition voit tout disparaître, mais il n’est pas d’actualité de mettre plus de volume en jeu. Le vin communal pourra toujours être acquis à l’unité dans les commerces qui en distribuent la Sélection L – gamme moderne qui mise sur le terroir, le vieillissement ou certaines techniques particulières – ou les bouteilles traditionnelles, revendues par les grossistes – vinifiées en foudres de bois avec une sortie précoce.

Hors mise, les crus lausannois coûteront toutefois plus cher. «Il y a un équilibre à trouver, pour vendre les bouteilles misées à un prix correct pour la Ville et pas trop cher pour les Lausannois», explique l’œnologue. Car l’objectif est d’attirer de nouveaux miseurs, à l’heure où les années de petites récoltes sont déficitaires et où la salle du Conseil communal compte bon nombre de têtes blanches le jour de la mise. «Ce renouvellement ne se fait pas naturellement», insiste Tania Gfeller.

«Un rôle de formateur»

Pour attirer les nouveaux miseurs, la Ville redouble d’inventivité. Un Club des gardiens de la mise a vu le jour, qui invite les acheteurs à divers événements, notamment un après-midi de vendanges, et permet de garder un lien. Aussi, pour le 215e, les bouteilles revêtiront des étiquettes «vintage» dessinées dans les années 30 à 50 par Frédéric Rouge et Fortuné Bovard. Des coffrets d’anciens millésimes seront aussi proposés aux enchères.

Autre nouveauté cette année, deux master class (sur inscription) permettront aux intéressés de se familiariser avec la dégustation de vins nouveaux. En effet, la vinification n’est pas terminée au moment de la mise; la période de début décembre a été choisie en 1803 par Lausanne pour «être les premiers», à une époque où la concurrence était forte. «Nos anciens miseurs achetaient sur la confiance. Maintenant, les gens ont besoin de goûter, de comprendre ce qu’ils boivent, de savoir ce qu’ils achètent. La Ville doit avoir ce rôle de formateur.» (24 heures)

Créé: 04.12.2017, 16h54

Trois mises

Lausanne mise ses vins samedi 9 décembre à la salle du Conseil communal, dès 9 h 30. Dégustation libre: je 7 et ve 8, 17 h à 21 h, caveau de la Municipalité (entrée passage de l’Hôtel de Ville). Master class: je 7 et ve 8, 14 h à 15 h, caveau de la Louve (entrée libre, mais limitée; inscription à vignobles@lausanne.ch). www.lausanne.ch/encheres-vins

Bourg-en-Lavaux mise ses vins le 23 février 2018 à la salle Davel, à Cully, dès 17 h, après le traditionnel tir au canon. Dégustation de 14 h à 16 h 30 à la cave de la Maison Jaune.

Corcelles-près-Payerne mise ses vins le 3 mars 2018 à l’Auberge de Corcelles dès 13 h. Dégustation dès 9 h à la cave de la Grotte, à Payerne.

A Corcelles, ce serait difficile sans la mise

Depuis plus de cent vingt ans, Corcelles-près-Payerne vend aux enchères les crus issus de ses 4,3 hectares à Lavaux, chaque premier samedi de mars. «Plus du tiers de notre production part en un jour, se réjouit Sylvain Rapin, responsable de la cave communale. Sans la mise, ce serait difficile d’écouler tous nos vins sans investir dans la promotion.» Seulement voilà, le service de la cave – dont le chiffre d’affaires s’élève à 450 000 francs, dont 150 000 le jour de la mise – est déjà déficitaire, et perd chaque année entre 40 000 et 50 000 francs. Pourtant, il n’a jamais été question de renoncer ni aux vignes ni à la vinification. «C’est notre patrimoine et cela fait aussi la notoriété de Corcelles-près-Payerne!» En effet, les vins communaux sont connus loin à la ronde: 50% des miseurs viennent de Suisse alémanique, certains depuis Saint-Gall, quand 20% sont Corçallins et les autres Romands. Quelque 400 il y a une décennie, ces acheteurs peinent pourtant à se renouveler. «On a vu ces dernières années de vieux clients emmener leur descendance, dans l’idée de leur transmettre la tradition, témoigne Jean-François Pahud, secrétaire municipal. Mais c’est difficile de trouver la recette pour attirer les plus jeunes.» Des essais ont été tentés, comme la production de vin doux, qui a déplu aux Alémaniques. Et l’idée de faire parrainer un cep, avec une après-midi d’effeuille et une de vendanges, est restée inaboutie, trop lourde à mettre en place. En revanche, la vente de plus petits lots – 24 ou 48 bouteilles au lieu de 50 à 100 bouteilles – appliquée depuis dix ans plaît à une clientèle plus jeune. Mais le résultat de la mise s’en ressent: des 35 000 bouteilles vendues ce jour-là dans les années 80, on descend aujourd’hui à peine à 15 000. «Les gens n’aiment plus stocker le vin, constate Jean-François Pahud. Ils préfèrent revenir acheter un carton plus tard.» Ils le paieront du coup entre 1 fr. et 1 fr. 50 de plus la bouteille, pour laisser aux miseurs un petit avantage. Et ne goûteront pas au folklore des surenchères à 2 centimes encore pratiquées à Corcelles.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Des dizaines d'automobilistes ont été bloqués dans le Chablais, pendant plusieurs heures pour certains. La situation était également chaotique sur les routes secondaires parsemées de congères.
(Image: Bénédicte) Plus...