La pharmacie oubliée de dame Nature refleurit à Mézières

La clé des champs (3/40) La jeune équipe de l’Apothèque du Jorat cultive cataire, hysope ou valériane selon les préceptes de la biodynamie

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Elles grandissent à la dure, exposées aux quatre vents, sous des noms à coucher dehors. Il y a l’épiaire pour l’anxiété, l’hysope pour l’asthme, la guimauve pour les aphtes, la valériane pour l’insomnie, la rue fétide pour les coliques, la sauge sclarée pour les règles douloureuses… La pharmacie de dame Nature fleurit sur les terres de l’Apothèque du Jorat, à Mézières. La maison produit herbes aromatiques, légumes et fleurs. Mais les plantes médicinales indigènes sont sa spécialité.

«Pas de la mauvaise herbe»

Cette jeune entreprise – l’une des rares du pays suivant les préceptes de la biodynamie – vend ses produits deux fois par semaine au marché de Lausanne, sur la Palud. «Quand les clients voient de la benoîte, par exemple, ils nous disent: «Ah mais ça, c’est de la mauvaise herbe, j’en ai plein chez moi!» raconte Gwendoline Rubin, horticultrice. Je leur demande s’ils savent à quoi elle sert. On a oublié les vertus de ce patrimoine. Pourquoi importer des plantes d’Inde ou d’Amérique du Nord alors qu’on a tout sous la main? Les plantes de chez nous sont en rapport avec les maux de chez nous.»

L’Apothèque du Jorat trouve ses fondements dans une histoire de famille. Gwendoline Rubin, son frère Gaël Rubin, la compagne de ce dernier, Tara Rollinet, et leur ami Philippe Vojvodic sont tous professionnels de la branche verte. La bande a débuté en plantant quelques tomates dans le jardin familial, à Poliez-Pittet. La pépinière a grandi, gentiment. Il y a deux ans, le quatuor déménage à Mézières sur un terrain de 5000 m2 grâce à un financement participatif qui a dépassé leurs attentes. «On était les premiers à mettre en valeur les plantes pour leurs vertus et pas seulement leur côté ornemental, précise Gaël Rubin en surveillant du coin de l’œil son fils de 16 mois. Aujourd’hui, les grosses pépinières s’y mettent aussi.»

La production répond au cahier des charges Demeter, plus strict que les labels bios. Les jeunes gens ont fait des principes de l’agriculture biodynamique une philosophie de vie. «Limiter l’impact de l’homme et s’adapter à la nature», résument-ils. Il s’agit de suivre les saisons et les phases lunaires. «On plante plutôt l’après-midi car les forces sont descendantes, par exemple», explique Gwendoline Rubin. La jeune femme évoque une préparation incontournable: la «bouse de corne», de la bouse de vache mise dans une corne et enterrée durant six mois. «Le temps qu’elle composte et se gorge des forces terrestres. Puis on dynamise la préparation avec de l’eau de pluie et on l’épand à grosses gouttes juste avant la nouvelle lune pour favoriser le système racinaire. Si ça marche? On a jamais eu de problème, en tout cas.»

Ici, les plantes sont cultivées à partir de la graine (et non pas de la bouture), histoire de brasser la génétique et d’obtenir des exemplaires uniques, bien vigoureux.

Le bio? «Trop permissif»

«Le label bio est trop permissif, juge Gaël Rubin. Un agriculteur classique peut faire moins de mal à l’environnement qu’un producteur bio qui cherche le rendement à tout prix. On peut décider de tout raser sur un terrain pour faire du blé bio! Ce qui tue vraiment la biodiversité, c’est la destruction des haies, des marais… La biodynamie crée des foyers de vie pour limiter l’impact des prédateurs grâce à la concurrence. On a perdu nos oiseaux, nos papillons; il n’y a plus de zones de vie. Nous, on sacrifie de l’espace pour avoir du bosquet, de la prairie et des zones humides.»

Nous voici à l’étang, creusé récemment pour recueillir l’eau de pluie et assurer l’arrosage. Le bassin regorge de grenouilles, crapauds et tritons. «Si on peut recréer un petit écosystème en apportant de la biodiversité locale et en faisant revenir les insectes et les abeilles, c’est tout bénef, commente Gwendoline Rubin. On veut offrir à la nature un endroit de paix où les choses se font comme elles doivent se faire.»

Côté administratif, l’Apothèque bataille pour se mettre en règle avec le Canton. Côté production, elle rêve d’une autonomie totale. «Le terreau est à peu près la seule chose qu’on importe.» L’achillée est utilisée comme antifongique, l’ortie pour stimuler le système immunitaire, l’absinthe pour chasser les pucerons…

Les visiteurs sont les bienvenus sur le domaine pour la vente directe. «Ça change des garden centres, sourit Gaël Rubin. Quand on aura déménagé ici notre champ de fleurs et créé le potager, ce sera vraiment joli.»

En 2010, la Suisse comptait 250 exploitations biodynamiques. Elles sont désormais au nombre de 324, dont 35 en terres vaudoises.


Pour retrouver tous les épisodes de la série: Un été à la campagne à la rencontre de nos paysans


Créé: 10.07.2019, 09h48

Avec le soutien de





Conseil d'experte

L’horticultrice Gwendoline Rubin s’est toujours intéressée aux plantes médicinales.

«Je trouvais dommage qu’on ne m’en parle jamais durant la formation.» L’autodidacte se soigne «un maximum» avec ses plantes.

«Quand j’ai des problèmes de digestion, c’est tisane d’absinthe, direct. C’est amer mais on s’habitue et ça fait du bien tout de suite.

Pour les angoisses, quand ma tête ne veut pas s’arrêter, je mise sur la tisane de chanvre.» Dans sa trousse à pharmacie de base: la mélisse pour calmer les nerfs, l’échinacée pour renforcer le système immunitaire, l’agastache contre les refroidissements, la saponaire contre l’eczéma et le psoriasis, l’agripaume pour l’anxiété.

«J’utilise aussi les plantes en cuisine: la sarriette, la livèche, l’hysope… Je conseille le sirop de monarde et la crème à la cataire. Délicieux!»

En détail



La valériane est plébiscitée en décoction pour lutter contre les insomnies mais aussi le stress, l’anxiété et l’hypertension.




Ce bassin fait maison récupère l’eau de pluie pour l’arrosage. L’étang est rapidement devenu le royaume des batraciens.




La consoude agit sur les crevasses, escarres, entorses, tendinites, arthroses, rhumatismes et gerçures du sein. Entre autres.

Les épisodes de la région lausannoise

Le projet «Clé des champs»: Un été à la campagne à la rencontre de nos paysans



1° Truffes au Mont-sur-Lausanne
Spécialisé dans les grandes cultures, Christophe Corbaz a créé deux truffières. Il espère sentir l’odeur de sa première truffe cet automne.


2° L’école à la ferme à Ropraz
Poules, paons, cygnes noirs, cerfs… La ferme du Mélèze abrite une multitude d’animaux qui font le bonheur des écoliers.


3° L’Apothèque du Jorat
Quatre jeunes pousses vertes passionnées par la nature partageaient la même envie: proposer des plantes médicinales locales. Ils ont commencé gentiment au fond du jardin. Leur projet est florissant.


4° Du lait à Froideville
David Jaccoud croit en l’avenir du lait industriel et vient d’investir dans une nouvelle écurie «pour que les enfants puissent continuer à voir une vache se faire traire».


5° Les noix de Lovatens
Olivier Pichonnat a misé sur la culture de la noix en plantant près de 3000 noyers en 2010. Neuf ans après, il attend sa première récolte.

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