La pub de certains avocats vaudois va-t-elle trop loin?

PublicitéLa pub de certains avocats sur l’annuaire local.ch jouerait avec les limites légales. La dignité de la profession est-elle en jeu?

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Ils ont payé cher, parfois très cher, pour apparaître dans des bandeaux colorés en tête de l’annuaire local.ch. Certains ont même acheté le droit d’apparaître en tête de liste lorsque l’on recherche le nom d’un de leurs confrères.

De nouvelles méthodes publicitaires utilisées par certains avocats qui font grincer des dents. Il y a moins d’un mois, ils recevaient tous une lettre de leur bâtonnier, Elie Elkaim. Ou plutôt une remise à l’ordre face au «mécontentement grandissant». En plus de demander de renoncer à ce type de réclame, le bâtonnier indiquait que ces pratiques sont susceptibles de violer la loi. «On n’interdit pas l’usage, mais on invite les avocats à se montrer sévères avec eux-mêmes», commente-t-il.

C’est que le métier de ces hommes de loi doit s’exercer dans la dignité et l’indépendance. Comme le médecin, l’avocat prête serment. Il est celui qui permet l’accès au droit et auquel le citoyen doit pouvoir faire confiance, il doit donc exercer son métier «avec soin et diligence», selon le Tribunal fédéral. «Nous sommes des auxiliaires de justice, et non pas des agents commerciaux», précise Elie Elkaim.

Des règles strictes

Auparavant proscrit, l’usage de la publicité s’est assoupli depuis les années 1980, principalement en Suisse alémanique. La liberté économique inscrite dans la Constitution, et surtout l’entrée en vigueur de la loi fédérale sur la libre circulation des avocats autorisait finalement en 2000 la publicité.

Mais à certaines conditions strictes. «La publicité d’un avocat ne doit pas être tapageuse, les informations doivent être objectives et liées à son activité», poursuit le bâtonnier. Deux exemples: un avocat ne peut pas s’affirmer meilleur qu’un autre, il ne peut pas non plus apposer une enseigne racoleuse sur une façade.

Avec son nom en top de liste quasi à chaque recherche sur local.ch, Me Véronique Fontana fait partie des avocats qui assument faire une publicité très active. «J’ai payé pour être bien placée sur local.ch, tout comme mon site Internet est bien référencé sur Google. L’objectif à mes yeux est de rester visible même si, après vingt-cinq ans de carrière je n’ai pas besoin de développer impérativement mon activité.»

De là à frôler l’illégalité? «La publicité sur local.ch me paraît conforme à la déontologie et proportionnée. Je n’entends donc pas modifier ma pratique, sauf si elle est clairement déclarée contraire à nos usages par nos instances professionnelles», répond-elle.

«Nous sommes des auxiliaires de justice et non pas des agents commerciaux»

L’avocat lausannois José Coret utilise lui aussi les services payants de l’annuaire en ligne. «Je l’utilise surtout pour pouvoir mettre en avant mes compétences de spécialiste en droit de la famille et en droit du travail. J’ai investi beaucoup de temps et d’argent pour obtenir ces titres, et c’est pour moi l’une des rares solutions qui existent pour les rendre visibles.»

S’il trouve qu’un bon référencement sur un annuaire est compatible avec la dignité de sa profession, il pose certaines limites: «La question est différente lorsque vous cherchez les coordonnées d’un avocat précis et qu’une annonce pour un autre avocat apparaît avant même les coordonnées de l’avocat recherché. Cela pose alors à mon avis un problème de concurrence déloyale.»

Local.ch n’est que la pointe de l’iceberg. Sur Internet, les sites d’avocats à vocation commerciale fleurissent. Jeudi dernier encore, l’avocat genevois Pierre Bayenet présentait le sien devant la presse. Il y propose ses services en ligne pour un montant forfaitaire. Et sur le moteur de recherche Google, chacun cherche surtout à apparaître en tête de liste. Mais c’est aussi la concurrence toujours plus vive dans le métier qui pousserait certains à tenter de se démarquer. Environ 650 avocats et 150 avocats stagiaires exercent rien que sur Vaud. Avec en plus la multiplication des sociétés de conseil, le marché est tendu.

«Celui qui débute dans le métier ne peut plus attendre que son téléphone sonne», estime Me Amédée Kasser, membre du comité de la Fédération suisse des avocats (FSA). S’il approuve l’idée d’utiliser un bon référencement, il est toutefois opposé à une publicité tapageuse ou déloyale envers des confrères.

Un sujet tabou

Plusieurs hommes de loi – qui ont préféré rester anonymes – parlent d’un tabou de la publicité, alors que la plupart des avocats trouveraient des moyens pour en faire. «J’observe que le canton de Vaud est certainement plus conservateur que d’autres à ce sujet, poursuit Me Véronique Fontana. Certains sont dérangés par des avocats qui utilisent les moyens de publicité à disposition. C’est un peu le discours de l’ancienne école, qui veut qu’un avocat reste discret et ne se montre pas trop.»

Reste que le libéralisme tempéré du Tribunal fédéral fait aujourd’hui foi. «Nous portons des valeurs de justice et nous n’offrons pas un service comme les autres», estime un avocat renommé de la place. A ses yeux, le justiciable doit pouvoir choisir un avocat en fonction de ses compétences et sur une relation de confiance. «On ne choisit pas son chirurgien parce qu’il a le plus gros bandeau de pub sur Internet. Cela ne doit pas être différent pour l’avocat.» (24 heures)

Créé: 12.10.2015, 06h54

Une pub qui coûte cher

La majorité des avocats vaudois sont inscrits gratuitement sur local.ch. Impossible de connaître le nombre de ceux qui ont choisi des offres payantes. Une indication: tous les emplacements privilégiés contingentés, soit les annonces qui apparaissent en tête de page, sont actuellement occupés.

«Cela représente une vingtaine d’avocats qui ont payé pour ce service», précise Claude-Alain Lorétan, directeur régional de local.ch. Certains paient pour que leur bandeau d’annonce apparaisse à chaque fois qu’un internaute cherche un avocat dans le canton. D’autres pour apparaître en haut de la liste selon certains mots-clés. Et cette méthode de publicité peut coûter cher. «Un bandeau en tête de page coûte entre 1590 et 3490 francs par an, indique le directeur régional. Ce n’est rien comparé aux milliers de francs requis si l’on veut avoir un site bien référencé sur Google.»

Et l’annuaire a des arguments. Il est le troisième site le plus utilisé de Suisse, 75% de la population l’utilise, selon l’étude REMP. «Cela est très intéressant pour les avocats, affirme Gregor Faust, porte-parole de local.ch. Il s’agit du 5e terme le plus recherché après les restaurants, les médecins, les coiffeurs et les garages.»

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