La santé publique se frotte au terrain

MédecineL’État veut mieux coller aux besoins des Vaudois. Il lance le grand projet Alliance Santé.

Stéfanie Monod, gériatre et cheffe du Service vaudois de la santé publique.

Stéfanie Monod, gériatre et cheffe du Service vaudois de la santé publique.

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Le Service de la santé publique (SSP) planche sur la réorganisation du réseau de soins de première ligne, mis sous pression par le vieillissement de la population, la prévalence des maladies chroniques et les polymorbidités. Le projet Alliance Santé doit permettre de mieux comprendre les besoins de la population pour coller aux préoccupations du terrain. Ce projet, encore un brin théorique, marque un tournant dans la politique vaudoise de santé publique.

L’État veut créer un centre universitaire de médecine générale et de santé publique, unique en Suisse. Sa mission: piloter la médecine communautaire (réseau de soins primaires, accès auxdits soins, promotion de la santé et prévention).

«Nous voulons créer un pôle académique qui s’occupe des besoins globaux en santé de la population», résume le ministre vaudois de la Santé, Pierre-Yves Maillard. «Un centre de compétences partenaire de la réflexion et de l’action au service de la santé publique, commente Stéfanie Monod, gériatre et cheffe du SSP. Le réseau de soins va fonctionner si son fondement, le réseau primaire, est efficace.»

Il s’agit de se rapprocher des différents acteurs de terrain pour aligner leurs actions et leurs préoccupations sur les politiques publiques et les connaissances scientifiques. La réorganisation devrait aussi permettre de simplifier le système pour un meilleur confort des patients, parfois perdus dans un réseau morcelé en de multiples prestataires. Le futur centre universitaire entraîne la fusion de trois entités dès 2019: l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive, Promotion Santé Vaud (issue de la dissolution des Ligues de la santé) et l’Institut romand de santé au travail. Leur regroupement se fait autour de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne, qui s’agrandit considérablement. Elle est la pierre angulaire d’Alliance Santé. Son directeur, Jacques Cornuz, pilote le projet et est pressenti pour diriger le futur centre.

Les différents partenaires amenés à fusionner remplissent une mission de santé publique, touchent des subventions mais agissent de façon trop éclatée, juge Pierre-Yves Maillard. Le Service de la santé publique veut travailler plus étroitement avec eux et créer des synergies. «Il aurait un partenaire fort, unifié, chargé de penser et de mettre en œuvre des politiques publiques basées sur des évidences.»

S’allier avec les praticiens du terrain permettrait notamment de repérer les expériences qui portent leurs fruits, de les généraliser et de développer de nouveaux modèles, par exemple dans le domaine des maisons de santé ou du système de garde des médecins. «Nous avons besoin d’aide pour construire les outils d’une politique de santé plus efficiente et réaliste», confirme Stéfanie Monod. Elle évoque «un mariage d’expertise et de préoccupations communes pour la recherche de solutions pragmatiques. Les compétences sont là, mais les institutions ont peu de possibilités de mutualiser les ressources.»

«Une seule porte d’entrée»

«Le morcellement des responsabilités et la multiplication des acteurs rendent la mise en place de politiques publiques extrêmement compliquée, abonde Jacques Cornuz dans la Revue Médicale Suisse. En proposant une seule porte d’entrée, Alliance Santé va permettre d’améliorer l’efficience des politiques publiques. Et donc faciliter la promotion de la santé.»

Alors que le futur centre regrouperait ce qui relève de la médecine communautaire, le CHUV, lui, se concentrerait sur la médecine hautement spécialisée. L’Institut universitaire de médecine sociale et préventive, qui est rattaché au CHUV, serait donc détaché de l’hôpital. Alliance Santé signe aussi la disparition du Département universitaire de médecine et santé communautaire.

Ingérence?

Qui dit fusion dit inquiétudes. Stéfanie Monod se veut rassurante: «La Policlinique médicale universitaire ne va pas «absorber» les autres entités. Il s’agit de construire ensemble quelque chose de neuf.»

La santé publique veut être plus proactive. D’aucuns parleront d’ingérence. «Nous voulons tisser des liens plus directs avec les partenaires, sans enlever la liberté académique», précise Pierre-Yves Maillard. Le conseiller d’État évoque une «allocation plus intelligente des ressources». «Le système de santé ne manque pas d’argent mais de coordination. Et dans la mesure où il dépend beaucoup de l’argent public, l’État, soumis au contrôle démocratique, est naturellement appelé à assurer cette coordination.»

Le futur Centre universitaire de médecine générale et santé publique marque, comme son nom l’indique, un rapprochement notable avec la médecine générale. Stéfanie Monod précise qu’il ne s’agit pas de plaquer des exigences sur les médecins de famille mais de «travailler ensemble». En se demandant, par exemple, de quoi les praticiens ont besoin et ce qui pourrait être organisé différemment.

Le rapport du groupe de projet définira plus précisément les missions du futur établissement, sa gouvernance et les liens avec l’UNIL, entre autres. «Ce rapport devrait donner le départ au processus de fusion, explique Stéfanie Monod. La consolidation de l’identité de ce centre se fera progressivement.» (24 heures)

Créé: 10.02.2018, 17h49

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