La singulière histoire de la brasserie Boxer au pays du chasselas

Bière vaudoiseTenace et indépendante, à l’image du chien qui en est le symbole, l’entreprise a vécu une intrigante aventure. Parfois amère ou épicée… à l’indienne

La salle de brassage de la bière Boxer, à Romanel-sur-Lausanne, prise en photo en 1990. Construite au début des années 60, elle vit ses derniers jours d’activité dans les odeurs maltées. A Yverdon, un équipement dernier cri sera inauguré au printemps.

La salle de brassage de la bière Boxer, à Romanel-sur-Lausanne, prise en photo en 1990. Construite au début des années 60, elle vit ses derniers jours d’activité dans les odeurs maltées. A Yverdon, un équipement dernier cri sera inauguré au printemps. Image: Philippe Maeder - A

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«Boxer est un peu le vilain petit canard dans le monde de la bière suisse et tout ce brassage passe sur ses plumes comme des gouttes perlées.» Nous sommes en 1990 et le cartel des brasseurs avait volé en éclats par le fait de Cardinal. Mais la brasserie de Romanel-sur-Lausanne, restée farouchement indépendante, allait tout de même entrer dans une grosse zone de turbulences d’où elle faillit ne jamais ressortir. Aujourd’hui, ces paroles du directeur de l’époque font sourire. Sans amertume aucune, car la brasserie a survécu. Elle est en pleine santé et s’apprête à prendre un nouveau virage avec son déménagement ce printemps à Yverdon, sur l’ancien site Arkina.

La brasserie Boxer, c’est l’aventure un peu folle d’un maître brasseur thurgovien, Albert Heusser, qui s’est mis en tête de créer une brasserie au pays du chasselas. Chez un peuple qui cultive l’art du vin plutôt que de la cervoise.

Mais ce Thurgovien a le caractère de son fidèle ami, le boxer Aramis: la ténacité et le goût de la liberté. Fondée en 1960, la brasserie est construite au milieu des champs. Elle fait mousser ses premières bouteilles trois ans plus tard dans des installations de tradition brassicole.

Rapidement, la production atteint son maximum de 30?000?hl par année. Mais en 1974, le fondateur décède accidentellement. Dès lors, dans un marché dominé par les grands du cartel, assoiffés, l’entreprise est sur le déclin. Au bord de la faillite, elle est reprise en 1982 par un brasseur de Douai, au nord de la France, Jean-Pierre D’Aubreby. Il met la brasserie au régime et parvient, avec 18 employés, à relancer peu à peu la cadence, notamment en produisant la bière Tell, marque de Coop, pour la Romandie.

Mais sous le silo en béton typique du bâtiment de Romanel, un nouveau tumulte commence à bouillonner dans les cuves de brassage en cuivre. Le brasseur de Douai décide de changer d’horizon. Son fils n’avait pas le goût pour le métier. Aussi surprenant que cela paraisse, en 1994, Boxer tombe dans les mains d’un Indien, Vijay Sharma, dont la famille avait repris un restaurant à Montreux. Mais l’homme d’affaires de Mumbai n’avait pas le karma – et surtout l’argent promis – pour anoblir la brasserie. La Boxer allait-elle renaître une nouvelle fois après cette deuxième mort annoncée? Gérée pendant quelques mois par l’office des poursuites, après liquidation de la société, les actifs sont repris à l’automne 1997 par les propriétaires de la brasserie saint-galloise Löwengarten, la famille Hauser, ainsi que par Lucien Grob et par Peter Keller, qui en est toujours le directeur.

Plus connue à Rorschach
Le paradoxe de la brasserie «vaudoise» était qu’elle comptait à ce moment-là près de 90% de sa clientèle outre-Sarine. En raison des attaches de son fondateur, disait-on, «Boxer est mieux connue à Rorschach qu’à Romanel!»

Séduire les Welsches, voilà le principal défi que devaient relever les repreneurs à côté de la modernisation des installations. Boxer mise alors sur ses spécialités: bière au malt et houblon dans une bouteille à bouchon mécanique, bières brune, de fête ou aux extraits de chanvre, l’Hacienda. Avec peu d’amertume, elle devait plaire aux dames. L’entreprise lance aussi un petit fût de 12,5?l à consommer entre amis.

Carton! C’est, en l’an 2000, le Tir fédéral… à Bière qui servira de déclic, remarque avec le sourire Peter Keller. Il est vrai que les goûts changent: dans les campagnes comme dans les bistrots en ville, les produits régionaux reprennent de la couleur face aux grandes marques internationales. Et le commerce de détail suit ce retour aux sources. La dernière brasserie industrielle indépendante de Suisse romande couvre certes moins de 1% du marché helvétique de la bière. Mais dans son marché de niche, Boxer peut encore grandir. Son prochain déménagement à Yverdon dans des installations flambant neuves lui en donnera les moyens. Sans montrer les crocs pour autant. (24 heures)

Créé: 04.03.2012, 23h01

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