La viticulture héroïque s’enracine dans tout le Pays-d’Enhaut
RougemontAprès le vigneron rebelle de Château-d’Œx, quinze autres Damounais plantent la vigne chez eux. En toute légalité. Le pasteur applaudit.
«Notre action relève davantage de la passion que de la rébellion», explique Colin Karlen. Le menuisier-charpentier et sa compagne Berny Constantin ont planté 200 plants de vigne sur leur propriété au Chésal, à Rougemont, tout près de l’église clunisienne du village où, dit-on, on a aperçu jadis quelques ceps. La plantation effectuée dans les limites légales de 200 m2, a été lancée samedi passé en présence de personnalités issues des milieux politiques, touristiques et religieux. Cela sous l’œil avisé du consultant Pascal Rittener-Ruff, le vigneron rebelle de Château-d’Œx dont le vignoble de 400 m2 est, lui, jugé illégal (lire encadré). «La vigne pousse bien à 1080 m d’altitude chez moi, commente ce dernier. Elle devrait encore mieux croître ici, 100 m plus bas.»
La vigne réunificatrice
Tout autant convaincus, une quinzaine d’autres Damounais ont également décidé de s’adonner à la viticulture héroïque (de montagne) à petite échelle, en toute légalité. Sous peu, la région comptera près de 3000 m2 de vignes dispersées, dont dix à Château-d’Œx, trois à Rougemont et deux à Rossinière.
Ce projet fédérateur me réjouit. La loi doit être mise au service des hommes et non pas pour contrecarrer leurs projets
Parmi les nouveaux viticulteurs en herbe, Claude Schnegg, ancien directeur de l’Union cycliste internationale (UCI) à Aigle, époux d’une municipale du lieu, a déjà planté 72 plants de Solaris et de Maréchal Foch aux Granges. «C’est une décision que j’ai prise tout naturellement, en dix secondes. Moi également, j’ai envie de faire du vin.» «J’ai décidé tout aussi promptement, juste après avoir goûté l’excellent cru de Pascal Rittener-Ruff», ajoute Colin Karlen. Une autre vigne a vu le jour en bordure du ruisseau du Mont sous l’impulsion des propriétaires, Jean-Robert et Francine Morier, respectivement entrepreneur et responsable du cadastre de Château-d’Œx. La famille Ludi à Rossinière, l’instituteur Émile Cherix, quelques autres agriculteurs et un propriétaire fortuné s’ajoutent encore à la liste.
Solidarité
Et toute l’opération se déroule avec la bénédiction de Guy Liagre, pasteur du Pays-d’Enhaut, qui applaudit des deux mains: «Alors qu’ils s’empoignent pour la télécabine de la Braye, la fusion de nos communes ou au sujet du tourisme, nos habitants se rassemblent autour de la vigne. Ce projet fédérateur ne peut que me réjouir.» Et le ministre ajoute: «La loi est mise au service des hommes et non pas pour contrecarrer leurs projets. Or, le cadastre viticole de notre district semble avoir été rédigé pour la Riviera, mais pas pour le Pays-d’Enhaut.»
Responsable de l’Office du tourisme de Rougemont, Cindy Morier soutient aussi par sa présence ces initiatives viticoles, dont elle apprécie le côté fédérateur: «Au vu de l’évolution climatique, nous devons tous ici travailler ensemble pour notre développement. Ces petites vignes amènent de la convivialité et nous permettront d’atteindre un nouveau public, les passionnés du vin, tout en mettant mieux en avant nos produits du terroir, tomme fleurette de Rougemont ou fromage de L’Étivaz.»
Ceux qui ne plantent pas de vigne viennent prêter leurs bras. Samedi, Jean-Michel Leuba, architecte à Château-d’Œx ou encore Marie-France Henchoz, inspectrice à la police de sûreté du même village, sont venus creuser la terre et arroser les 200 plants du nouveau domaine viticole du Chésal.
Mais l’idée de créer une coopérative vinicole au Pays-d’Enhaut n’a effleuré personne. Ce serait illégal.
Créé: 28.04.2019, 10h53
Empoignade au Tribunal fédéral
Face à l’interdiction de cultiver la vigne, Pascal Rittener-Ruff a saisi le Tribunal fédéral. Le vigneron rebelle de Château-d’Œx a recouru contre la décision du Tribunal cantonal lui interdisant de cultiver son vignoble de 400 m2, estimant, tout comme le Conseil d’État, qu’il se situe à une altitude inadaptée (1080 m). «Le caractère propice d’une parcelle doit être jugé à l’aune de la qualité du vin qui y est produit, argumente l’ancien forestier devenu assureur et passionné de viticulture. Or le Tribunal cantonal n’a jamais répondu à ma demande de soumettre mon vin à une expertise. Et celui-ci est jugé d’une qualité acceptable par plusieurs spécialistes.»
De son côté, le Tribunal cantonal avait rappelé que «les parcelles les plus élevées dans le canton se situent vers 700 m d’altitude, dans les communes de Bourg-en-Lavaux et d’Aigle, ces deux régions bénéficiant d’un microclimat particulier, accentué par la présence d’innombrables murs, ou de terrains en forte déclivité.» Ces dernières semaines, le Tribunal fédéral a demandé des informations complémentaires aux deux parties, notamment au sujet des «vins oubliés». Pascal Rittener-Ruff estime qu’ils méritent d’être réhabilités sur le cadastre viticole. Ce n’est pas l’avis du Conseil d’État.
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