Le Conseil d’Etat vaudois abandonne-t-il son Château?

SymboleCela fait six siècles que le pouvoir exécutif du Pays de Vaud siège au même endroit. Mais, peu à peu, la maison de l’Elysée devient son lieu de travail le plus fréquent.

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A l’Hôtel de Ville de Lausanne comme aux confins du Pays de Vaud, cela se dit depuis la nuit des temps, ou presque: c’est le «Château» qui commande dans ce canton. Le château en question étant celui de Saint-Maire, planté à l’extrémité la plus élevée de l’arête de la Cité, d’où se regardent de haut les quartiers populaires lausannois. Avec le temps, ce «Château» est devenu synonyme du pouvoir exécutif vaudois. Car après les prélats de l’évêché de Lausanne (d’environ 1400 jusqu’en 1536), puis les baillis de Leurs Excellences de Berne (jusqu’en 1798), le gouvernement cantonal y a établi son siège.

De si vieilles coutumes
Cela implique que le Conseil d’Etat s’y réunit chaque semaine, le mercredi de nos jours, dans une salle dont il a l’usage exclusif. Autour d’une table en fer à cheval vieille d’une quarantaine d’années, chacun des sept magistrats à sa place fixe, attribuée en fonction du rôle pour le président et le vice-président, et de l’ancienneté pour les autres. Un rituel y a cours, qui veut par exemple que les ministres se vouvoient.

Organisateur des travaux du collège, le chancelier a un petit bureau derrière le fauteuil du président. Sur le plateau de ce pupitre demeure une coupe en bois contenant des boîtes de même matière en forme d’écusson vaudois. Deux billes s’y trouvent, l’une blanche, l’autre noire, qui servent lors de votes si difficiles que même le recours aux bulletins secrets ne suffit pas, les ministres étant reconnaissables à leur écriture. Chancelier depuis 1997, Vincent Grandjean rassure: «Ce procédé n’est utilisé qu’une ou deux fois par législature, surtout pour entretenir la coutume.»

Si le chancelier a un aveu à faire, il est à chercher ailleurs: le Conseil d’Etat a une autre maison. Celle de l’Elysée, laissée libre dans sa partie sud par le Musée de la photographie qui y est établi. Un bien bel endroit, avec sa demeure de maître de la fin du XVIIIe et son parc aux essences majestueuses donnant sur le Petit-Ouchy. Depuis longtemps, le gouvernement reçoit là les hôtes auxquels il se doit d’offrir le repas. Dans son Château qui n’a plus été rénové depuis 1925, il ne peut servir que l’apéritif, faute de cuisine.

Il a donc été décidé, d’abord, que le Conseil d’Etat favoriserait les mercredis pour agender les réceptions toujours plus nombreuses où il se doit d’être à peu près in corpore. Et, ensuite, qu’à ces occasions il mènerait ses affaires sur place. Mais, petit à petit, le collège a aussi pris l’habitude de se retrouver à l’Elysée pour des raisons moins protocolaires. Dans un premier temps, ce fut pour des séances «au vert», consacrées aux grandes questions.

La boîte s’entrouvre
Puis vint la nécessité de gagner du temps. Quand ils prolongent dans l’après-midi leur séance du mercredi, les sept ministres ont l’habitude d’aller dîner ensemble dans un restaurant de la Cité. C’est sympa mais chronophage. «A l’Elysée, on mange sur place et c’est réglé en une demi-heure», observe Philippe Leuba, ministre de l’Economie. Car cette maison a l’avantage de disposer de la cuisine et du personnel nécessaires. Ainsi son intendance est-elle rondement menée depuis deux ans par Maria-Carla Grandjean, épouse du chancelier. Celui-ci ajoute qu’à l’étage, un espace utilisé depuis de nombreuses années comme salle de réunion a été adapté au travail du gouvernement: «Cela s’est fait au moindre coût, avec des tables modulables en U et l’équipement technique indispensable.»

Vincent Grandjean livre alors un autre décompte: «Depuis le début 2012, le Conseil d’Etat s’est réuni vingt et une fois à l’Elysée, et dix-huit fois au Château. Mais l’année précédente, le rapport était inverse.» Inverse, certes, mais de peu…

Alors pourquoi ne pas libérer le Château de la petite quarantaine de fonctionnaires qui y travaillent? Cela permettrait d’ouvrir au public ce monument national classé en note 1, et de donner une nouvelle attraction touristique à la Cité qui n’en compte pas tant. C’est à peine croyable, mais la question s’est vraiment posée au plus haut niveau, «à l’occasion du lancement des réflexions pour la restauration du Château», révèle Philippe Pont, chef du puissant Service cantonal immeubles, patrimoine et logistique (SIPAL). Le Conseil d’Etat a rapidement fait savoir qu’il souhaitait affirmer la continuité du pouvoir vaudois en restant dans son bastion. Mais la «commission de construction» qui prépare la restauration, prévue pour 2014 avec un devis de 15 millions, considère qu’il faut au moins entrouvrir le Château au public.

Conservateur cantonal, Laurent Chenu s’enthousiasme: «Un monument doit être vivant.» La restauration visera donc à rendre plus fonctionnelles les conditions de travail du Conseil d’Etat, de la Chancellerie et de l’état-major du Département de l’intérieur, également logé là. Elle servira aussi à mettre en valeur les richesses historiques du Château, et à concevoir un dispositif de visites compatible avec les règles de sécurité auquel un tel lieu doit répondre.

A priori, cette réhabilitation ne sera pas un luxe. Ainsi le corps historique du Château ne dispose-t-il toujours pas de l’eau courante, qui ne se trouve que dans l’annexe servant d’accès. «Pour une question de coût, cela restera comme ça», promet le chancelier Grandjean. Cela n’affole pas le président Pierre-Yves Maillard: «Quand on travaille, peu importe le cadre.» (24 heures)

Créé: 16.08.2012, 07h11

Des caves aux combles, bientôt une visite en ascenseur

Le mur extérieur du château Saint-Maire a beau être large de 2,80 mètres, sa mollasse s’érode à l’excès. Alors que la précédente rénovation a été menée entre 1910 et 1925, il a fallu attendre l’an dernier pour que le Grand Conseil vote le crédit d’étude en vue d’une restauration devisée à 15 millions de francs. Depuis, une commission cantonale de construction a conçu avec trois bureaux d’architectes (Amsler, Mondada et Delachaux) un projet qui n’a pas encore été soumis au Conseil d’Etat. Deux aménagements témoignent de la volonté de moderniser la fonction administrative du Château tout en l’ouvrant autant que possible à des visites publiques. Ainsi les caves seraient-elles vouées à la communication gouvernementale, avec une salle de conférences et une «cafétéria». Cet équipement servirait à fournir des collations aux ministres et à leurs hôtes. Un ascenseur placé dans des vides intérieurs du mur est projeté pour monter jusqu’aux combles. Sous le plus grand système de poutraisons du canton, une autre salle pourrait être aménagée, peut-être sous la forme d’un cube en verre. Réceptions et conférences s’y dérouleraient. Le chancelier Grandjean s’imagine déjà entraînant ses visiteurs dans les trois niveaux administratifs d’en dessous pour dévoiler les trésors historiques de son Château. Certains ont été découverts lors des sondages préparant la restauration. Ils seront présentés au public lors des Journées du patrimoine des 8 et 9 septembre prochain.

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