Le MCVD a quitté la scène dans l’indifférence

PolitiqueLe Mouvement citoyens vaudois a disparu des radars et ne ressuscitera pas pour les Cantonales.

En septembre 2010, le fondateur du MCG Eric Stauffer (à dr.) officialisait la création du MCVD avec l’ex UDC Jean-Pierre Grin-Michaud, qui en devenait le président. Il démissionna six mois plus tard.

En septembre 2010, le fondateur du MCG Eric Stauffer (à dr.) officialisait la création du MCVD avec l’ex UDC Jean-Pierre Grin-Michaud, qui en devenait le président. Il démissionna six mois plus tard. Image: Jean-Bernard Sieber-A

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A quoi se résume aujourd’hui le Mouvement citoyens vaudois (MCVD), dont l’apparition avait fait grand bruit en 2010? Il n’a jamais été flamboyant, le voilà éteint. Le MCVD n’a pris part à aucune élection depuis cinq ans et la plus récente mise à jour de son site rend hommage à sa présidente Tiziana Cordani, décédée fin 2015.

Quelques mois plus tôt, celle-ci annonçait dans la presse que le parti se préparait pour les communales de 2016. Mais personne n’a repris le flambeau après elle, les autres membres du bureau directeur restant dans l’ombre. Quant à la discrète page Facebook MCVD, qui partage de temps à autre des statuts patriotiques, elle n’est pas officielle, nous informe son administrateur. Lequel précise l’avoir créée avec l’accord de Tiziana Cordani, sans être lui-même membre du parti.

«Non, sauf coup de théâtre, il n’y aura pas de candidature MCVD. L’équipe restante ne veut pas s’engager»

C’est auprès du grand frère, le Mouvement citoyens genevois (MCG), qu’il faut aller à la pêche aux nouvelles. Son secrétaire général, François Baertschi, a rencontré cet automne Roland Villard, un ancien président du MCVD aujourd’hui figure de l’UDC yverdonnoise. L’objectif étant d’obtenir quelques archives et de tâter le terrain pour voir si la section vaudoise pouvait être réactivée en vue des élections cantonales. Verdict: «Non, sauf coup de théâtre, il n’y aura pas de candidature MCVD. L’équipe restante ne veut pas s’engager. Il faut dire que ce n’est pas aussi simple que de se lancer sous l’étiquette d’un parti en place, où il n’y a qu’à mettre les pieds sous la table pour le repas. Là, il faut cuisiner et ça prend beaucoup de temps et d’énergie.» Tout est à faire, en somme. Alors, une coquille vide, le MCVD? «Disons qu’elle est en sommeil», répond François Baertschi.

Le constat est là: l’expansion du deuxième parti le mieux représenté au Grand Conseil genevois a été un échec. Le MCVD devait être la tête de pont du dispositif. D’autres sections cantonales allaient éclore, réunies sous la bannière du Mouvement citoyens romand, et faire élire des délégués aux Chambres fédérales pour y constituer un groupe. Au final, seul un éphémère Mouvement citoyens neuchâtelois a vu le jour. Quant au MCVD, il s’est distingué par ses polémiques et non par ses scores électoraux (lire ci-dessous).

Manque d’argent

«Il faut admettre que sous l’égide de Claude-Alain Voiblet, l’UDC a fait du bon travail à l’époque, en occupant très bien le terrain pour barrer la route du MCVD, se souvient Roland Villard. Nous manquions aussi de fonds pour faire campagne: nous avons reçu plus de promesses que d’argent de la part du MCG.» Le territoire étendu du canton a en outre dilué les quelques forces vives – un peu moins de 200 membres –, avance encore l’ex-président du MCVD. Le mouvement populiste a d’ailleurs choisi de se concentrer sur le Nord vaudois et sur la ville de Lausanne. Sans succès.

Guère surprenant, ce résultat illustre toute la difficulté de faire son nid sur un échiquier déjà bien garni. «Pour qu’un parti nouveau voie le jour et dure, il lui faut un thème porteur, estime le président du PLR, Frédéric Borloz. Et celui des frontaliers touche une problématique trop genevoise. Dans une région comme la mienne (ndlr: le Chablais), s’attaquer aux frontaliers, c’est s’attaquer au développement économique.» Même si le nombre de travailleurs français a doublé en dix ans dans le canton de Vaud (ils sont 27 500), ils ne représentent que 6,3% des actifs occupés, contre plus de 25% à Genève. Terreau pas favorable

«Le terreau genevois était historiquement favorable à l’émergence d’un nouveau parti, mais il n’est pas le même d’un canton à l’autre»

«Le MCG a repris une thématique portée avant lui par le groupe Vigilance, analyse le politologue René Knüsel. Le terreau genevois était historiquement favorable à l’émergence d’un nouveau parti, mais il n’est pas le même d’un canton à l’autre. Et il peut tout à fait évoluer. Il faut que la population soit confrontée à un problème, qu’elle ne trouve ni écoute ni résolution politique et qu’aucun parti ne s’en empare. Le succès des formations populistes est aussi très lié à des personnalités, des tribuns qui utilisent un langage très imagé, très parlant.» Ce qui a manqué au MCVD.

Le MCG ne s’est pas exporté en Suisse romande, mais il a fait des émules en Italie et en France, où des Mouvements citoyens locaux ont vu le jour en Lombardie, en Savoie et du côté de Nice, notamment. Sorte d’amicale, la Fédération des Mouvements citoyens de l’arc alpin est encore active. «Nous nous sommes encore rencontrés l’été passé», signale François Baertschi. (24 heures)

Créé: 13.01.2017, 06h43

Davantage d’embrouilles que de résultats

Si on admet qu’il pouvait grignoter l’électorat d’autres partis vaudois, alors le MCVD n’aura été qu’un tigre de papier. Aux communales de 2011, il fit un flop tant à Lausanne (0,59% au Conseil communal) qu’à Yverdon (1,18%). Aux élections fédérales qui suivirent, la liste MCVD recueillit 0,53% des suffrages. Rebelote pour le Grand Conseil l’année d’après: 0,8% dans les deux districts où il présenta des candidats: Jura-Nord vaudois et Lausanne. Quant à la double candidature de Roland Villard et de Tiziana Cordani au Conseil d’Etat, elle dépassa à peine le pour-cent. Bien minçolet comme bilan.

A côté de ça, le MCVD a enchaîné dès sa création des crises internes, avec des départs en cascade à la présidence et des tensions avec le MCG. En 2011, le fantasque candidat à la Municipalité de Lausanne Bernard Junod se fait licencier de son poste d’enseignant après s’être fait photographier tout sourire à l’entrée du camp de concentration d’Auschwitz, un paquet de nasi goreng à la main. Plus tard, c’est un candidat au Grand Conseil qui voit ressurgir sur son profil Facebook des photos qu’il avait publiées pour rendre hommage aux Waffen-SS.

Un ancien membre du parti, rodé en politique, résume aujourd’hui: «Il y avait trop de personnes inexpérimentées et pas crédibles sur ces listes.» Au total, seuls une vingtaine de Vaudois se sont affichés sous l’étiquette MCVD.

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