Le Mirador vendu au détenteur chinois des montres Corum

ExclusifLe palace du Mont-Pèlerin était en mauvaise posture. Le maintien de son activité hôtelière n’est pas assuré. Enquête

Situé sur le flanc du Mont-Pèlerin, le splendide cinq-étoiles – qui dispose d’une vue à couper le souffle – a été rénové en 2009.

Situé sur le flanc du Mont-Pèlerin, le splendide cinq-étoiles – qui dispose d’une vue à couper le souffle – a été rénové en 2009. Image: Philippe Maeder

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Splendide cinq-étoiles sur le flanc du Mont-Pèlerin, avec une vue à couper le souffle, le Mirador a été vendu à Hon Kwok Lung. Ce Chinois (à 850 millions de dollars de fortune selon le magazine Forbes) a déjà racheté les montres Eterna (en 2011) et Corum (en 2013).

Jean-Marc Boutilly, directeur du Mirador depuis 2012, a été licencié. «Je ne peux communiquer, car je suis en vacances», se défend-il. Sauf que sa signature a déjà été radiée. Nos tentatives pour joindre Hon Kwok Lung ont été vaines: il «n’accorde pas d’interviews» et nous serons «informés lorsque le Groupe aura une annonce à faire». Pas plus de succès avec l’ex-propriétaire, Hartmut Lademacher. Mais grâce à une longue enquête, 24 heures peut révéler les problèmes des dernières années.

Faillite évitée de justesse

Au printemps 2014, le Mirador a été convoqué à une audience à la Chambre des poursuites et faillites du Tribunal de Vevey. Une entreprise de jardinerie qui avait officié pendant des années pour le palace, avant d’être congédiée, lui réclamait de l’argent. «Cette société nous a facturé des montants trop élevés avec lesquels nous n’étions pas d’accord», estimait à l’époque le chargé d’affaires du propriétaire du Mirador.

Le palace a payé et l’audience a été annulée au dernier moment, évitant de justesse le prononcé de faillite. Si bien que l’affaire n’avait pas été rendue publique.

650 000 francs de poursuites

Cette affaire se révèle a posteriori n’être que la pointe de l’iceberg: le Mirador a souffert d’un manque de liquidités tel que le palace se retrouve avec 650 000 fr. de poursuites. Des fournisseurs ne livrent que sur paiement comptant. Les petits artisans – nourriture ou entretien – sont aussi touchés. Personne ne veut parler à visage découvert, de peur que des arrangements de paiements ne soient pas honorés.

Mais la vente déploierait déjà des effets bénéfiques: plusieurs ont reçu ces jours un premier versement dans un échéancier de paiement, après n’avoir rien touché pendant des mois. «C’est un bon signal!» se réjouissent-ils. «Mais cela a été très dur, confie l’un d’eux. On nous a laissé tourner à plein régime au lieu de nous demander de diminuer nos interventions, nous aurions compris leurs difficultés. On nous a mis la pression pour baisser les prix, or au final la qualité doit être là pour un hôtel de ce standing!»

Pour rappel, le Mirador n’est plus sous le giron de la chaîne Kempinski depuis janvier. «C’est normal, explique un directeur de cinq-étoiles: l’hôtel doit payer pour la franchise. Le Mirador ne voulait plus s’acquitter de ces sommes.»

Un seul restaurant au lieu de 3

Le Trianon, restaurant gastronomique du Mirador, a fermé le 1er mai 2014, «pour des travaux de rénovation». Un grand chef était censé reprendre le lieu, qui devait rouvrir pour les Fêtes de cette année-là. Il est toujours fermé.

Seul le restaurant principal, le Patio, est encore ouvert. En effet, le troisième restaurant, le Chalet (situé à l’arrivée du funiculaire et qui servait des mets typiquement suisses) a été vendu cet été. La nouvelle propriétaire se réjouit d’avoir acheté «à un prix très raisonnable, vu les conditions du marché». L’impression que l’ex- propriétaire voulait s’en débarrasser? «Oui.»

Appartements jamais réalisés

Les bijoux de famille ont donc été vendus: avant le Chalet, c’est la maison de bois érigée sur l’enceinte du palace qui a été cédée fin 2014. Cette demeure abritait par le passé des employés du Mirador. Elle devait être rasée pour ériger des résidences de luxe, avec services hôteliers auprès du palace (des appartements de ce type existent déjà à côté de l’hôtel depuis 2009). La mise à l’enquête et les plans avaient été déposés, mais tout a été abandonné.

La valse des directeurs après un lifting à 50 millions

«Il s’agit très certainement parmi les hôtels que j’ai dirigés, du défi le plus difficile, qui a nécessité un très grand nombre de modifications.» La citation (tirée de hotel- revue en 2013) est de Jean-Marc Boutilly. Selon plusieurs acteurs hôteliers, l’endroit est exceptionnel mais en effet difficile à remplir, car décentralisé et positionné dans le superluxe: suite aux travaux de 2009 (50 millions), les chambres standard avaient disparu au profit de 45 Junior Suite de 50 m2, possédant chacune sa terrasse, et 10 suites, toutes avec vue sur le lac. Quatre directeurs se sont succédé entre 2009 et 2012.

A la tête de Montreux Vevey Tourisme, Christoph Sturny parle de «malchance: au moment des travaux, personne ne pouvait prévoir qu’ils rouvriraient en pleine crise. Mais je reste persuadé que le produit a sa place, et qu’il trouvera sa clientèle.» ové en 2009. (24 heures)

Créé: 26.03.2016, 07h02

L’avenir encore flou

Dans le milieu touristique, il se murmure que le nouvel acquéreur pourrait transformer l’hôtel en clinique. Pour mémoire, la vocation première du bâtiment, construit en 1904, était médicale (en priorité pour les affections nerveuses). Qu’en pense Christoph Sturny, directeur de Montreux Vevey Tourisme?

«Si l’hôtel devait être transformé en clinique, ce serait une grosse perte touristique pour la région. Avec les autres cinq-étoiles, le Mirador est une carte de visite, un argument de vente auprès des journalistes et des tour-opérateurs, dans une destination au standing élevé. D’autant qu’il reste très moderne, même si ses rénovations datent de 2009.»

«Notre souhait est que le complexe hôtelier subsiste, car c’est un bel établissement et un fleuron de la région», souligne le syndic de Chardonne, Serge Jacquin. Les abonnés du spa du palace n’ont pour l’heure reçu aucune information. «Nous attendons le programme, qui doit nous parvenir le 31 mars», dit l’une des clientes.

Nouveau et ex-propriétaires

Informatique puis montres Qui sont l’ex et le nouveau propriétaires du Mirador? Hartmut Lademacher, propriétaire du palace depuis 1998, est un ex-cadre d’IBM qui a fait fortune dans l’informatique (estimée à 600 millions d’euros, selon le quotidien Die Welt). Il aimait arriver au Mirador en hélicoptère. En automne 2013, sa fille Claire a épousé le prince Félix de Luxembourg, second fils du grand-duc Henri. Le magazine Gala Allemagne parlait de Claire comme de «Notre Kate», en référence à Kate Middleton, épouse du prince William. De cette union est née en juin 2014 S.A.R. la princesse Amalia. Détail vaudois: Claire et Félix se seraient connus au Collège Beau-Soleil, à Villars-sur-Ollon!

Quand le Mirador est rentré dans le giron Kempinski, en 2003, la Tribune de Genève écrivait que Hartmut Lademacher connaissait très bien Reto Wittwer, dirigeant du groupe. Coïncidence: le Mirador a quitté Kempinski presque en même temps que Reto Wittwer.

Le Chinois Hon Kwok Lung (qui aurait eu des mandats politiques) aurait fait fortune dans le fil de cuivre avant de s’intéresser aux montres. Si Antonio Calce, ex-directeur de Corum (rachetée en 2013 par Hon Kwok Lung) appuyait dans PME Magazine que le repreneur avait compris l’importance du «management local pour qu’une marque horlogère suisse ait du succès», il a pourtant été licencié un an plus tard.

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